Titre : Une autre promesse
Auteur : Gangcheol (Participant.e 8)
Pour : Vermoulu (Participant.e 1)
Fandom : Scum Villain's Self-Salvation System (roman)
Persos/Couple : Liu Qingge -> Shen (Yuan) Qingqiu, Luo Binghe -> Shen (Yuan) Qingqiu
Rating : M (homophobie, mention de violences, caractère obsessionnel)
Disclaimer : l'univers et ses persos appartiennent à Mo Xiang Tong Xiu
Prompt : Liu Qingge affronte Luo Binghe pour faire le deuil de Shen Qingjiu en l’enterrant convenablement. Mais Luo Binghe vient semer le trouble dans ses rêves, révélant au seigneur du pic Bai Zhan les véritables sentiments qu’il éprouve pour Shen Qingjiu. Liu Qingge passe par une phase de détresse extrême (homophobie internalisée, réalisation de ses sentiments trop tard, jalousie…)
Mais à la fin il décide de CASSER LA GUEULE de Luo Binghe qu’il juge responsable de la mort de Shen, remplaçant la tristesse par la colère XD
- facultatif : le rêve de Liu peut être un souvenir doux amer (en rapport avec l’éventail de Shen ? ou la fois où Shen a sauvé Liu ?), ou totalement inventé. Il peut aussi être sexy si tu veux suivre cette voie (mais pas jusqu’au smut)
Notes : le point de vue de LQG à l’égard de LBH étant ce qu’il est, il n’est évidemment pas très gentil envers lui. J’espère que ce texte te plaira !
Liu Qingge n’avait plus tant l’habitude de se rendre au pic Qing Jing, depuis la mort de son seigneur. La maison en bambou vide, les cours assurés par d’autres, tout là-bas criait son absence, ravivait dans sa mémoire la scène de son trépas. La tristesse habitait désormais les lieux. Pourquoi s’y rendrait-il donc, à présent ? Shen Qingqiu ne s’y trouvait plus.
Alors pourquoi se tenait-il devant la cabane de son ami, en cet instant ? Il ne se souvenait pas d’être venu ; ni de son intention, ni de son trajet jusque-là. Il envisagea que, peut-être, il rêvait une fois encore, lorsque la porte de la maison craqua, son qui le tendit aussitôt. Quelqu’un était à l’intérieur de sa maison. Elle céda le passage à une silhouette qu’il eut la surprise, une fois encore, de reconnaître, celle de Shen Qingqiu. Vivant.
Il rêvait.
Shen Qingqiu l’aperçut. Il s’arrêta devant l’entrée, surpris.
— Liu-shidi ?
La gorge de Liu Qingge se noua à l’entente de sa voix. Avec le temps passé depuis sa mort, il aurait pu en oublier les tonalités exactes. Souvent, il en rêvait, cela l’aidait à s’en souvenir. Il le lui devait.
Au fond, il aurait tant aimé que cette scène fût vraie, ancrée dans le présent, et non pas une simple réminiscence de son esprit. Jamais il n’aurait cru que ses échanges avec lui, les moments passés ensemble, auraient pris une telle importance pour lui. Rien dans leur relation, telle qu’elle l’avait été à ses débuts et ce, pendant des années, n’avait laissé présager une telle tournure. Liu Qingge ne comprenait toujours pas, mais n’en cherchait pas la réponse.
Shen Qingqiu était devenu important pour lui, c’était un fait.
Le regard de Shen Qingqiu se baissa et s’écarquilla en avisant la main de son frère martial. Ce dernier ne s’en rendit pas compte, perdu dans sa contemplation et dans sa tristesse que Shen Qingqiu ne percevait pas. Il ne le pouvait pas, il n’était qu’un souvenir. Il se contentait de reproduire les mêmes gestes, répéter les mêmes paroles, sans tenir compte de l’attitude étrange de son shidi, incapable d’agir comme cette fois-là.
Shen Qingqiu désigna sa main.
— Tu es venu me ramener ça ? Où l’ai-je oublié, cette fois ?
