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Titre : Dernière danse
Auteur : Aïepaslatête (Participant 16)
Pour : Hiraeth (Participant 9)
Fandom : Candélabres
Personnages : Julien/Paul, David
Rating : K, j'ai préféré faire ça tout en douceur
Disclaimer : Hormis la mise en scène, rien ne m'appartient, tout est à Algésiras
Prompt : Candélabres : Paul/Julien, quelque chose autour de leur relation étrange, le fait que Paul soit la source de la force de Julien, l’équilibre qu’ils doivent trouver ? 
- Tu peux t’éloigner des prompts au fil de ton inspiration sans problème. Le rating est à ta discrétion, tant que ce n’est pas du PWP ;) Ma seule exigence, c’est que ça se termine bien (ou au moins qu’il y a de l’espoir) !
Note : J'espère avoir réussi à répondre au prompt, je me suis laissée un peu emporter dans cet écrit mais j'espère surtout qu'il te plaira !


"Pourquoi est-ce que je n'y arrive pas ?" L'exclamation vient rompre le silence, le surprend lui-même. Heureusement, il se sait seul dans les locaux depuis longtemps maintenant ; le cours s'est terminé il y a de cela plus d'une heure, et tous ont fuit dès qu'il les a libéré. David en tête. Et Paul sait qu'il leur devra vraisemblablement des excuses, à défaut d'une explication. Il le sait, la pensée est là, dans un recoin de son esprit. Qu'il ne peut plus ignorer, même avec toute la mauvaise fois dont il sait parfois pouvoir faire preuve. Il leur devra des excuses, à eux, et à Fred aussi sans doute. Fred qui n'a pu assurer le cours d'aujourd'hui et lui a confié cette tâche à laquelle il s'est livré - avec quel résultat, ah ! Parce qu'il a été exigeant, infâme, même. Parce qu'il s'est énervé, irrité, et a fini par mettre fin à ce qui ressemblait de plus en plus à une séance de torture plutôt qu'à une répétition de balais.

"C'est ridicule." Et de nouveau, sa voix qui résonne dans l'endroit trop vide. Et sa propre voix qui provoque un rire froid, sans joie. Mort. Si bref, mais qui se répercute sur les miroirs, qui le renvoient, encore et encore. La tête lui en tourne, une seconde, alors qu'il a l'impression que le rire l'entoure, le pénètre. Chacun de ses os, chacune de ses cellules. Et il a froid. Si froid. Il n'arrive pas à se souvenir de la dernière fois où il a eu si froid...

Il est fou, n'est-ce pas ? Les autres en sont persuadés ; lui commence à le penser. Le voilà qui parle et qui rit seul. Qui n'a même plus l'excuse de voir des Candélabres, de s'adresser à ces être irréels. Non. Il est seul dans les locaux. Complètement seul au milieu de la salle de danse. Seul éclairé par les rayons d'un soleil d'été qui s'attarde, qui caresse encore les grandes bais vitrée. Seul à se refléter dans les immenses miroirs. Il est seul.

Ignorant l'amertume qui remonte le long de sa gorge, qui vient se loger contre sa langue, Paul secoue la tête. S'ébroue comme un animal qui sort de l'eau, avant de se remettre en position. Il doit y arriver. Il. Doit. Y. Arriver. Et il s'efforce de tendre le bras vers le haut, d'arrondir parfaitement cet angle. De prendre une inspiration. De nier que ses membres trembles. Et de se remettre en mouvement. Il ne peut pas abandonner !

Une rage nouvelle au creux du ventre, l'envie de parvenir à ses fins. Un, deux, trois quatre... Les mouvements qui s'enchainent, peut-être avec moins de grâce que d'habitude. Cinq, six, sept, huit... Un peu plus raide, plus saccadé. Et cette impression de se détruire un peu plus à chaque mouvement, que s'effondre un à un tous ces organes de l'intérieur. Et ses membres qui tremblent de plus en plus. Ses jambes prêtent à céder. Et la musique qui s'accélère, semble taper à ses oreilles. Un, deux, trois, quatre. Le pied qui glisse un rien plus loin, la chorégraphie qui se disloque. Son corps telle une marionnette. Le souffle bien trop court. Cinq, six, sept, huit. Et le noir.

Combien de temps ? Pas plus de quelques secondes, sans doute. Le temps d'une inspiration. Le temps d'un battement de cœur. Et il n'est plus seul.

