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Titre : Kintsugi
Auteur : Géis (Participant.e 4)
Pour : Pastarion (Participant.e 17)
Fandom : Yoko Tsuno
Persos/Couple : Yoko/Cecilia
Rating : K
Disclaimer : Yoko Tsuno appartient à Roger Leloup
Prompt : → Yoko/Cecilia, ça peut être un peu sombre à cause de la folie de Cecilia, ou romantique avec les robes et les tableaux de fleurs et le ciel d’Écosse et… 
Notes : Je ne sais pas si ce texte est conforme à ce que tu attendais, mais ce fut un plaisir d’écrire sur un de mes Yoko préférés


Dès le premier instant, il y a quelque chose dans les yeux de Cecilia qui rive Yoko sur place. Elle peut y lire un épuisement qui n’est pas que physique, mais aussi que la jeune femme refuse de céder face à l’adversité. Yoko n’a jamais su résister à un regard comme celui-là, fragile et déterminé à la fois. Quand elle est entraînée vers la voiture par son père et le docteur, elle lance à Yoko un appel à l’aide silencieux. D’un coup, ce n’est plus de la fragilité que Yoko lit dans son regard, mais une fêlure. Cecilia est visiblement à bout. Quelle que soit la chose contre laquelle elle lutte, elle ne tiendra plus très longtemps. Elle est si touchante dans sa détresse que Yoko ne peut s’empêcher de vouloir l’aider.

Pol résume les choses à sa manière dès le groupe d’Écossais hors de vue.

-Jolie, mystérieuse et en détresse. J’avais dit à Vic qu’il fallait prévoir un séjour plus long en Écosse. Je savais que les mystères écossais te plairaient trop, mais j’avais oublié de penser aux mystérieuses Écossaises.

Yoko lui donne un petit coup de coude dans les côtes.

-Idiot. Aide-moi à changer la roue au lieu de dire des bêtises, si tu veux arriver à temps pour le repas.

-Je dis juste que tu ne sais pas résister à une jolie fille en détresse.

-Ah oui ? Qui donc tenait tant à filmer Ingrid pleurant devant le rocher de la Lorelei ?

Pol pousse un soupir déchirant.

-Parlons-en d’Ingrid. Ce n’est pas dans mes bras qu’elle est tombée. Tu as un truc pour les jolies filles en détresse, et elles ont un truc pour toi. Il y a eu Ingrid, Khâny, maintenant Cecilia…

-Khâny n’était pas en détresse.

-Non, mais son peuple entier l’était, et ça revient au même pour toi. Je dis juste que tu pourrais en garder pour les autres, leur dire que les rouquins avec le sens du comique c’est sympa aussi. Laisse m’en une, un jour !

Yoko secoue la tête d’un air amusé et ouvre le coffre pour y récupérer la roue de secours. Elle sait qu’elle ne changera pas Pol. Elle sait qu’elle ne changera pas non plus. Le pire, c’est qu’il a raison. Yoko ne sait pas dire non quand une jeune fille lui lance un regard comme celui que Cecilia lui a lancé. Elle ne sait pas à ce stade s’il y a une aventure qui l’attend au bout de la route qui mène au château, mais elle sait qu’elle restera tant qu’il y aura cette lueur dans les yeux de la belle Écossaise. Et, après avoir entendu l’histoire de lady Mary et de Mac Nab, Yoko sait qu’elle tremblera et s’attachera aux pas de Cecilia jusqu’à être sûre qu’elle ne risque rien. Yoko est une scientifique. Elle ne croit pas aux fantômes, même s’ils sont aussi nombreux dans son Japon natal que dans cette Écosse couverte de bruyère. Par contre, elle croit très fort en la capacité des hommes à nuire aux jolies filles qui n’ont personne pour les défendre. Sur la route, tandis que grandit la silhouette austère du château, son imagination se met à battre la lande dont les couleurs lui évoquent les yeux et les cheveux de Cecilia. Décidément, Pol est parfois trop perspicace. Une rencontre imprévue et Yoko est déjà captive des mystères de l’Écosse et de ses habitantes.