Il rit doucement d’embarras, et s’en excusa. Liu Qingge, hébété, sortit de sa torpeur et baissa la tête, pour regarder l’objet en question. Un éventail. Oui, Shen Qingqiu avait tendance à les perdre, et lui à les ramasser et à les lui rendre. C’était presque devenu une coutume entre eux. Shen Qingqiu n’avait jamais été si distrait, avant son amnésie ; Liu Qingge ne savait pas d’où cela lui venait. Il trouvait cela adorable ; et, surtout, cela lui donnait un prétexte pour lui rendre visite. Comme s’il en avait besoin. Il ne comprenait même pas pourquoi il en ressentait le besoin, alors qu’il ne s’était jamais gêné de venir, dès le début, même s’il s’agissait alors de lui réclamer de se battre.
À présent, ces moments anodins, presque insignifiants, lui manquaient, à un point tel qu’il ne l’aurait jamais cru possible.
Il releva la tête, puis dévora les traits de Shen Qingqiu tandis que ce dernier babillait sans tenir compte de sa distraction. C’était si bon et si douloureux de le voir. L’amertume l’emplissait, et la honte ternissait également ces fausses retrouvailles. Il s’était promis de récupérer son corps des mains de Luo Binghe, afin de lui accorder des funérailles dignes que ce dernier lui refusait. Il n’avait cessé d’échouer. Il ne comptait plus ses défaites face au démon. Malgré cela, il ne pouvait se résoudre à abandonner, et pas uniquement par fierté et orgueil, à cause de cette victoire qui le narguait mais le fuyait. Pour Shen Qingqiu.
Une ombre se manifesta soudain dans le coin de son champ de vision. Il tourna la tête vers celle-ci, pendant que Shen Qingqiu conversait toujours sans s’émouvoir de son attitude. Liu Qingge reconnut Luo Binghe dans ses robes rouge et noire, et écarquilla les yeux. Que fichait-il ici, dans son rêve ? Était-ce en train de virer au cauchemar ? Allait-il tuer Shen Qingqiu sous ses yeux, comme il l’avait déjà fait dans la réalité ? Rien, pourtant, dans la posture du jeune homme, ne témoignait d’une quelconque agressivité. Il fixait son maître avec nostalgie tandis que ce dernier invitait son frère martial à le suivre, un sourire aux lèvres, avant de disparaître à l’intérieur de la maison. Il ne réapparut pas, et Liu Qingge ne lui emboîta pas le pas. Son attention restait focalisée sur Luo Binghe, qui tarda à reporter la sienne sur lui. Son affliction était palpable. C’était sa faute, pourtant.
La seconde suivante, le jeune homme apparut à deux pas de son oncle martial, arrachant un mouvement de recul à ce dernier. Luo Binghe ne s’en formalisa pas. La tristesse voilait son regard.
— Tu rêves de lui, toi aussi.
Le ton posait un simple constat. Liu Qingge fronça les sourcils et s’abstint de répondre. Il n’en voyait pas la nécessité. Sa simple présence l’irritait.
Un rictus amer déforma alors les lèvres de Luo Binghe.
— Je vois que je ne suis pas le seul à l’aimer ainsi... Au fond, je m’en doutais.
— Que fais-tu là ?
— Juste te parler quelques minutes.
Liu Qingge renâcla, dédaigneux, et serra le poing.
— Je n’ai rien à te dire.
Il n’avait rien à dire à ce meurtrier et voleur de cadavre, non. Rien, si ce n’était de lui ordonner de lui rendre enfin son corps. Ce monstre n’avait aucunement le droit de le conserver et de l’empêcher d’être inhumé, là où il aurait dû être. À la secte Cang Qiong.
Luo Binghe lui décocha une œillade partagée entre l’ironie et la lassitude.
— Je ne te demande pas ton avis. Honnêtement, je ne te comprends pas. Tu tiens à lui. Il te manque. Pourquoi t’acharner ainsi à vouloir me l’arracher, alors que je m’efforce de le ramener ?
— Il est mort. Rien de ce que tu feras ne le ramènera. Tu lui refuses seulement le repos, en agissant de la sorte. Tu lui manques de respect.
