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Titre : Une boucle infernale
Auteur : Encre & Chimère (Participant.e 5)
Pour : Smelly Socks (Participant.e 9)
Fandom : Contes - Le petit chaperon rouge
Persos/Couple : Le loup/le chasseur
Rating : M
Disclaimer : Le conte ne m'appartient pas, c’est un conte populaire retranscrit par Perrault (je ne suis pas sûr.e qu’il en soit réellement l’auteur à la base ou que ce ne serait pas éventuellement un conte de tradition orale qu’il aurait mis par écrit).
Prompt : Boucle temporelle, enemies to lovers
Le loup / le chasseur est pris dans une boucle temporelle pendant laquelle il comprend de mieux en mieux l’autre jusqu’à finir ensemble.
Notes : Je ne sais pas si tu seras vraiment satisfaite par ma réponse, qui n’est peut-être pas forcément des plus fidèles à ton prompt, mais j’espère que la lecture te plaira malgré tout (même si à la fin j’ai un peu abrégé car ça commençait à devenir un peu long XD)



Marchant d’un bon pas, le chasseur pestait. Il savait que le loup n’était pas loin, mais pour l’heure il en avait perdu la trace. Il hésitait à rebrousser chemin afin de revenir sur ses pas jusqu’au croisement où il avait perdu la trace du monstre, mais il avait peur que cela ne soit qu’une perte de temps. C’est à ce moment-là qu’il entendit, pas loin, le cri de détresse d’une toute jeune fille. Ne prenant pas la peine de réfléchir, l’homme courut vers la provenance du cri. Car, même si sa proie n’était pas à l’origine du drame qui se jouait, il n’en restait pas moins qu’une enfant était en danger pas loin de là.

En plus, les petites filles étaient les proies de prédilection de la bête. Donc, fausse piste ou non, cela lui permettrait peut-être également de faire d’une pierre deux coups : sauver l’enfant, et avoir une chance, enfin, d’exterminer la bête que tant de générations de chasseurs dans sa famille traquaient depuis plusieurs siècles.

Au bout de sa course, il vit une chaumière, perdu au cœur de la forêt. La porte, grande ouverte, lui permit d’avoir une vue directe sur le monstre qu’il traquait, occupé à dévorer l’enfant. Le chasseur était partagé : allégresse de mettre un terme à la vie de ce monstre, mais aussi déprimer d’être arrivé trop tard pour sauver l’enfant. En effet, le monstre était en plein repas, dévorant les entrailles de sa victime.

Se secouant, profitant que l’attention de la bête soit entièrement consacrée à son funeste repas, le chasseur s’approcha du loup par derrière puis, empoignant son fusil, tira en pleine tête de l’animal. Quand la balle le frappa, des éclats d’os explosèrent et des bouts de cervelles vinrent asperger le mur et certains meubles. Une fois son ennemi mis à mort, le chasseur le dégagea d’un coup de pied dans le flanc puis, délicatement, emmaillota l’enfant dans des draps avant de l’emmener à l’extérieur, afin de l’enterrer dignement.

Ensuite, suivant une odeur de décomposition, l’homme trouva un autre cadavre dans le placard, d’une vieille dame cette fois, qui avait été tué par le loup mais qu’il n’avait pas mangé. Après tout, ce monstre ne semblait se complaire qu’à manger la chair de petites filles. Bien que, s’il en croyait les archives de sa famille de chasseurs, ce monstre n’avait pas toujours jeté son dévolu sur des enfants. Au début, il y a plusieurs siècles de cela, le monstre visait des adolescentes encore sous la protection de leurs pères. Mais, plus ça allait, plus l’âge moyen des victimes diminuait. Et, aujourd’hui, les victimes de ce monstre variaient de dix à treize ans maximum dans la majorité des cas. bien qu’il arrivât, comme pour cette malheureuse enfant, que la limite d’âge descende à huit ans.