Au dîner, Yoko commence à se demander si elle s’est emballée trop vite. Cecilia est aussi jolie dans sa robe de soirée que toute échevelée et les joues rosies par la course, mais la lueur dans ses yeux a changé. Ses yeux ne sont pas exactement froids à l’égard de Yoko, mais ils ont perdu de leur chaleur. La fougue dans la voix de la jeune fille a également disparu tout comme son sourire qui a tant plu à Yoko quand elle l’a suppliée de venir au château. Ce soir, c’est presque une autre femme qu’elle a sous les yeux. L’estomac de Yoko se noue à ce constat. C’est terrible de se dire que l’équilibre mental que lui prodiguent les soins du docteur est au prix de sa vivacité et de sa soif de liberté. Yoko veut le sourire de Cecilia, pas cette caricature de froideur britannique. Elle se couche frustrée et déçue, avec l’impression désagréable d’avoir été privée de quelque chose de beau. Le doute et la frustration la font se tourner dans son lit sans trouver le sommeil.

Mais il paraît qu’en Écosse les nuits sans sommeil attirent les fantômes, et celui qui se présente dans la chambre de Yoko est tout à fait mystérieux. Yoko lui en voudrait plus de l’avoir dérangée dans sa vaine tentative de s’endormir si le fantôme ne l’avait pas accidentellement ramenée vers Cecilia.

Si c’était un accident. Yoko a des doutes. Elle est sûre de ne pas avoir affaire à un fantôme. Ceux-ci n’ouvrent pas les portes, ils passent à travers, qu’ils soient occidentaux ou orientaux. Ils ne font pas non plus grincer les vieux escaliers de bois. Quelque chose se trame dans la vieille demeure. Pour croire à la réalité de ce fantôme, l’esprit scientifique de Yoko exige des preuves.

Cecilia y croit, elle, et Yoko oublie de réfléchir à ce nouveau mystère pour se noyer un moment dans ses yeux. La froideur de ses yeux s’en est allée telle un rêve. À la place, Yoko retrouve Cecilia telle qu’elle l’a découverte cette après-midi, fébrile, agitée, touchante quand elle prend sa main avec ferveur. Yoko lui rend son étreinte avec une joie mâtinée de tristesse. L’exaltation qui a remplacé sa froideur du repas et sa détresse de l’après-midi l’effraie un peu.

De toute évidence, le dosage du docteur n’est pas parfait. Cecilia oscille entre des épisodes maniaques et des phases d’abattement. Yoko se refuse d’avoir pitié d’elle, parce qu’elle voit bien que Cecilia se bat pour garder la maîtrise d’elle même, mais le spectacle l’attriste quand même. Ce soir, les médicaments du docteur ont fait long feu.

Yoko pénètre le cœur battant dans la pièce, avide de découvrir Cecilia autrement que par le regard de son père, de son médecin ou d’étrangers plus intéressés par l’histoire de la malédiction que par le fait d’aider la jeune fille. Les meubles, les robes, les tableaux, tout y est à l’image de Cecilia, couvert d’un voile de mystère et délicieusement hors du temps.

La folie serait-elle contagieuse ? Yoko l’ignore, mais elle est happée par l’ambiance gothique de la pièce et par la fébrilité des yeux de son occupante. Cecilia croit dur comme fer à son fantôme, et fait tout pour convaincre Yoko de faire de même. Tous les ingrédients d’un roman gothique sont là, la mère tragiquement décédée, le tableau corrigé de sa main, la robe manquante… Yoko pourrait presque y croire. Elle veut y croire, parce l’histoire du fantôme d’une mère venant voir sa fille au risque de l’entraîner à son tour dans la mort serait moins sinistre que le drame qu’elle entrevoit. L’esprit cartésien de Yoko note presque avec amusement que lady Mary serait bien la première fantôme d’Écosse à apparaître uniquement les nuits sans brume.

