flo_nelja: (Default)
[personal profile] flo_nelja posting in [community profile] obscur_echange
Titre : Notre bonheur avant tout
Auteur : Atrahel (Participant.e 5)
Pour : ParanormalSyndrome (Participant.e 2)
Fandom : Wakfu
Persos/Couple : Otomaï/Qilby
Rating : K
Disclaimer : Wakfu appartient à Ankama
Prompt : Otomai/Qilby + Une remise en question de Qilby et un débat sur nos erreurs et nos regrets. Notamment de la notion de bien pour tous ou d’inégalité à travers nos choix et actions.
Notes : J’espère vraiment avoir répondu à tes attentes, ce prompt a été un réel défi pour moi, et j’ai eu beaucoup de mal à le finaliser… Et même maintenant, j’ai peur de m’être complètement loupé.e sur le sujet. En espérant que ça te plaise tout de même ! Et au passage, merci de m’avoir demandé d’écrire sur ce couple, ça m’a vraiment fait très plaisir !



Parfois, il y a des jours où, dès qu’on ouvre les yeux, on sait que ça va mal se passer. C’est exactement la première pensée qui traverse l’esprit de Qilby quand il se réveille ce matin-là.
Et peu importe qu’une douce odeur de brioche flotte dans l’air, ou qu’il puisse entendre Otomaï fredonner une chanson quelconque dans ce qui leur sert de salon. Ni le soleil qui baigne leur maison de sa chaude lumière, ni le doux « bonjour ! » de son compagnon quand l'Éliatrope se décide à le rejoindre en bas ne suffisent à effacer le mal-être qui pollue ses pensées.
-J’ai préparé ton déjeuner favori, lui apprend le Feca en déposant une assiette largement remplie devant son aîné, qui lui adresse un maigre sourire.
Le plus jeune a-t-il senti cette tension qui électrise l’air autour d’eux ? Cette étrange sensation, qui chuchote que l’état d’esprit de l’Eliatrope n’est plus qu’à un cheveu de basculer, que son peu de lucidité est sur le point de se rompre définitivement ?
C’est très probable, au vu de l’instinct incroyable dont sait faire preuve Otomaï dans des cas comme celui-ci.
-Tu as oublié ton bonnet, chuchote l’homme aux cheveux bleus, après avoir appuyé un baiser sur le front de son amant.
Même ça ne suffit pas à faire réagir Qilby. Ou plutôt si, il réagit, mais de la pire manière qui soit: en haussant les épaules, et en restant parfaitement neutre. Le Feca le regarde soudain avec inquiétude, et glisse ses mains sur les joues de son amant.
-Tu te sens mal? Tu es un peu chaud, peut-être que tu devrais retourner te coucher, propose le plus jeune, et ses yeux remplis d’amour et de compassion finissent de rendre Qilby malade.
Il se sent blêmir, et se recroqueville sur sa chaise, le corps tremblant comme une feuille. Encore une fois, sa culpabilité ainsi que son sentiment d’illégitimité refont surface, lui broient le cœur et lui lacèrent l’esprit. Il n’a rien à faire ici, pas lui, pas le démon qui a failli détruire son propre peuple, pas le monstre d’égoïsme pour qui seul son propre bonheur compte un tant soit peu. Il ne devrait pas être là, en compagnie d’un homme aussi aimant et empathique qu’Otomaï, avec un enfant aussi adorable et gentil qu’Ogrest.
Sa place est dans la Dimension Blanche, loin, très loin de toute cette douceur qu’il n’a rien fait pour mériter.
Et ces pensées, remplies de noirceur, volent dans son cerveau comme des corbacs surexcités. Il aimerait les arrêter, les attraper et les enfermer une nouvelle fois dans une cage mentale, mais aujourd’hui, il en est incapable.
Il est fatigué.
Otomaï comprend tout ça, d’un seul regard, d’une seule caresse sur la joue déjà humide de larmes de son compagnon. Sans un mot, il lui prend les mains, le pousse à se lever, et l’encourage à le suivre.
-Où va-t-on?
-Prendre un bain. C’est ce que je fais quand je me sens mal.