Après avoir enterré les dépouilles des victimes de la bête, le chasseur dépeça le monstre. Afin d’apporter la preuve à sa famille de la mise à mort de l’animal et de la fin de leurs années de traques et de sacrifices. Puis, une fois la peau récupérée, l’homme abandonna le cadavre sanguinolent. Qu’il se fasse, à son tour, dévoré par les bêtes sauvages !

oOo


Le chasseur papillonna des yeux, perdu. Il ne lui semblait pas être revenu dans la même auberge que celle où il avait dormi la veille. Mais soit. Se levant, il alla voir si la fourrure récupérée la veille avait séché. Mais, à sa grande surprise, il ne la trouva nulle part. Il eut beau retourner ses affaires, il ne parvint pas à remettre la main dessus. Aussi, en examinant ses affaires, il fut confus de retrouver une balle supplémentaire par rapport à ce qu’il pensait lui rester. Mais, haussant les épaules, il se dit juste qu’il les avait peut-être mal comptées la dernière fois qu’il en avait fait l’inventaire.

Aussi, la veille, perturbé par le fait de ne pas avoir pu sauver les dernières victimes du loup, il supposa qu’il avait peut-être oublié de prendre la fourrure avec en quittant les lieux. Ainsi, il se dépêcha de prendre ses affaires afin de retourner dans la chaumière de la veille. Ne prêtant aucune attention à ce qui se passait autour de lui. Sinon, il aurait été surpris par l’impression de déjà par rapport à plusieurs choses qui se passa.

Marchant d’un bon pas, l’homme parvint rapidement jusqu’à la chaumière. Là, il fut surpris de voir une vieille dame, qui ressemblait étrangement à son macchabée de la veille, jardiner en chantonnant. Son arrivée attira l’attention de la vieille dame, qui cessa ce qu’elle faisait et le regarda avec méfiance. A son âge, elle n’était pas de taille à lutter s’il était venu pour lui voler ses biens ou pour la tuer. C’est à ce moment-là, alors que les deux se regardaient l’un l’autre dans les yeux, que le chasseur entendit un bruissement de feuillage.

N’écoutant que son instinct, l’homme s’interposa entre la vielle femme et la provenance du son, tout en dirigeant la lunette de son fusil vers les branchages et se préparant à faire feu. Bien lui en prit car, soudainement, il put voir le loup de la veille, miraculeusement revenu à la vie lui aussi, débouler dans la clairière abritant la chaumière. Sans prendre la peine de réfléchir plus longuement, plus par réflexe qu’autre chose d’ailleurs, le chasseur tira et, comme la veille, fit mouche. Tuant le monstre sur le coup, d’une balle en plein cœur.

Baissant son fusil, l’homme récupéra son couteau et entreprit de dépecer la bête. Ignorant par quel miracle ou maléfice la journée de la veille avait pu se répéter. Mais, cette fois, après avoir récupéré la fourrure, l’homme décida de découper la bête en plusieurs morceaux qu’il éparpillerait, permettant ainsi d’éviter, l’espérait-il, que le monstre ne revinsse à la vie le lendemain. Une fois sa besogne accomplie, le chasseur retourna au village et fit bien attention d’aller dans une auberge différente de celle où il s’était réveillé ce matin. Là, il entreprit de laver et mettre à sécher la fourrure récupérée. Puis, fatigué par sa journée à crapahuter dans les bois afin de disperser les différents bouts du cadavre de la bête, il se coucha, fourbu.

oOo


Quand il ouvrit les yeux, ce matin-là, le chasseur ne sut pas dire s’il était surpris ou non d’être revenu à son point de départ. Soupirant d’un air défaitiste, il se leva et se prépara puis, se donnant une claque mentale en se morigénant, il se précipita vers la chaumière de la veille. Il y vit la même vieille femme qui, comme il s’en doutait déjà avant même de l’avoir vu, était occupé à jardiner tout en chantonnant. Et, comme la veille, elle le regarda avec méfiance, sans sembler le reconnaître.

L’homme ne fut donc nullement étonné quand il entendit un bruissement en provenance des buissons. Comme la veille, il se plaça devant la vieille dame, se plaçant en rempart pour la protéger. Puis, dès qu’il vit le bout du museau du loup, il tira, le tuant à nouveau d’une balle dans le cœur. Soupirant d’un air las, il prit son couteau afin de dépecer la bête. Puis, après avoir rangé la peau dans son sac, il demanda à la femme s’il pouvait faire un feu afin de brûler la dépouille. Ce qu’elle accepta.