Nullement ébranlé par ces propos, Luo Binghe haussa les épaules.
— Tu n’y crois pas, soit. Moi, j’y crois. J’y parviendrai. Il le faut.
Liu Qingge tiqua à ces derniers mots, au ton presque sentencieux teinté de désespoir. Une crainte sourde l’étreignit. Il le fallait ? Pourquoi ?
Luo Binghe ne lui laissa pas l’occasion d’y réfléchir plus longtemps.
— La seule raison pour laquelle je ne cesse de t’épargner est par égard pour mon maître, parce qu’il t’appréciait. Mais je me lasse de tes tentatives ridicules. Je suis venu te dire d’arrêter.
Liu Qingge ignora le terme employé, ‘ridicule’, bien qu’il le vexât. Il ricana d’un rire amer, avant de secouer la tête, dépité. Luo Binghe conserva un air neutre.
— Et pourquoi ferais-je cela ? Tu...
— Je ne lui fais aucun mal, insista le plus jeune, indifférent à ses protestations. Je le respecte. Je l’aime.
L’aveu foudroya Liu Qingge. Il se figea. Sa manière de le dire, l’affection que trahissait son regard, sa réflexion imprégnée de jalousie, signifiaient toute la nature de cet amour. Une bile aigre emplit sa bouche.
Il osait. Ce monstre osait.
Il le considéra avec horreur et incrédulité.
— Quoi ?
Il... aimait Shen Qingqiu. Il serra les poings. Il n’avait aucune raison de ne pas le croire ; Luo Binghe n’avait aucun intérêt à mentir de la sorte, à s’inventer de tels sentiments alors qu’il avait plus de chances d’être jugé que compris en les dévoilant. Comment osait-il salir sa mémoire de la sorte ? D’où lui venait une telle affection ? Shen Qingqiu avait été son maître, il ne pouvait pas... Et il était un homme ! Ils étaient tous deux des hommes ! À quel moment une telle chose avait-elle pu se produire ?
Luo Binghe ne réagit pas, insensible à ses émois.
— Je suis amoureux de lui. Alors tu n’as rien à craindre sur son sort ; je...
Liu Qingge ne l’écoutait déjà plus, l’esprit en ébullition. La colère enfla en lui, à mesure que l’idée s’imposait à lui. Un instant, sa remarque lui revint. Il le croyait donc amoureux de Shen Qingqiu ? Quelle absurdité ! Il n’était pas... ne pouvait pas être...
Il cessa d’y réfléchir. Ce n’était pas le moment.
Il préféra s’abandonner à sa colère, fut tenté de l’attaquer sans sommation. Luo Binghe balaya l’air d’un geste de la main, indifférent.
— Je t’aurai prévenu. Jamais je ne te laisserai son corps, ni n’abandonnerai. Ta lutte est vaine.
Il ne laissa pas le temps à Liu Qingge de réagir ni de répondre, et disparut. Le seigneur du pic Bai Zhan en fut alors réduit à observer l’espace vide qu’il avait laissé, impuissant et furieux.
**
Sa colère le suivit jusqu’à son réveil, tout aussi importante. Liu Qingge se redressa brusquement, haletant et en sueur. Hagard, il écarta le drap détrempé avant de s’asseoir. Elle flamboya alors que les souvenirs de son rêve le narguaient, ainsi que les mots de Luo Binghe. S’imaginait-il donc réellement qu’il abandonnerait juste parce qu’il le lui demandait, parce qu’il aimait Shen Qingqiu de cette façon-là ? C’était mal le connaître !
Il se leva. De l’air, il avait besoin d’air. De froid. Les mots tourbillonnaient dans sa tête, de ceux qu’il aurait préféré ne pas entendre, ne pas formuler en lui-même, alors que son esprit décortiquait et analysait chaque élément de cette scène surréaliste, dont sa propre attitude, ses propres ressentis, lui-même. Il ne désirait pas y réfléchir. Il ne voulait pas...