Et deux mains autour de lui. Qui le relèvent - depuis quand était il tombé ? Pas de chaleur, pas de souffle. Juste ces deux mains. Et lui, si proche. Caresse, à peine, frôlement. Qui l'aide à se remettre en place. Accompagne sa position. Et une main aussi légère qu'un souffle vient de se saisir de la sienne, alors que le sien c'est un instant coupé dans ses poumons pour repartir de plus belle. Un corps est là, juste derrière le sien. Tangible, et pourtant sans un bruit. Mais alors que Paul, instinctivement, se remet à danser, il ne bloque pas ses mouvements. Pas une seule fois. Au contraire. Il l'accompagne.

Et tout le reste disparaît. Le froid et la douleur. La rancœur et les souffrances. L'idée d'abandon. Tout autour d'eux ne semble désormais que chimères. Et Paul se sent bien.

Pas une seule fois, il n'a l'idée d'ouvrir les yeux. Pas une seule fois, il ne doute de l'identité de celui qui se tient à ses côtés. Pas une seule fois il ne songe même à s'arrêter. Et il danse. Il danse, comme il n'a peut être jamais danser. Touchant à peine le sol sans que Julien n'ai besoin une seule fois de le soulever. Tournant sur lui-même sans que Julien n'ai une seule fois besoin de l'entrainer. Non. Julien est là. A ses côtés, derrière, tout autour de lui. Julien est là et Paul est vivant. Plus que vivant. Libre ! 

Et Paul danse. Danse mieux qu'il n'a jamais danser. Vol, presque, dans la salle désormais presque plonger dans la pénombre. Oiseau de feu qui défit la gravité. Son cœur n'a jamais battu aussi fort à ses tempes. Son souffle ne s'est jamais autant précipité. Et il continue à danser. Et Julien danse avec lui. Et même dans ses rêves les plus fous, dans ses cauchemars les plus douloureux, il n'aurait jamais pu l'imaginer. Jamais pu l'envisager. Et plus rien ne compte que ce bras le long du sien alors qu'il s'étire comme pour toucher le ciel. Que cette jambe qui frôle la sienne alors qu'il se retire pour une nouvelle figure. Parce que Julien est là. Avec lui. Toujours avec lui, désormais. 

Et peu importe qu'il soit un candélabre. Peu importe qu'on veuille lui faire croire, lui comme les autres, que seule la Source compte. Peu importe qu'il veuille lui-même croire, et faire croire à Paul, qu'il n'a fait que l'utiliser pendant toutes ces années. Peu importe même que Paul soit mort et ressusciter. Peu importe qu'il soit à cheval entre deux mondes et ne marche, ne vive, même, que jusqu'au feu qui brûle en lui. Qu'on le poursuive et qu'on veuille s'en prendre à lui. Peu importe. Peu importe !  Parce qu'il danse. Et que pour la première fois, Julien danse avec lui. 

*****

David n'a pas tout de suite compris ce qui était en train de se dérouler sous ses yeux. Il est parti furieux du cours après les imprécations de Paul ; il a fini par revenir quand, après plusieurs heures, il n'avait toujours pas réussi à joindre le jeune prodige. Son meilleur ami, aussi égoïste et insupportable soit-il. Et bien plus que ça, maintenant encore, malgré ses nombreux défauts. 

Et David a donc fait fi de sa rancœur, quand l'inquiétude s'est fait plus forte. Parce qu'il sait que Paul ne va pas bien. Et qu'il est même potentiellement en danger. Et peu importe si David y croit ou pas ; l'importance c'est que Paul, lui, y croit. 

C'est en se glissant, même pas si silencieusement que cela, jusqu'à la porte de la grande salle de danse, qu'il l'a vu. Ou plutôt,  qu'il les a vu. Paul, son Paul - ou plutôt, non, plus jamais  son Paul - majestueux. Et cette silhouette, si noire, si sombre, tellement exacte à la description que Paul en a fait. Leurs mains qui se frôlent, se caressent presque, à chaque mouvement. Leurs corps qui bougent exactement en même temps, comme s'ils avaient répété cette chorégraphie des heures entière et en même temps si naturel que ça en paraît presque irréel. Ces cheveux bruns si longs qui viennent se mêler aux cheveux blonds quand la tête de Paul vient s'abandonner une seconde que l'épaule de l'homme - Julien.  Et cette cape si noire qui enveloppe presque entièrement le corps un instant si frêle de Paul. 