Une fois qu’il fut sûr que le cadavre du loup fut réduit en cendres, le chasseur rentra au village, où comme la veille, il lava et laissa à sécher la fourrure dans la chambre qu’il avait réservé, encore une fois, dans une auberge différente de celle où il s’était réveillé le matin même. Quand il eut fini cette corvée, il regarda le ciel dehors. Il était certes tard, mais pas encore assez pour dormir. Il alla donc boire un coup dans le bar, se disant qu’il allait fêter dignement la mort de la bête qu’il espérait, cette fois, définitive.

oOo


En se réveillant, le chasseur eut peur d’ouvrir les yeux dans un premier temps. Puis, se disant que réduit en cendres, la bête ne pouvait pas faire usage du maléfice ayant permis de remonter le temps les fois précédentes, l’homme ouvrit les yeux. Puis eut envie de pleurer. Il était de nouveau dans l’auberge qu’il n’avait pourtant pas réservé la veille, ayant bien pris soin de réserver la nuitée dans une autre auberge. Mais, encore une fois, il se retrouvait à son point de départ.

Soupirant, las, il se leva et, l’humeur morose, il se dirigea vers la chaumière. Tout se passe encore une fois comme la veille : la vieille femme qui jardiner en chantonnant, s’arrêtant et le regardant avec méfiance quand il arriva, sans le reconnaitre. Puis, le mouvement dans les buissons trahissant l’arrivé prochaine du loup et lui, le chasseur, qui se plaça entre la vieille femme et sa proie en armant son fusil, tirant quand il vit l’apparition du loup. Ô surprise, il le tua à nouveau d’une balle dans le cœur.

Traînant des pieds, bougon, le chasseur dépeça puis découpa le loup en plusieurs morceaux. Puis, comme le premier jour de cette boucle infernale, il crapahuta dans les bois afin de disperser les différents morceaux que, cette fois comme le deuxième jour, il fit brûler. Puis il rentra au village, encore plus tard que les jours précédents, ayant eut besoin de temps pour allumer tous ces feux aux quatre coins du bois et de le regarder consumer les morceaux de cadavre jusqu’à ce qu’il ne reste que des cendres.

Cette fois, en rentrant à l’auberge, il était trop fatigué pour s’occuper de la fourrure, ainsi, il le laissa en tas par terre sur le sol de la chambre qu’il avait réservé et, se débarbouiller pour ôter toutes traces de sang, il s’effondra dans le lit. S’endormant avant même de retomber sur le matelas. Totalement épuisé par sa journée éreintante.

oOo


Le chasseur fut-il surpris de se réveiller dans la chambre trois fois damnée où il n’avait pas réservé la veille ? Pas du tout. A ce stade, il s’y attendait. Poussant un soupir à fendre l’âme, il regarda par terre par acquis de conscience. Évidemment, pas de fourrure sanglante par terre. Se levant bon gré mal gré, il prit la direction de la chaumière. Comme les jours précédents. Se demandant s’il vivrait cette infâme journée jusqu’à la fin de sa vie ou s’il deviendrait fou avant et se tuerait.

Mais bien vite, arrivant à sa destination, il mit de côté ses pensées pessimistes, et repris l'enchaînement habituel :

repérage de la vieille jardinière chantonnant : chek.

échange de regard avec elle, la vieille femme le regardant avec méfiance tout en ne le reconnaissant pas : chek.

bruissement des buissons, menant le chasseur à s’interposer entre eux et la vieille : chek.

armer son fusil et tirer à l’apparition du loup : chek.

loup recevant la balle dans le cœur, mourant sur le coup : encore chek.

Mais, cette fois, le chasseur ne dépeça pas la bête et, directement, le brûla. Se disant que les siens devraient le croire sur parole quant à la mort de leur ennemi de toujours. Pensant que, peut-être, le fait d’avoir épargner la fourrure de l’étreinte du feu était ce qui avait permis à la bête de revenir d’entre les morts, ou plus exactement, d’effacer cette journée et de poursuivre la boucle infernale dans laquelle le chasseur semblait piéger.