L’incrédulité se mêlait à sa fureur. C’était surréaliste. Luo Binghe lui avait parlé, à travers son rêve, pour le dissuader de revenir, pour lui dire qu’il était amoureux de Shen Qingqiu. Comme si cela était supposé le rassurer.
C’était tout le contraire.
À savoir ce qu’il infligeait à son corps, après tout ? Il se glaça. Des textes circulaient au sujet des deux, les traitant comme un couple. Il aurait bien retrouvé l’auteur pour lui signifier sa pensée. Ils lui donnaient envie de vomir. Il ne comprenait pas leur succès. Et s’ils recelaient une part de vérité ? Qui en était l’auteur ? Ce démon ? Y avouait-il ses fantasmes ? Avait-il déjà... ?
Il se précipita à l’extérieur, pieds nus. L’air froid fouetta et mordit sa peau et ses habits d’intérieur humides à cause de la sueur. Il se planta bêtement là, ses pensées détachées de son corps. Le pic Qing Jing se devinait au loin. Des frissons glacés dévalèrent sur sa peau, vivifiants. Il n’en avait cure. Cela avait le mérite de le réveiller et de l’extirper un peu de la mélasse dans laquelle son esprit s’engluait, mélange de stupeur, de jalousie, d’incompréhension et de ressentiment. Luo Binghe aimait Shen Qingqiu, et était persuadé que lui-même l’aimait aussi. L’idée le révulsait, mais elle faisait son chemin en lui, soulignait des étrangetés constatées plus tôt mais jamais explicitées. Et pourquoi son esprit s’amusait-il à se focaliser sur cette seule donnée, alors qu’il aurait surtout dû s’inquiéter de cette intrusion intempestive dans ses rêves, dans son intimité ? Pourquoi sa rage se cristallisait-elle uniquement sur l’amour que Luo Binghe portait à son ami ? Ce démon n’avait aucune limite, et il le haïssait plus encore pour cela. Pour les réflexions qu’il éveillait en lui, qui ne l’avaient jamais torturé auparavant. Parce qu’à présent, plus il y songeait, plus il envisageait la possibilité que Luo Binghe eût raison sur lui, sur ses sentiments.
Son propre cheminement de pensées confortait cette hypothèse.
Il ne savait pas ce qu’il était supposé ressentir en aimant quelqu’un de cette façon. Il avait toujours pensé que, si cela lui arrivait, il s’agirait d’une femme, mais jamais aucune n’avait éveillé de telles sensations en lui. Et Shen Qingqiu, d’entre tous ! Leur relation avait si mal démarré. Et quelle importance, de toute façon ? C’était trop tard, Shen Qingqiu était mort. Cela aurait-il changé quelque chose de son vivant, hormis créer un certain malaise entre eux, peut-être ?
Les poings serrés, il expira, refusa d’y réfléchir davantage. Pour quelle utilité ? Une fois encore, il préféra se concentrer sur la colère qui l’habitait toujours. Ses yeux se rivèrent sur le ciel nocturne et sa myriade d’étoiles. Récupérer le corps de son ami ne lui suffisait plus, non. Cela resterait sa priorité, bien sûr. Cependant, une autre promesse germait en lui, juste écho de sa rage, de sa rancœur. Il le massacrerait. Pour le meurtre qu’il avait commis, resté impuni. Pour sa mémoire qu’il osait salir, comme pour le narguer davantage. Pour les abus qu’il avait peut-être commis, ceux qu’il commettait peut-être en cet instant-même. Pour cette discussion indésirée, ces constats malvenus.
Il le vaincrait et le réduirait en pièces, comme il ne l’avait jamais fait auparavant pour aucun monstre qui avait eu le malheur de croiser sa route.
Parmi les quelques promesses qu’il avait émises par le passé, celle-là était sans doute celle qui lui tiendrait le plus à cœur. Celle qui guiderait alors sa vie, jusqu’à ce qu’elle fût enfin accomplie.