Rien dans cette histoire ne lui donne de raison de croire aux fantômes. Peut être que Yoko est juste touchée par le désespoir de Cecilia. La pauvre a besoin de croire que sa mère lui revient enfin. Ne pas y croire voudrait dire que les autres ont raison quand ils disent qu’elle est folle. Yoko est bouleversée par ces yeux qui supplient de la croire, au point de vouloir y croire. Trop vite, peut être, elle accepte de s’installer pour guetter l’apparition de lady Mary avec Cecilia. Avant de céder, elle aurait au moins pu la convaincre d’envisager d’autres explications, mais les mots meurent dans sa bouche. Elle est incapable de résister face à l’espoir grandissant dans les yeux fébriles de Cecilia.

-C’est vraiment ma mère, insiste Cecilia une fois qu’elles ont poussé le canapé vers la fenêtre donnant sur le parapet. Je le sais. Je le sens. C’est ma mère, et une fille reconnaît toujours sa mère.

-Je l’espère de tout mon cœur.

-Nous ne sommes pas arriérés dans les Highlands, quoi qu’ils pensent au-dehors. Mais certaines choses dépassent l’entendement humain. L’amour d’une mère pour sa fille en fait partie.

-L’amour a toujours été quelque chose de magique, reconnaît Yoko.

Ce n’est pas le moment, mais ses yeux se posent malgré elle sur les lèvres de la jeune fille. Elles ont l’air si douces. Yoko joue un instant avec l’idée d’y poser les lèvres, mais c’est trop tôt et l’heure est trop grave.

-Mon cœur bat à toute allure, confesse Cecilia. Et le vôtre ?

Le regard de Yoko embrasse la chambre plongée dans une semi-pénombre inquiétante et les montagnes au-dehors, éclairées par un rayon de lune. « Bel écrin pour une tragédie », a-t-elle dit en pénétrant dans la cour du château. Elle craint d’avoir prononcé des mots prophétiques.

-Le mien aussi. Cecilia, avez-vous pensé que tout ceci ne pourrait qu’être un piège où une main ennemie voudrait vous faire tomber ?

-Bien sûr. L’Écosse est pleine de faux fantômes destinés à faire frisonner des touristes en mal d’aventure. Mais ce n’est pas le cas ici. Nous avons autant de vrais fantômes que de faux Mac Nab est trop fou pour faire plus que maudire les victimes innocentes de sa colère. Non, c’est bien ma mère qui viendra nous visiter ce soir.

Cecilia semble si rationnelle en disant cela. Fébrile, elle se lève pour regarder par la fenêtre et se rassied nerveusement.

-Patience, murmure-t-elle autant pour elle-même que pour Yoko. Il ne se passera rien avant minuit. Mais à minuit…

Une main se presse sur son cœur, l’autre agrippe férocement l’accoudoir du canapé. Quelques mèches s’échappent de sa coiffure. Difficile en cet instant de ne pas croire à la folie que tous proclament trop aisément autour d’elle. Le cœur de Yoko se serre devant ce spectacle. Elle tend une main pour la poser sur celle de Cecilia et essayer de la ramener au moment présent, mais la jeune fille s’en empare et la serre de toutes ces forces.

-Merci. Merci d’être restée avec moi. Merci de croire… Personne n’est jamais resté. Il y a des moments où je peux croire à ce qu’ils disent tous, que je suis folle. Si au moins j’avais des amis pour me visiter… Mais ils m’ont tous déserté quand mes crises ont commencé, et je suis restée seule avec mon père et le docteur. Ils m’aiment et ne veulent que mon bien, mais c’est terrible à mon âge de rester toujours seule, n’est-ce pas ?

Yoko hoche silencieusement la tête. Les mots de Cecilia l’émeuvent au plus haut point. Vic a raison, Yoko tombe trop vite et trop facilement amoureuse, mais comment résister face à de tels yeux ? Elle comprend tellement Cecilia. En effet, comment ne pas devenir folle dans une telle solitude ? Cecilia n’a aucune amie, personne pour croire en elle et en ses fantômes, personne de son âge du moins. Le cœur de Yoko chavire un peu plus. Quelque part au-dessus de sa tête, elle a impression d’entendre Pol se moquer gentiment d’elle. Elle va encore donner bien du mal à Vic, mais comment pourrait-elle maîtriser les élans de son âme ?

Yoko se force à se secouer et à insister, pour le bien de Cecilia.