Qilby ne peut qu’acquiescer, parce qu’il n’a aucun droit de rechigner. Il n’a aucun droit de refuser cette tendresse qu’on lui donne, même si ça le brûle de l’intérieur. Refuser cette seconde chance, ce serait comme danser sur la tombe de celles et ceux qui sont morts par sa faute.
Alors il se laisse faire, sans broncher, et tant pis pour le petit déjeuner. De toute façon, dans son état, il sait qu’il est incapable d’avaler quoi que ce soit. Il a trop mal au ventre.
Son regard, lui, est aussi vide que son estomac, pendant qu’il regarde son petit ami préparer la baignoire, faire couler de l’eau, verser du savon pour que le bac soit rempli de bulles colorées. Il laisse l’autre le déshabiller, et refuse poliment la serviette qu’Otomaï propose de poser sur ses ailes pour les abriter des regards indiscrets.
Ils sont ensemble depuis bientôt deux ans, il ne voit plus aucune raison de cacher cette partie de son anatomie à son amant. L’autre connaît déjà tout de lui, alors à quoi bon?
Enfin, les deux hommes se retrouvent dans l’eau. Le Feca est appuyé sur le rebord, tandis que Qilby a le dos posé contre la poitrine de son cadet. Ils sont bien, très bien même, et pourtant, les corbacs sont toujours là, à faire leur nid dans le crâne de l'Éliatrope.
Il ne peut pas se détendre, même quand les mains d’Otomaï viennent se perdre dans ses cheveux, pour lui masser le cuir chevelu. Il adore ça, mais ça ne suffit pas. En fait, ça ne fait que le rendre encore plus mal à l’aise.
-Stop, pitié. Arrête ça, finit par souffler le plus âgé, dont la nausée s’intensifie à chaque cajolerie.
-Quoi? s’étonne Otomaï, les oreilles dressées de chaque côté de son crâne.
-Arrête d’être gentil avec moi, balbutie Qilby, et il a de plus en plus de mal à parler, tant sa gorge est serrée et son estomac noué.
-Pourquoi? questionne encore le Féca, les mains maintenant immobiles dans la crinière de son compagnon.
-Je ne le mérite pas. Je suis un monstre, un fou, je devrais être enfermé, et on le sait tous les deux.
Il peut sentir le soupir d’Otomaï sur la peau sensible de sa nuque, parce que son petit ami en a écarté ses cheveux dans l’optique d’y déposer des baisers. Ils ont eu cette discussion des centaines, des milliers de fois, et ils continueront de l’avoir, parce que la partie la moins lucide de l’esprit de l'Éliatrope refuse de se taire, de disparaître. Elle se contente de se rendormir, de temps à autre, pour mieux revenir quelque temps plus tard. Et elle n’a aucune pitié, aucun scrupule à tourmenter Qilby.
Mais Otomaï sait comment l’apaiser, maintenant. Le plus important est avant tout de tenir son amant, le plus solidement possible, contre lui. Alors il glisse ses bras autour de ceux de Qilby, et serre. Fort. Pas assez pour lui faire mal, mais suffisamment pour lui faire savoir qu’il est là, qu’il est capable de le maîtriser si jamais l'Éliatrope se laisse à nouveau dominer par sa folie.
Ce geste, que d’aucuns pourraient prendre pour une simple étreinte, suffit à apaiser un minimum le plus vieux. Il est toujours aussi tendu, mais le tumulte qui se joue dans sa tête se calme un peu. Maintenant, il peut entendre les paroles qu’Otomaï lui répète en boucle, celles qui font battre son cœur et qui le motivent à continuer de respirer.
-Tu n’es pas un monstre, commence le Feca, et la machine est lancée.
-J’ai fait des choses horribles, insiste Qilby, les yeux de nouveau remplis de larmes.
-C’est vrai. Mais tu as changé, tu veux changer. Te racheter.
-Et si je basculais à nouveau?
-Je te retiendrais.
-En es-tu seulement capable?
-Je pourrais au moins essayer.
-Ce ne sera pas suffisant, Otomaï. Un jour ou l’autre, l’ennui me rattrapera, me fera replonger, et je recommencerai à commettre des atrocités…