Auteur : Gangcheol (Participant.e 8)
Pour : Vermoulu (Participant.e 1)
Fandom : Scum Villain's Self-Salvation System (roman)
Persos/Couple : Liu Qingge -> Shen (Yuan) Qingqiu, Luo Binghe -> Shen (Yuan) Qingqiu
Rating : M (homophobie, mention de violences, caractère obsessionnel)
Disclaimer : l'univers et ses persos appartiennent à Mo Xiang Tong Xiu
Prompt : Liu Qingge affronte Luo Binghe pour faire le deuil de Shen Qingjiu en l’enterrant convenablement. Mais Luo Binghe vient semer le trouble dans ses rêves, révélant au seigneur du pic Bai Zhan les véritables sentiments qu’il éprouve pour Shen Qingjiu. Liu Qingge passe par une phase de détresse extrême (homophobie internalisée, réalisation de ses sentiments trop tard, jalousie…)
Mais à la fin il décide de CASSER LA GUEULE de Luo Binghe qu’il juge responsable de la mort de Shen, remplaçant la tristesse par la colère XD
- facultatif : le rêve de Liu peut être un souvenir doux amer (en rapport avec l’éventail de Shen ? ou la fois où Shen a sauvé Liu ?), ou totalement inventé. Il peut aussi être sexy si tu veux suivre cette voie (mais pas jusqu’au smut)
Notes : le point de vue de LQG à l’égard de LBH étant ce qu’il est, il n’est évidemment pas très gentil envers lui. J’espère que ce texte te plaira !
Liu Qingge n’avait plus tant l’habitude de se rendre au pic Qing Jing, depuis la mort de son seigneur. La maison en bambou vide, les cours assurés par d’autres, tout là-bas criait son absence, ravivait dans sa mémoire la scène de son trépas. La tristesse habitait désormais les lieux. Pourquoi s’y rendrait-il donc, à présent ? Shen Qingqiu ne s’y trouvait plus.
Alors pourquoi se tenait-il devant la cabane de son ami, en cet instant ? Il ne se souvenait pas d’être venu ; ni de son intention, ni de son trajet jusque-là. Il envisagea que, peut-être, il rêvait une fois encore, lorsque la porte de la maison craqua, son qui le tendit aussitôt. Quelqu’un était à l’intérieur de sa maison. Elle céda le passage à une silhouette qu’il eut la surprise, une fois encore, de reconnaître, celle de Shen Qingqiu. Vivant.
Il rêvait.
Shen Qingqiu l’aperçut. Il s’arrêta devant l’entrée, surpris.
— Liu-shidi ?
La gorge de Liu Qingge se noua à l’entente de sa voix. Avec le temps passé depuis sa mort, il aurait pu en oublier les tonalités exactes. Souvent, il en rêvait, cela l’aidait à s’en souvenir. Il le lui devait.
Au fond, il aurait tant aimé que cette scène fût vraie, ancrée dans le présent, et non pas une simple réminiscence de son esprit. Jamais il n’aurait cru que ses échanges avec lui, les moments passés ensemble, auraient pris une telle importance pour lui. Rien dans leur relation, telle qu’elle l’avait été à ses débuts et ce, pendant des années, n’avait laissé présager une telle tournure. Liu Qingge ne comprenait toujours pas, mais n’en cherchait pas la réponse.
Shen Qingqiu était devenu important pour lui, c’était un fait.
Le regard de Shen Qingqiu se baissa et s’écarquilla en avisant la main de son frère martial. Ce dernier ne s’en rendit pas compte, perdu dans sa contemplation et dans sa tristesse que Shen Qingqiu ne percevait pas. Il ne le pouvait pas, il n’était qu’un souvenir. Il se contentait de reproduire les mêmes gestes, répéter les mêmes paroles, sans tenir compte de l’attitude étrange de son shidi, incapable d’agir comme cette fois-là.
Shen Qingqiu désigna sa main.
— Tu es venu me ramener ça ? Où l’ai-je oublié, cette fois ?