Cette fois, en rentrant au village, le chasseur ne réserva aucune chambre. Il se contenta d’aller dans un bar, où il bu comme un trou. Voulant juste oublier cet enchaînement de journées infernales dans lesquelles il semblait piéger. Après avoir bien pu, totalement ivre, il roula sous la table et plongea dans un sommeil d’ivrogne. Espérant avoir mis un terme à la boucle en brûlant tous les morceaux du loup, peau comprise.

oOo


Réveil. Absence de gueule de bois. Ne s’était-il pas soulé la veille ? Ouvrant les yeux, il put voir cette satanée chambre dans laquelle il n’avait PAS dormi, se trouvant à nouveau à son point de départ. Se levant comme un automate, il se dirigea vers la chaumière en traînant des pieds. Se demandant s’il n’aurait pas attrapé une malédiction sans le savoir, le faisant revivre, inlassablement, la même journée. Puis, se secouant, il marcha plus vite pour arriver à la chaumière avant le loup. Ayant trainé sur le début du chemin, il arriva un peu plus tard que les jours précédents et dû armer et tirer à toute vitesse : quand il arriva devant la chaumière, le loup se jetait déjà sur la vieille femme. Son tir, moins parfait, ne tua pas le loup sur le coup, il dû tirer une deuxième fois afin de l’achever.

L’homme soupira de soulagement. C’était de justesse, mais il avait sauvé la femme. Il frissonna. A une seconde près par contre, il serait arrivé trop tard pour elle. Or, espérant bien que ce soit la dernière occurence de cette boucle infernale, il s’en serait voulu si la femme était morte parce qu’il avait trop trainé en chemin. Comme la veille, il ne dépeça pas l’animal. Par contre, il le découpa en morceaux qu’il brûla dans plusieurs endroits différents de la forêt. Puis, priant que ce soit la dernière fois, il rentra au village, où il gagna rapidement une chambre différente de celle où il se réveillait inlassablement lors de cette boucle infernale.

oOo


En ouvrant les yeux ce matin-là, comme il le craignait, il se retrouva dans la chambre qu’il ne pouvait s’empêcher de voir comme l’antre infernal. Soupirant, il se leva d’un bond, se disant qu’il allait tester une théorie. Avant d’aller vers la chaumière, il passa en coup de vent à la clinique vétérinaire. Heureusement qu’il connaissait le véto, par contre, car aucun autre ne lui aurait vendu ce qu’il était venu chercher.

Puis, ayant acquis ce qu’il convoitait, il courut jusqu’à la chaumière, voulant rattraper le temps perdu. Essoufflé, il arriva juste à temps comme la veille et tira à toute vitesse. Heureusement, il fit mouche du premier coup. Aussi, le produit anesthésiant, car c’était une fléchette tranquillisante, fit effet presque immédiatement, endormant la bête sans encombre. S’approchant néanmoins prudemment, le chasseur toucha le flanc du loup du bout de son fusil. Voyant que l’animal ne réagissait pas, il s’approcha donc plus franchement et chargea la bête sur son dos.

Puis, ne pouvant décemment pas se présenter au village avec l’animal, l’homme chercha une grotte. Là, il posa son fardeau et, sachant que la bête ne se réveillerait pas avant plusieurs heures, se dépêcha d’aller acheter des chaînes afin d’attacher l’animal. Et, effectivement, la bête dormait toujours à point fermé quand le chasseur revint. Le chasseur attacha l’animal puis repartit afin de chercher du bois pour faire un feu.

Quand il revint, à la place du loup, il y avait un homme enchaîné qui reprenait peu à peu connaissance. Le chasseur resta interdit un instant. Ne comprenant pas ce qui s’était passé. Mais, en regardant l’homme de plus près, le chasseur put voir dans la bouche de l’inconnu des crocs qui auraient mieux étaient dans une gueule de loup. Ainsi, aussi surprenant que ce soit, il semblerait que l’inconnu était bien son loup, contre toute attente.