-Tu sais, c’est ce que je pensais aussi, à une époque.
Ah tiens, une nouvelle approche? Qilby sent ses oreilles se redresser sensiblement sur sa tête, soudain interloqué. D’habitude, Otomaï se contente de le rassurer, avec des paroles qui lui paraissent à la fois creuses et en même temps si fortes. Jamais il ne parle de son propre ressenti…
-Quand j’ai quitté la Fratrie… J’étais brisé. Tous mes espoirs, tous mes rêves de bâtir un monde meilleur… Je venais de réaliser que tout ça, ce n’était rien, rien face au mal que j’avais pu causer à tant de gens innocents. Moi qui pensais que sacrifier quelques personnes en valait la peine, que j‘oeuvrais pour quelque chose de plus grand, de plus important… Moi aussi, j’ai du sang sur les mains Qilby.
Évidemment, l'Éliatrope sait ce que son compagnon a fait. Ils en ont déjà parlé, parce qu’ils estimaient tous les deux qu’il était important de savoir ce genre de choses, et pourtant Otomaï ne l’a jamais dit dans des termes aussi crus.
-Oui, mais justement, il y a une nette différence entre faire de mauvaises choses pour de bonnes raisons, et faire de mauvaises choses pour de mauvaises raisons.
-Tu trouves? Personnellement, dans les deux cas, je vois les mêmes résultats: des morts inutiles, de la souffrance, et une culpabilité éternelle. Les motivations sont peut-être différentes, mais à mes yeux, ça ne suffit pas à justifier ce que j’ai fait. Ce que tu as fait.
-Ce que nous avons fait, achève Qilby à sa place, les yeux rivés sur les millions de petites bulles de savon devant lui.
-Exactement. Parce que nous sommes tous les deux fautifs. Nous avons tous les deux été trop orgueilleux, arrogants, curieux des limites de nos mondes respectifs… Et voilà le résultat. Si c’était à refaire, je changerai tout. Sauf deux choses.
-Lesquelles? ne peut s’empêcher de demander Qilby, sincèrement curieux pour le coup.
Lui, s’il pouvait tout recommencer, il ne garderait rien de son ancienne vie. Comme les autres Eliatropes du Conseil des Six, en fait. Quelle bande de chanceux, tout de même, à pouvoir toujours repartir de zéro…
-D’abord, la naissance d’Ogrest. Une de mes plus grosses erreurs, certes, mais elle en valait largement la peine. Et oui, je sais qu’il a failli détruire le monde. Mais ça, c’était ma faute, donc, si je supprime toutes mes autres erreurs, le chaos d’Ogrest n’aurait jamais eu lieu.
-Ca devient compliqué là, tu le sais? soupire Qilby, les yeux mi-clos. Et sinon, quel autre évènement tu aimerais conserver dans une potentielle nouvelle vie?
-Notre rencontre, chuchote Otomaï à son oreille, et Qilby sent un frisson lui remonter le long du dos.
Son souffle meurt dans sa gorge, et le vieil homme reste un long moment immobile, comme déconnecté de la réalité. Son cœur bat sauvagement dans ses tympans, et il entend à peine Otomaï lui demander si tout va bien.
-Désolé, je… je ne m’y attendais pas. Je vais bien, c’était juste une petite absence de rien du tout, balbutie l'Éliatrope, encore sous le choc.
-Tu trembles, murmure le Féca, et l’une de ses mains vient s’enrouler autour de l’unique poignet de son compagnon.
Qilby le regarde faire, et réalise qu’il a raison. Il tremble, c’est la vérité. De peur, de colère, de joie? Il n’en sait rien lui-même. Ce cocktail d’émotions est trop compliqué à gérer pour lui, son esprit, d’ordinaire si affûté, n’arrive plus à suivre.
Il a à la fois envie de pleurer, de disparaître dans un trou, et à la fois envie de hurler et de montrer au monde que oui, il a changé, qu’il vaut la peine qu’on se batte pour lui maintenant, au moins d’après une ou deux personnes en ce monde.