Il rit doucement d’embarras, et s’en excusa. Liu Qingge, hébété, sortit de sa torpeur et baissa la tête, pour regarder l’objet en question. Un éventail. Oui, Shen Qingqiu avait tendance à les perdre, et lui à les ramasser et à les lui rendre. C’était presque devenu une coutume entre eux. Shen Qingqiu n’avait jamais été si distrait, avant son amnésie ; Liu Qingge ne savait pas d’où cela lui venait. Il trouvait cela adorable ; et, surtout, cela lui donnait un prétexte pour lui rendre visite. Comme s’il en avait besoin. Il ne comprenait même pas pourquoi il en ressentait le besoin, alors qu’il ne s’était jamais gêné de venir, dès le début, même s’il s’agissait alors de lui réclamer de se battre.
À présent, ces moments anodins, presque insignifiants, lui manquaient, à un point tel qu’il ne l’aurait jamais cru possible.
Il releva la tête, puis dévora les traits de Shen Qingqiu tandis que ce dernier babillait sans tenir compte de sa distraction. C’était si bon et si douloureux de le voir. L’amertume l’emplissait, et la honte ternissait également ces fausses retrouvailles. Il s’était promis de récupérer son corps des mains de Luo Binghe, afin de lui accorder des funérailles dignes que ce dernier lui refusait. Il n’avait cessé d’échouer. Il ne comptait plus ses défaites face au démon. Malgré cela, il ne pouvait se résoudre à abandonner, et pas uniquement par fierté et orgueil, à cause de cette victoire qui le narguait mais le fuyait. Pour Shen Qingqiu.
Une ombre se manifesta soudain dans le coin de son champ de vision. Il tourna la tête vers celle-ci, pendant que Shen Qingqiu conversait toujours sans s’émouvoir de son attitude. Liu Qingge reconnut Luo Binghe dans ses robes rouge et noire, et écarquilla les yeux. Que fichait-il ici, dans son rêve ? Était-ce en train de virer au cauchemar ? Allait-il tuer Shen Qingqiu sous ses yeux, comme il l’avait déjà fait dans la réalité ? Rien, pourtant, dans la posture du jeune homme, ne témoignait d’une quelconque agressivité. Il fixait son maître avec nostalgie tandis que ce dernier invitait son frère martial à le suivre, un sourire aux lèvres, avant de disparaître à l’intérieur de la maison. Il ne réapparut pas, et Liu Qingge ne lui emboîta pas le pas. Son attention restait focalisée sur Luo Binghe, qui tarda à reporter la sienne sur lui. Son affliction était palpable. C’était sa faute, pourtant.
La seconde suivante, le jeune homme apparut à deux pas de son oncle martial, arrachant un mouvement de recul à ce dernier. Luo Binghe ne s’en formalisa pas. La tristesse voilait son regard.
— Tu rêves de lui, toi aussi.
Le ton posait un simple constat. Liu Qingge fronça les sourcils et s’abstint de répondre. Il n’en voyait pas la nécessité. Sa simple présence l’irritait.
Un rictus amer déforma alors les lèvres de Luo Binghe.
— Je vois que je ne suis pas le seul à l’aimer ainsi... Au fond, je m’en doutais.
— Que fais-tu là ?
— Juste te parler quelques minutes.
Liu Qingge renâcla, dédaigneux, et serra le poing.
— Je n’ai rien à te dire.
Il n’avait rien à dire à ce meurtrier et voleur de cadavre, non. Rien, si ce n’était de lui ordonner de lui rendre enfin son corps. Ce monstre n’avait aucunement le droit de le conserver et de l’empêcher d’être inhumé, là où il aurait dû être. À la secte Cang Qiong.
Luo Binghe lui décocha une œillade partagée entre l’ironie et la lassitude.
— Je ne te demande pas ton avis. Honnêtement, je ne te comprends pas. Tu tiens à lui. Il te manque. Pourquoi t’acharner ainsi à vouloir me l’arracher, alors que je m’efforce de le ramener ?
— Il est mort. Rien de ce que tu feras ne le ramènera. Tu lui refuses seulement le repos, en agissant de la sorte. Tu lui manques de respect.
Nullement ébranlé par ces propos, Luo Binghe haussa les épaules.