Haussant finalement les épaules, le chasseur ne se préoccupa pas plus que ça du loup. Homme ou animal, enchaîné comme il l’était, il ne pourrait pas fuir de toute manière. L’ignorant donc, il entassa le bois ramassé, en prévision de la flambée qu’il ferait quand il commencerait à faire plus sombre.

Son prisonnier, ayant finalement totalement repris conscience, s’agita en essayant de se libérer. En vain. Il regarda autour de lui, cherchant de quoi se défaire de ses chaînes. Mais sans trouver satisfaction. Alors, avisant celui qui était certainement son geôlier, il le regarda d’un air torve et l'interpella. Mais celui-ci, continuant sa besogne, l’ignora. Pour le plus grand agacement de l’homme-loup.

Le chasseur ne porta son attention vers son ennemi que quand il n’eut plus rien d’autre à faire. Le regardant d’un air dur, il commença à parler.

- Qu’est-ce que tu es exactement ?

Penchant la tête sur le côté, prenant un air hautain, son prisonnier rétorqua :

- Avant de m’interroger, la politesse voudrait que tu te présentes.

Le chasseur se sentit bouillir de haine à la réplique de l’autre. Il osait ! Il lui répondit néanmoins, glacial :

- Nul besoin de politesse, quand on a affaire à un monstre !

L’homme-loup renifla de dédain et cracha :

- Cela tombe bien, il n’y a pas de monstre ici ! Seulement deux hommes, dont l’un est le prisonnier de l’autre !

Serrant les dents de rage, se disant que l’autre se moquait de lui, le chasseur persifla ironiquement :

- Bien sûr ! Vous n’êtes pas un monstre, vous ne prenez pas l’apparence d’un loup pour assassiner des jeunes femmes, puis des fillettes, depuis des siècles ! Pardonnez ma méprise !

Fronçant les sourcils, mécontent en percevant parfaitement l'ironie suintant du ton de l’autre homme, l’homme prit une grande inspiration, et d’une voix qu’il essaya de maîtriser rétorqua :

- Vous jugez sans savoir. Je me change en loup, je tus, donc forcément, je suis un monstre à vos yeux. Mais la vérité, c’est que je n’ai jamais voulu de tout ça. Je ne suis qu’un homme. Un homme maudit. Je ne suis que ce qu’on a fait de moi. Si j’avais le choix que ferais-je à votre avis ? J’ai déjà essayé de m’ôter la vie. Mais, quand je meurs, ma malédiction se met en branle pour effacer la journée de ma mort. Et, quand je ne tus pas, je finis par devenir fou. Alors, si je ne tus pas assez fréquemment des vierges, je suis pris d’une frénésie meurtrière où je massacre toute personne croisant ma route : hommes, femmes, jeunes, vieux, sans aucune distinction. Et là, le nombre de mes victimes est bien plus important, jusqu’à ce que je dévore une vierge. Dès ce moment-là, ma frénésie prend fin. Mais les images de ma folie. Les images, chasseur, sont gravées en moi. Je préfère donc, une fois de temps en temps, tuer une pauvre innocente, si cela me permet de me contrôler et d’éviter de commettre des massacres. Car, comme je l’ai dis, ma malédiction ne me permet pas de mourir. Et si je me tus, je reviens en arrière, me souvenant parfaitement de mon suicide qui a été effacé dans la mémoire du Monde, mais parfaitement gravé dans la mienne.

Ayant attentivement écouter le monologue de son prisonnier, pensif, le chasseur demanda :

- Et que se passe-t-il si quelqu’un d’autre vous tu ?

Haussant les épaules, l’homme-loup répondit :

- En toute honnêteté, je ne sais pas. Je ne me souviens pas que cela soit déjà arrivé.

Soupirant, le chasseur lui dit pensif tout en passant une main sur le visage :

- Apparemment, vous n’en gardez pas souvenir. Peu importe l’identité de celui qui vous tu, il en gardera le souvenir tandis qu’une boucle infernale commencera si jamais il venait, encore et encore, vous tuer jour après jour.

Le regardant d’un air surpris, l’homme demanda, intrigué :

- Comment pouvez-vous le savoir ?

Un ricanement nerveux échappa au chasseur, qui répondit néanmoins :

- Ça va presque faire une semaine que j’essaie, tous les jours, de vous tuer, pour vous voir revenir à la vie le lendemain. J’ai bien cru que j’allais devenir fou !