Mais il ne fait ni l’une ni l’autre de ces deux choses. Non, à la place, il se fond davantage dans l’étreinte d’Otomaï, et appuie sa tête sur l’épaule de son cadet, de sorte à pouvoir voir son visage. L’autre lui offre un sourire un peu maladroit, et appuie un baiser à la commissure de ses lèvres.
-Je t’aime Qilby, je t’aime tout entier. Avec tes failles, tes erreurs, avec cette culpabilité qui te ronge, mais aussi avec ta volonté de changer, d’évoluer, avec cette rage de vivre que tu as. Je t’aime, et j’espère que tu ne l’oublieras jamais, chuchote le Féca, si près que ses lèvres effleurent la peau de son compagnon à chaque mot prononcé.
Et le plus âgé ne peut penser qu’à une seule chose à ce moment-là: qu’il ne veut plus jamais bouger d’ici.
La chaleur de l’eau, couplée à celle des bras qu’Otomaï garde encore autour de lui, commence à engourdir l’Eliatrope. Les corbacs, qui continuent de voler dans son esprit, sont maintenant plus calmes. Ils ne hurlent plus, et se contentent de planer en cercle. Qilby n’essaie pas non plus de les forcer à se poser, il sait qu’il n’arrivera pas à se faire obéir.
-Je ne l’oublierai pas Otomaï, tu le sais bien. C’est ma malédiction, finit par répondre le vieil homme au bout d’un moment.
Il sent le sourire de son amant s’agrandir contre sa joue, et le plus jeune dépose un nouveau baiser sur son visage.
-Je suis certain qu’un jour, cette malédiction deviendra une bénédiction à tes yeux.
-J’espère que tu as du temps devant toi.
-Toute l’éternité, annonce Otomaï, la voix tellement pleine de certitude et d’enthousiasme que Qilby peut sentir les larmes recommencer à perler au coin de ses yeux.
Il trouve tout de même la force d’émettre un petit rire étranglé, et fixe son cadet avec intensité.
-Tu es donc prêt à passer toute l’éternité avec moi?
-L’éternité, et même plus encore si l’on m’en donne l’occasion, confirme le grand homme.
Cette fois, sa bouche trouve celle de son compagnon, et lui vole un baiser plus doux qu’une brise d’été. Déesse, si l’on avait dit un jour que Qilby ressentirait tant d’affection pour une personne, il ne l’aurait pas cru. Et pourtant le voilà, lové dans les bras d’un homme qui, il le sait, lui offrirait sa vie s’il le demandait. Il ne le fera pas, bien sûr, parce qu’il n’en peut plus d’être la cause de tant de disparitions tragiques.
Et il sait aussi très bien que sa culpabilité ne disparaîtra jamais, qu’elle l’accompagnera à jamais. Elle est ancrée en lui, bourdonne dans ses ailes, dans le moignon de son bras droit. Elle chuchote depuis le fin fond de son esprit, et lui lacère le cœur de temps à autre, comme aujourd’hui.
-J’aimerais vraiment être comme les autres membres du Conseil des Six, finit par chuchoter l’Eliatrope, les yeux clos. Pourquoi dois-je être le seul à me souvenir de tout ça? Pourquoi eux ont droit à une nouvelle chance, et pas moi? Je veux dire… Ils ont aussi leur lot de crime sur le dos… Alors… Pourquoi personne ne leur dit rien?
-Ils ne le savent sans doute pas, soupire Otomaï, qui appuie maintenant sa joue contre celle de son amant. Tu es le seul à détenir la vérité…
-Ha! Alors ils ne subiront jamais les conséquences de leurs actes! Chibi ne s’en voudra jamais d’avoir condamné notre peuple à l’ignorance et à la mort, Yugo ne réalisera jamais qu’il s’en est pris au mauvais Eliatrope, et si les autres renaissent, ils ne se souviendront pas des erreurs abominables qu’ils ont pu commettre. Cela doit être merveilleux, de recommencer une existence vide de tout crime…
-Peut-être que tu y auras droit aussi, un jour. Votre déesse…
-A disparu, comme tous les autres dieux. Elle ne me sera d’aucune aide, et même si je lui garde une profonde affection, je sais que je n’ai rien à attendre d’elle. Que je sois là, avec toi, me suffit amplement.