David a faillit intervenir, bondir dans la pièce. Avec le cœur serré à lui en couper le souffle en voyant Paul disparaître ainsi. Avec l'impression pendant cette seconde terrible, si courte et en même temps si éternelle de voir Paul disparaître à jamais. Mais, un instant plus tard, Paul est réapparu. En volant avec plus de violence encore le souffle des poumons de David qui ne peut qu'étouffer un couinement de surprise. Parce que Paul est bien là. Plus vif, plus beau que jamais. Lumineux. Éblouissant. Sa main est lovée dans celle de Soledango comme si ce dernier le guidait et le retenait tout en même temps. Comme si Paul allait s'écrouler sans lui, et David est presque sûr que c'est le cas. Et quand Paul revient aussitôt au sein des bras de Julien, David se détourne, comme s'il venait de surprendre une scène particulièrement intime. 

Il voudrait voir Paul. Vraiment. Il a toujours rêver d'être celui qui serait à la place de ce Candélabre. Et il a l'impression de crever de l'intérieur de l'avoir vu si magnifique et pourtant si inaccessible. Mais il vient aussi, aussi douloureuse cette prise de conscience soit-elle, de se rendre compte que Paul n'appartient pas à ce monde. Paul appartient au Candélabre. Qui, contrairement à ce qu'a pu penser Paul, lui est entièrement dévoué. Et alors qu'il l'a vu aujourd'hui, David se rend compte d'à quel point Paul était  éteint ces derniers temps. Combien, si loin d'étouffer sa lumière comme David l'a d'abord craint, tout en cape noire et cheveux sombres, Soledango ne faisait en fait que la sublimer. Comment Paul n'avait jamais semblé, en fait, aussi vivant, brillant qu'en cet instant.

Alors David s'efface. David fait demi-tour, se retire, sans un bruit. Avec l'idée que c'est ridicule, qu'il aurait tout aussi bien pu être accompagné d'un orchestre qu'aucun des deux autres ne s'en serait aperçu. Après tout, aucun des deux n'a semblé remarqué que la musique s'était depuis longtemps arrêté, comme si le rythme faisait intrinsèquement parti d'eux...

David secoue la tête, chasse cette idée. Un sourire aux lèvres, presque malgré lui. Son cœur est peut-être en miette, mais il ne peut s'empêcher d'être malgré tout heureux. Parce que Paul est heureux. Et qu'il y aura quelqu'un, désormais, pour veiller sur son bonheur.

*****

Un dernier tour, la main de Julien qui l'empêche de lui échapper. Et Paul qui revient dans ses bras, sans plus opposer la moindre résistance. Leurs visages, si proches, l'un de l'autre. Et leurs lèvres qui se cherchent, se rejoignent. Plus de fuite. Plus de jeu du chat et de la souris. Juste un baiser plein d'assurance et de promesses éternelles. Sans l'urgence du feu. Juste les battements du cœur de Paul qui se sont accélérés, sans que ce e soit une seule seconde la faute de l'effort fourni. C'est Julien. Juste Julien.

Et la source, au fond de ses tripes, semble seulement gronder de contentement.

Date: 2016-09-27 08:01 pm (UTC)
From: (Anonymous)
C'est trop, trop joli ! Le rythme est fantastique, il y a une merveilleuse sensualité, et j'adore qu'on voie la danse avec les yeux de David.

Merci merci merci merci !

Date: 2016-10-07 06:32 am (UTC)
From: [identity profile] dianajess.livejournal.com
Merci des jolies compliments ! j'avais peur de m'être un peu trop éloignée du prompt et que du coup ça ne soit plus ce que tu cherchais, je suis d'autant plus contente que ça te plaise.

Et Merci à toi, tu m'as permis de relire entièrement les quatre tomes qui sont toujours magnifiques... et dont on aura vraisemblablement jamais la fin TT

En tout cas encore merci pour ton commentaire!

Date: 2016-10-08 03:33 pm (UTC)
shakeskp: (Supernatural and red auk <3)
From: [personal profile] shakeskp
Je reviens dire merci ! Encore une fois c'était d'une tendresse et d'une sensualité...
Et oui, cette fin que nous n'aurons probablement jamais :( :(

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