— Tu n’y crois pas, soit. Moi, j’y crois. J’y parviendrai. Il le faut.
Liu Qingge tiqua à ces derniers mots, au ton presque sentencieux teinté de désespoir. Une crainte sourde l’étreignit. Il le fallait ? Pourquoi ?
Luo Binghe ne lui laissa pas l’occasion d’y réfléchir plus longtemps.
— La seule raison pour laquelle je ne cesse de t’épargner est par égard pour mon maître, parce qu’il t’appréciait. Mais je me lasse de tes tentatives ridicules. Je suis venu te dire d’arrêter.
Liu Qingge ignora le terme employé, ‘ridicule’, bien qu’il le vexât. Il ricana d’un rire amer, avant de secouer la tête, dépité. Luo Binghe conserva un air neutre.
— Et pourquoi ferais-je cela ? Tu...
— Je ne lui fais aucun mal, insista le plus jeune, indifférent à ses protestations. Je le respecte. Je l’aime.
L’aveu foudroya Liu Qingge. Il se figea. Sa manière de le dire, l’affection que trahissait son regard, sa réflexion imprégnée de jalousie, signifiaient toute la nature de cet amour. Une bile aigre emplit sa bouche.
Il osait. Ce monstre osait.
Il le considéra avec horreur et incrédulité.
— Quoi ?
Il... aimait Shen Qingqiu. Il serra les poings. Il n’avait aucune raison de ne pas le croire ; Luo Binghe n’avait aucun intérêt à mentir de la sorte, à s’inventer de tels sentiments alors qu’il avait plus de chances d’être jugé que compris en les dévoilant. Comment osait-il salir sa mémoire de la sorte ? D’où lui venait une telle affection ? Shen Qingqiu avait été son maître, il ne pouvait pas... Et il était un homme ! Ils étaient tous deux des hommes ! À quel moment une telle chose avait-elle pu se produire ?
Luo Binghe ne réagit pas, insensible à ses émois.
— Je suis amoureux de lui. Alors tu n’as rien à craindre sur son sort ; je...
Liu Qingge ne l’écoutait déjà plus, l’esprit en ébullition. La colère enfla en lui, à mesure que l’idée s’imposait à lui. Un instant, sa remarque lui revint. Il le croyait donc amoureux de Shen Qingqiu ? Quelle absurdité ! Il n’était pas... ne pouvait pas être...
Il cessa d’y réfléchir. Ce n’était pas le moment.
Il préféra s’abandonner à sa colère, fut tenté de l’attaquer sans sommation. Luo Binghe balaya l’air d’un geste de la main, indifférent.
— Je t’aurai prévenu. Jamais je ne te laisserai son corps, ni n’abandonnerai. Ta lutte est vaine.
Il ne laissa pas le temps à Liu Qingge de réagir ni de répondre, et disparut. Le seigneur du pic Bai Zhan en fut alors réduit à observer l’espace vide qu’il avait laissé, impuissant et furieux.
**
Sa colère le suivit jusqu’à son réveil, tout aussi importante. Liu Qingge se redressa brusquement, haletant et en sueur. Hagard, il écarta le drap détrempé avant de s’asseoir. Elle flamboya alors que les souvenirs de son rêve le narguaient, ainsi que les mots de Luo Binghe. S’imaginait-il donc réellement qu’il abandonnerait juste parce qu’il le lui demandait, parce qu’il aimait Shen Qingqiu de cette façon-là ? C’était mal le connaître !
Il se leva. De l’air, il avait besoin d’air. De froid. Les mots tourbillonnaient dans sa tête, de ceux qu’il aurait préféré ne pas entendre, ne pas formuler en lui-même, alors que son esprit décortiquait et analysait chaque élément de cette scène surréaliste, dont sa propre attitude, ses propres ressentis, lui-même. Il ne désirait pas y réfléchir. Il ne voulait pas...
L’incrédulité se mêlait à sa fureur. C’était surréaliste. Luo Binghe lui avait parlé, à travers son rêve, pour le dissuader de revenir, pour lui dire qu’il était amoureux de Shen Qingqiu. Comme si cela était supposé le rassurer.