-Tu dis ça comme si je ne t’avais jamais retrouvé au milieu de notre maison dévastée, à hurler qu’on te laisse mourir… soupire le Féca, dont l’étreinte se resserre sensiblement autour de son compagnon, quand il sent ce dernier se crisper.
-Tu savais dans quoi tu t’embarquais en acceptant de partager ta vie avec moi. Je t’ai prévenu, des dizaines, que dis-je, des centaines de fois! Mais tu as dit oui, à toutes mes exigences, alors s’il te plaît, ne te plains pas, pas maintenant. Je sais que je ne suis ni le compagnon idéal pour toi, ni le père parfait pour Ogrest. Parfois… Il faut juste que ça sorte, que j’extériorise toutes les horreurs que j’emmagasine, vie après vie.. Alors oui, je fais tout sauter, littéralement, et j’en suis désolé. Mais j’en ai besoin, Otomaï, tu comprends? J’ai besoin de laisser toute cette rage et cette peur prendre l’air, au moins quelques instants… Mais je suis heureux avec vous, avec Ogrest et toi, vraiment, tu peux me croire. Ce bonheur, que je commence tout juste à savourer, n’est juste pas encore suffisant à faire taire des siècles de souffrance…
-Je ne te fais aucun reproche, Qilby, je sais très bien ce que tu ressens. Je suis passé par-là, je te l’ai dit. Et je suis rassuré de voir que tu ne nies pas ta douleur. Mieux encore, que tu te sentes suffisamment bien avec moi pour me permettre de la voir et d’essayer de la diminuer, le coupe le Féca, qui appuie maintenant sa bouche sur chaque petite parcelle de peau qu’il peut atteindre.
Qilby le lui permet, et sent sa frustration de ne pas être compris refluer, pour laisser la place à une fatigue intense. Un soupir tremblant lui échappe, et l’Eliatrope ferme les yeux pour de bon, son unique main agrippée à celle d’Otomaï. Il n’en peut plus, de toute cette violence qui tourbillonne en permanence dans son crâne. Oh, qu’il aimerait perdre la mémoire à chaque renaissance! Pourquoi lui, plus que toute autre créature en ce monde, devrait avoir à souffrir de cette malédiction?
Lui, tout ce qu’il a jamais souhaité, c’est d’avoir une seule vie, pas des centaines, pas des milliers. Mais le voilà, à porter le poids de millions d’existence sur ses épaules. Il sait qu’il n’aurait jamais dû agir comme il l’a fait, qu’il a commis des actes atroces, et blessé des gens qui avaient foi en lui. Mais quel autre choix avait-il? Quelle autre possibilité, pour un pauvre hère éperdu de solitude?
Il a pourtant lancé des appels à l’aide, à de nombreuses reprises. Seule sa sœur a pu y répondre. Alors, est-ce si terrible d’avoir fini par céder à ses émotions? Est-il vraiment le méchant de l’histoire, comme Yugo le dit? Lui, il n’a jamais voulu blesser personne. Il voulait juste qu’on l’écoute, qu’on le comprenne, et qu’on l’aide à trouver une solution. Mais personne n’a jamais cherché à comprendre, personne n’a jamais souhaité lui permettre de traverser cette épreuve, de trouver une solution. Personne ne s’est jamais intéressé à lui, excepté sa sœur dragonne. Shinonome, sa belle et douce jumelle, affligée du même mal que lui…
Comme elle lui manque, surtout en ce moment, alors qu’il sent les griffes de l’ennui commencer à se refermer sur son cœur. Il aimerait tant pouvoir se lover sous ses ailes, comme il en a pris l’habitude des décennies auparavant. Mais Shinonome n’est pas là, elle aussi a dû le laisser. Ne reste qu’Otomaï et lui, non pas qu’il s’en plaigne, mais qui pourrait bien le protéger maintenant? Un demi-dieu Féca, aussi puissant soit-il, n’égale en rien la puissance d’une dragonne.
-A quoi penses-tu? résonne justement la voix du plus jeune dans son dos.
Qilby ne prend même pas la peine d’ouvrir un œil. A la place, il laisse un sourire mélancolique fleurir sur son visage.