L’homme se figea, interdit. Puis, se relâchant, les yeux baissé, il dit tristement :

- Comme vous devez me haïr, pour ainsi venir à moi et me tuer inlassablement pendant des jours et des jours.

Le chasseur, ne sachant pas pourquoi, se sentit mal à l’aise en voyant la petite mine toute chagrinée de l’autre. Puis, se mettant une claque mentale, il se rappela qu’il restait néanmoins un meurtrier et qu’il ne méritait nullement sa pitié.

- Plutôt que de la haine, c’est plus un devoir ancestral en vérité. Depuis plusieurs siècles, un chasseur de ma famille est chargé de te traquer et de te tuer, afin de mettre fin à tes tueries.

Penchant la tête sur le côté, l’homme-loup lâcha :

- Tu pourras me tuer encore et encore, cela n’aura pas de fin. Tu finiras fou avant.

Reniflant d’un air dédaigneux, le chasseur répliqua :

- Tu m’en diras tant.. où, sinon, j’ai juste à t'enchaîner quelque part et à jeter la clé.

Le prisonnier fit la moue, sceptique :

- Je ne suis pas sûr que telle soit la solution : qui te dis que je ne réussirais pas, un jour dans ma folie, à me libérer ?

Fronçant les sourcils, le chasseur en convint. Un bâillement le prit alors par surprise, lui faisant ainsi remarquer qu’il était tard. Se lavant difficilement, le corps engourdit d’avoir été assis aussi longtemps sur un sol aussi dur, il alla allumer le feu puis, une fois que la flambée eut pris, il se coucha au sol. Assez loin du prisonnier néanmoins pour qu’il ne lui vienne pas l’idée de le tuer dans son sommeil. Ils avaient certes discuté de manière presque civile, mais il n’en restait pas moins son ennemi et, à ce titre, n’avait pas droit à sa confiance. Très vite, il s’endormit, se mettant à ronfler légèrement.

Le prisonnier trouva étrangement réconfortant d’entendre ce son. Car, bien qu’il soit le prisonnier de l’autre homme, il n’était plus seul. Enfin. Cela faisait des siècles qu’il n’avait plus pu profiter d’une conversation avec un autre être humain. Donc certes, il aurait pu rêver meilleure compagnie, mais d’un autre côté, son geôlier était suffisamment aguerri pour demeurer à ses côtés tout en pouvant se défendre et l’arrêter s’il était soudainement pris d’une frénésie. Tout bien considéré, c’était donc parfait. L’homme-loup espérait vraiment que, ensemble, lui et le chasseur puisse trouver un moyen efficace de si ce n’est mettre fin à sa malédiction, au moins trouver une solution pour qu’il n’est plus jamais à tuer, que ce soit lors d’un massacre ou préventivement. Car il avait été honnête avec l’autre homme. Il tuait par nécessité, pas parce que cela lui plaisait. L’homme-loup s’endormit sur ces pensées, pleins d’espoir envers l’avenir aux côtés de cet étrange chasseur.

oOo


Ce matin-là, en se réveillant, le chasseur sentit une brise faire s’envoler une mèche de cheveux. Il ouvrit les yeux et sourit, étrangement heureux de voir le plafond de la grotte. Il avait mal partout, n’avait pas forcément bien dormi du fait du sol trop dur. Mais, pourtant, la signification de tout ça le ravissait. Adieu, boucle temporelle infernale, bonjour le reste de ma vie ! pensa le chasseur.

Mais quand il tourna la tête et vit le visage endormi de l’homme-loup, son sourire fana un peu. Le problème restait entier : comment résoudre le problème que représentait l’homme-loup ? Était-il réellement impossible à tuer, comme il l’avait affirmé la veille ? Ou bien avait-il mentit et, maintenant que la boucle était finie, pouvait mourir désormais ? Le seul moyen de le savoir étant d’essayer, le chasseur se leva et, déterminé, égorgea le loup.