C’était tout le contraire.
À savoir ce qu’il infligeait à son corps, après tout ? Il se glaça. Des textes circulaient au sujet des deux, les traitant comme un couple. Il aurait bien retrouvé l’auteur pour lui signifier sa pensée. Ils lui donnaient envie de vomir. Il ne comprenait pas leur succès. Et s’ils recelaient une part de vérité ? Qui en était l’auteur ? Ce démon ? Y avouait-il ses fantasmes ? Avait-il déjà... ?
Il se précipita à l’extérieur, pieds nus. L’air froid fouetta et mordit sa peau et ses habits d’intérieur humides à cause de la sueur. Il se planta bêtement là, ses pensées détachées de son corps. Le pic Qing Jing se devinait au loin. Des frissons glacés dévalèrent sur sa peau, vivifiants. Il n’en avait cure. Cela avait le mérite de le réveiller et de l’extirper un peu de la mélasse dans laquelle son esprit s’engluait, mélange de stupeur, de jalousie, d’incompréhension et de ressentiment. Luo Binghe aimait Shen Qingqiu, et était persuadé que lui-même l’aimait aussi. L’idée le révulsait, mais elle faisait son chemin en lui, soulignait des étrangetés constatées plus tôt mais jamais explicitées. Et pourquoi son esprit s’amusait-il à se focaliser sur cette seule donnée, alors qu’il aurait surtout dû s’inquiéter de cette intrusion intempestive dans ses rêves, dans son intimité ? Pourquoi sa rage se cristallisait-elle uniquement sur l’amour que Luo Binghe portait à son ami ? Ce démon n’avait aucune limite, et il le haïssait plus encore pour cela. Pour les réflexions qu’il éveillait en lui, qui ne l’avaient jamais torturé auparavant. Parce qu’à présent, plus il y songeait, plus il envisageait la possibilité que Luo Binghe eût raison sur lui, sur ses sentiments.
Son propre cheminement de pensées confortait cette hypothèse.
Il ne savait pas ce qu’il était supposé ressentir en aimant quelqu’un de cette façon. Il avait toujours pensé que, si cela lui arrivait, il s’agirait d’une femme, mais jamais aucune n’avait éveillé de telles sensations en lui. Et Shen Qingqiu, d’entre tous ! Leur relation avait si mal démarré. Et quelle importance, de toute façon ? C’était trop tard, Shen Qingqiu était mort. Cela aurait-il changé quelque chose de son vivant, hormis créer un certain malaise entre eux, peut-être ?
Les poings serrés, il expira, refusa d’y réfléchir davantage. Pour quelle utilité ? Une fois encore, il préféra se concentrer sur la colère qui l’habitait toujours. Ses yeux se rivèrent sur le ciel nocturne et sa myriade d’étoiles. Récupérer le corps de son ami ne lui suffisait plus, non. Cela resterait sa priorité, bien sûr. Cependant, une autre promesse germait en lui, juste écho de sa rage, de sa rancœur. Il le massacrerait. Pour le meurtre qu’il avait commis, resté impuni. Pour sa mémoire qu’il osait salir, comme pour le narguer davantage. Pour les abus qu’il avait peut-être commis, ceux qu’il commettait peut-être en cet instant-même. Pour cette discussion indésirée, ces constats malvenus.
Il le vaincrait et le réduirait en pièces, comme il ne l’avait jamais fait auparavant pour aucun monstre qui avait eu le malheur de croiser sa route.
Parmi les quelques promesses qu’il avait émises par le passé, celle-là était sans doute celle qui lui tiendrait le plus à cœur. Celle qui guiderait alors sa vie, jusqu’à ce qu’elle fût enfin accomplie.
no subject
Date: 2025-08-16 07:07 am (UTC)no subject
Date: 2025-09-06 04:24 pm (UTC)no subject
Date: 2025-08-17 12:00 pm (UTC)Vermoulu
no subject
Date: 2025-09-06 04:24 pm (UTC)Merci, contente que cette fic t'ait plu ! :D