-Que ferez-vous seulement si c’est bien votre mère ? En Écosse comme au Japon, les fantômes cherchent souvent à entraîner les vivants dans leur tombe.

-Pas ma mère. Elle m’aime. Tous ceux qui ont peur de ce qu’elle pourrait me faire se trompent. Elle vient me chercher pour que je puisse enfin quitter cet endroit. Ne vous y trompez pas, Yoko. Ce château est ma maison. J’y suis née, j’y ai grandi, et je suis attachée à chacune de ses pierres, mais mon père m’a interdit d’aller faire mes études à Édimbourg quand ma santé a commencé à décliner. Il avait trop peur que je me retrouve à errer dans la ville comme je me suis retrouvée à errer dans le château. Je me retrouvais dans des endroits reculés de celui-ci sans me rappeler m’y être rendue. Mais je ne suis pas folle ! Malade, peut être, mais pas folle. Ma mère le sait, elle. Elle a entendu mon appel et vu ce que je savais déjà. Elle a prit pitié de moi dans mon isolement, et elle vient pour me chercher. Les mères lisent dans le cœur de leurs enfants, et ce que ma mère me dit quand elle vient sous mes fenêtres, c’est « viens ! Tu es assez forte, assez courageuse. Je n’ai pas pu voir le monde, vois-le pour moi et revient me raconter ! ». Ma mère, vouloir m’entraîner vers ma tombe ? Ce serait affreux, si ce n’était risible !

Un rire nerveux sort de la bouche de Cecilia. Elle ne lui dit pas tout. Elle a des soupçons qu’elle tait à Yoko. Celle-ci ne peut que lui offrir en retour un sourire qui n’atteint pas ses yeux. Dans son ventre, son estomac se soulève. Yoko a soudain sous les yeux la vision du corps de Cecilia étendu dans le grand hall d’entrée, là où elle a trouvé la robe noire abandonnée et se voit arriver au pied de l’escalier seulement pour réaliser que Cecilia est immobile, les yeux vitreux. La vision est insupportable. Yoko se force à la conjurer. C’est ce lieu, c’est cette ambiance, c’est la douce glissade de Cecilia vers la folie qui la font trembler malgré elle. Yoko n’est pas une froussarde, et elle ne croit pas aux fantômes, mais elle a peur pour Cecilia.

La jeune femme ne semble pas attendre de réponse de sa part, à moins qu’elle n’ait peur de savoir ce que Yoko pense véritablement. Quoi qu’il en soit, elle se tait et contemple en silence le parapet, ce qui laisse à Yoko ample loisir de la contempler. Les cernes de la jeune femme l’effraient, tout comme sa minceur et la nervosité de ses gestes. Sa première impression en la rencontrant était la bonne. Cecilia est à bout. L’apparition du fantôme cette nuit peut suffire à la faire basculer définitivement dans la folie. Yoko est peut être la seule apte à lui servir de rempart en cet instant. Cecilia le sait-elle ? Est-ce pour ça qu’elle a voulu sa venue cette nuit ? Et surtout, Yoko peut-elle prendre une telle responsabilité sur ses épaules ?

Soudain, Yoko se prend à penser au kintsugi. Cecilia est comme une poterie ancienne, perdue hors de son temps, splendide mais couverte de fêlures. Un souffle de vent trop brutal suffirait à la briser à ce stade. Au-dehors de cette chambre, des hommes voudraient terminer ce travail, Mac Nab peut être. Yoko n’est prête à jurer de rien dans cette histoire. Mais, tout en contemplant les fêlures dans les yeux de Cecilia, elle se jure qu’elle fera tout pour réparer celles-ci, même si elle doit elle même patiemment appliquer de la laque dorée sur chacune de ces fissures.

Date: 2025-06-24 01:53 pm (UTC)
From: (Anonymous)
Oh, c'est tellement gothique comme ambiance, c'est magnifique ! Merci beaucoup ♥

Pasta'

Date: 2025-07-16 10:48 am (UTC)
From: (Anonymous)
Contente que cela t'ai plu!

Géis

Date: 2025-07-01 08:25 am (UTC)
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From: [personal profile] allenkune
💜🩵❤️

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