Sa tâche accomplie, il partit, prenant la direction du domaine de son enfance. Il marcha ainsi toute la journée et, quand la nuit tomba, il s’arrêta dans une clairière où il s’endormit. Ressentant néanmoins un étrange sentiment de culpabilité d’avoir tué le loup. Ce qui était stupide ! Il avait juste accompli son devoir, pourquoi le regretter ? Il s’endormit sans parvenir à trouver une réponse satisfaisante.

oOo


En se réveillant, le chasseur ressentit un étrange soulagement quand il avisa le plafond de la grotte et, en tournant la tête, la présence de l’homme-loup endormi, mais bien vivant. C’était la première fois qu’il était heureux, depuis le début des boucles temporelles, qu’il y en ait eu une autre pour ramener à la vie son prisonnier qu’il avait exécuté la veille.

Il se leva et, curieux, regarda celui qu’il appelait monstre, naguère. Celui-ci faisait des petites moues que le chasseur trouva étrangement adorable dans son sommeil. En le voyant ainsi, on pouvait difficilement deviner que l’endormi soit responsable de tant de morts. L’homme put regarder ainsi son prisonnier, fasciné, pendant une petite paire d’heures avant qu’il ne se réveille.

En ouvrant les yeux, l’homme-loup fut surpris de voir son geôlier le fixait aussi intensément. Ce qui le fit rougir, gêné. Depuis combien de temps le regardait-il dormir ? Se redressant, il se cacha timidement le visage derrière ces mains, faisant cliqueter ses chaînes.

Comprenant bien qu’il avait mis l’autre mal à l’aise en le fixant ainsi, le chasseur sourit d’un air amusé puis détourna le regard. Puis, faisant comme si de rien n’était, il commença à parler avec l’homme-loup qui, peu à peu, se laissa prendre au jeu et parla gaiement. Le chasseur en fut d’ailleurs étonné : où était passé l’être désagréable qu’il avait côtoyé le premier jour ? Avant de se rendre compte, honteux, que le loup n’avait montré ce visage méprisant qu’en réponse à son propre mépris. Et que, à partir du moment où il lui parler normalement, neutre, l’homme-loup avait laissé tomber le masque pas très sympathique pour se comporter comme un jeune chiot.

Au fil de la journée, se rendant compte qu’il n’avait pas d’autre moyen de nommer son interlocuteur d’homme-loup, le chasseur voulut lui demander s’il avait un nom. Mais, se souvenant de la réprimande de son interlocuteur lors de leur premier échange, il voulut donc faire les choses plus ou moins bien cette fois-ci. Aussi commença-t-il :

- Je me rends compte que, malgré le temps que nous avons passé ensemble, nous ignorons toujours le nom de l’autre. Je m’appelle Anthelme, qui est d’ailleurs le nom traditionnellement donné à tous les chasseurs de ma famille. Et toi, comment t’appelles-tu ?

Lui souriant timidement, agréablement surpris qu’il fasse preuve de politesse cette fois, ayant en mémoire sa première entrée en matière, l’homme-loup répondit :

- Je m’appelle Adelphe.

Répétant silencieusement le nom, le chasseur reprit d’une voix douce :

- C’est un très beau prénom.

Rougissant, flatter, l’homme-loup le remercia. Anthelme le trouva d’ailleurs adorable. Aussi, il se surprenait de plus en plus souvent à éprouver de la tendresse envers l’autre homme. Clairement, il ne voyait plus du tout en lui un monstre et commençait à appréhender le fait qu’il soit réellement victime d’une malédiction.

C’est ainsi qu’ils commencèrent à vivre, ensemble, passant des jours paisibles. Adelphe ne prit pas conscience que son dernier meurtre commençait à dater. L’aurait-il fait, il aurait angoissé à l’idée d’être pris d’une soudaine frénésie le menant à tuer son ami. Car, aussi surprenant cela soit-il au vu de leurs débuts, l’homme-loup considérait l’autre homme comme un ami. Du moins, jusqu’à ce que Anthelme, un jour, l’embrassa. Là, il se rendit compte qu’il ressentait autre chose que de l’amitié à son égard. D’ailleurs, après son baiser, l’ancien chasseur s’étonna de voir une dentition normale dans la bouche de son amant. La malédiction était rompue.

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