-Je pensais à quel point je pouvais être égoïste, à ne penser qu’à mon bonheur plutôt qu’à celui du plus grand nombre.
Ce n’est pas tout à fait vrai, mais il ne tient pas à faire part de ses commentaires désobligeants sur l’incapacité d’Otomaï à assurer la sécurité, lui qui ne fait que commettre bourde sur bourde.
-Tu y as pensé des années durant, rétorque l’autre, dont les mains viennent s’amuser à tresser une mèche de cheveux de Qilby. Je pense que peu de gens auraient tenu aussi longtemps, alors personne ne te jettera la pierre.
-Yugo l’a fait. Et ses amis aussi. Le monde entier, en fait.
-Eh bien moi, je ne le fais pas. Je le répète, oui, tu as fait des choses horribles. Mais tu étais désespéré, esseulé, c’était ta dernière chance d’appeler à l’aide.
-Et regarde où ça m’a mené, grogne Qilby, qui se sent dériver de plus en plus.
-Droit dans mes bras. Ce n’est pas si mal, non? le taquine son cadet.
L’Eliatrope laisse échapper un petit rire, et hoche mollement la tête.
-Otomaï, Otomaï… Tu es si doué pour faire d’une situation triste à souhait, quelque chose de drôle et d’agréable. J’aurai aimé avoir ce don, fut un temps. Voir la lumière plutôt que l’ombre, dans certaines situations… Va savoir, peut-être que comme ça, j’aurai réalisé plus tôt l’ampleur de mes erreurs…
-Cela, nous ne le saurons jamais, mon amour, chuchote encore Otomaï.
L’une de ses mains vient soudain se poser au-dessus des yeux de Qilby, et le plus vieux peut sentir le sourire dans la voix de son amant, quand ce dernier lui murmure à l’oreille:
-Mais moi, je sais une chose. C’est que je t’aime, et que cela peut te paraître affreux, mais je suis heureux que tu aies provoqué cette guerre. Sans quoi, nous ne nous serions jamais rencontrés.
-Figure-toi que j’étais en train de me dire la même chose, marmonne le brun, à présent bien enfoncé dans la forêt des songes.
Otomaï sourit, et l’embrasse une dernière fois.
Ils sont deux créatures bouffies d’égoïsme et du désir avide de vivre leur vie comme ils l’entendent, que ce soit au détriment des autres ou non. Après tout, qui a condamné son peuple à l’exil et à la guerre pour son propre bonheur? Qui a essayé de cacher une création potentiellement dangereuse pour le monde entier, dans l’unique but de préserver sa tranquillité personnelle?
Qilby pourrait bien chercher à raser le monde une nouvelle fois, juste pour rire, qu’Otomaï n’en serait nullement contrarié, et inversement. Ils ont chacun leur faille, leur passé, leurs souffrances, que personne ne peut comprendre, en dehors d’eux-mêmes. Alors oui, cela peut paraître choquant, aberrant même, mais qui pourrait se vanter d’être parfait, de n’avoir jamais pensé à soi, et à son propre profit avant celui des autres?
Le bonheur de ces deux hommes, lovés l’un contre l’autre dans cette grande baignoire remplie de bulles colorées et de promesses, vaut-il moins que ceux des autres?

Date: 2022-08-31 07:54 pm (UTC)
allenkune: (Default)
From: [personal profile] allenkune
C'est si adorable ! Du angst et de la romance, quantité maximale ! °o°

Date: 2022-08-31 07:56 pm (UTC)
From: (Anonymous)
Mon dieux c'était parfait !
J'ai découvert se couple peu avant l'obscure échange et c'est juste incroyable ! De l'angoisse et de la romance, tout se que j'aime et le mélange est parfait ! J'aimerais que mes fics soient aussi saisissante que celle-ci !

ParanormalSyndrome

Profile

obscur_echange: (Default)
Communauté d'échange de fanworks sur les fandoms rares en français

May 2026

S M T W T F S
      12
3456789
10111213141516
17181920212223
24252627282930
31      

Most Popular Tags

Page Summary

Style Credit

Expand Cut Tags

No cut tags
Page generated May. 6th, 2026 09:39 am
Powered by Dreamwidth Studios