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Titre : Pas vraiment de l'amitié
Auteur : Rusalka (Participant.e 7)
Pour : Garlic (Participant.e 2)
Fandom : Nevermore
Persos/Couple : Will->Montresor
Rating : PG
Disclaimer : Tout appartient à Red et Flynn
Prompt : Will → Montresor character study centré sur Will, relation impossible mais il ne peut pas s’empêcher d’aimer Montresor, angst et problèmes d’estime de soi
Notes : Avertissement pour homophobie internalisée et serpents.



C'est une grande plaine, comme William en a traversé souvent de son vivant ; et puis un serpent à sonnettes jaillit entre ses jambes.

En sautant en arrière, il comprend que cette plaine entière est constellée de trous, que chaque trou est rempli de serpents, certains comme des serpents corail qui le terrifient, d'autres comme des cobras qu'il ne connaît que par ouï-dire, tant dont il est certain de n'avoir jamais entendu parler - et c'est une épreuve, n'est-ce pas ? Peut-être qu'il y a un chemin qui le laisserait ne s'approcher que de créatures inoffensives ? Mais William ne le trouvera pas.

Et puis la plaine prend feu.

Les serpents se sont enfuis, pour ceux qui ont eu le temps, ce qui est positif. Et le feu, contrairement à ce que William aurait attendu d'un nouveau cauchemar, le brûle à peine, lui échauffant juste les jambes et le visage.

Alors, le démon arrive.

Quelqu'un de normal, dans ce labyrinthe d'horreur, verrait arriver un démon et s'enfuirait en criant. William n'a pas beaucoup de souvenirs, mais il a l'impression d'être désespérément normal.

Et pourtant, alors qu'il observe le visage du démon, son torse, ses cheveux, ses jambes, il se rappelle pour la première fois qu'il n'a pas été normal ; qu'il a réagi de façon immorale à la beauté des hommes, et il se rappelle aussi sa technique de survie : cache-le, personne ne s'intéresse à toi, personne ne le saura jamais.

N'est-ce pas justice que ce soit un démon qui fasse remonter ce souvenir précis ?

"Tu étais en bien mauvaise posture," dit le démon, d'une voix nonchalante, et William comprend. C'est un spectre, n'est-ce pas ? C'est un des prisonniers dans la labyrinthe, comme lui, sauf qu'il est puissant, et charismatique, et absolument pas comme lui. Et il se rapproche.

"Comment tu t'appelles ?" demande le démon.

"William." Cela lui donne l'impression de mentir. C'est le nom qui était écrit sur sa mallette. Mais il ne s'est pas encore rappelé avoir entendu quiconque l'utiliser.

Il ne s'est pas rappelé beaucoup de gens qui avaient fait attention à lui.

"Tu as déjà eu un ami, Will ?"

C'est peut-être la question qui le frappe en plein cœur, parce qu'il devrait se rappeler s'il en a eu un, n'est-ce pas ? En a-t-il toujours été incapable ?

Ou alors c'est ce nouveau nom, Will, qui lui semble soudain infiniment plus réel que celui qui était le sien.

Ou peut-être est-ce la queue du démon qui s'enroule autour de sa jambe. Ses vêtements sont intacts, mais il a l'impression que sa peau le brûle, qu'il veut se consumer plus encore. Le démon lui prend la main, et Will ne voudrait être nulle part ailleurs. Même si on lui proposait de retourner dans le monde des vivants, en cet instant, il refuserait.

"Non," répond-il, avec une honnêteté qui le terrifie.

Pourquoi lui dis-tu la vérité ? Tu auras tellement de choses à lui cacher plus tard.

"Soyons amis, alors," répond le démon, ce qui est exactement ce que Will espérait - non, ce n'est pas tout à fait vrai, mais il le désirait tellement que cela compte peu. Quand ils se serrent la main, le feu enveloppe leurs doigts, et le cœur de Will.

"Et toi, comment t'appelles-tu ?" demande-t-il.

"Montresor."

Will détecte-t-il une ombre de rancœur derrière ce nom, veut-il le libérer par un surnom comme Montresor l'a fait pour lui ? Ou souhaite-t-il juste l'intimité d'un surnom dans les deux sens ?

"Je peux t'appeler Monty ?"

Montresor hausse les épaules "Pourquoi pas ?"

***

Will sait qu'il n'a pas grand chose de remarquable, qu'il ne peut rien faire d'utile. Et malheureusement, après quelques salles du labyrinthe, Monty le sait aussi maintenant.

"Est-ce que tu peux au moins courir, abruti ?" crie-t-il alors que le sol s'effondre sous leurs pas.

Will décide qu'il préfère cela à quelqu'un qui fait semblant de ne pas voir son ineptie, ou pire, qui ne la voit vraiment pas et sera déçu plus tard.

Il n'y a pas grand chose que Monty pourrait faire en ce moment et qui n'obtiendrait pas la pleine approbation de Will ; Will en est un peu trop conscient.

"Est-ce que tu te rappelles comment tu es mort ?" demande Monty, dans un moment plus calme, alors que seules les plantes préhensiles présentent un danger (elles rendent toujours Will très nerveux, il soupçonne qu'elles sont carnivores).

Will est soulagé de pouvoir répondre ; cela fait partie de ce dont il s'est rappelé, au début du labyrinthe, alors qu'il n'était pas encore seul.

"J'ai été pris dans une tempête, et la poussière m'a étouffé," répond-il.

Monty se tourne vers lui, le regard furieux. "Alors, pourquoi tu ne sais pas te manifester ?"

"Hein ?"

"Je me suis manifesté quand je me suis rappelé," dit Monty. "Je voulais envoyer tous ces hypocrites vicieux en enfer à ma place, je voulais qu'ils me laissent partir, j'étais impuissant..." Il semble réfléchir. "Qu'as-tu ressenti quand tu es mort ?"

"Je ne sais pas," répond Will.

Est-il possible qu'il n'ait rien ressenti, qu'il n'ait pas de spectre, qu'il soit vide à ce point ? Non, c'est juste qu'il ne se rappelle pas.

"Tsssh, inutile !" grogne Monty. Il avance à nouveau sur le chemin, et Will le suit. "Et puis, on ne meurt pas d'étouffement dans une tempête. On meurt foudroyé, ou les os brisés si un cyclone nous rattrape."

Will voudrait expliquer, mais il n'est pas certain d'en être capable.

La prochaine porte a, comme les autres, un nom en latin qu'il ne comprend pas ; il ne veut pas savoir à l'avance de toute façon.

Monty le sauvera, se dit-il. Il ne sait pas exactement ce dont il est capable, mais ils sont amis, maintenant.

Cela ressemble à une étendue de brouillard, on n'y voit pas à quelques pas, et Will est terrifié de ce qui pourrait s'y cacher.

Monty l'appelle, mais il n'arrive pas à savoir ce qu'il dit, tellement les sons sont étouffés.

Will le voit encore ; il accélère le pas pour la rattraper. Il voudrait saisir sa main, pour être sûr de ne pas être séparés, mais il ne peut pas. Il ne veut pas passer pour faible, passer pour...

Ce qu'il est.

Il n'entend même plus le bruit de ses pas. Alors qu'il croyait l'atteindre enfin, il l'a entièrement perdu, n'a même plus idée de dans quelle direction il est.

"Monty !" crie-t-il dans le brouillard. Il s'entend à peine lui-même.

Il va rester coincé ici, seul, absolument seul, pour toujours. Il peut appeler, personne ne viendra le chercher. Comment a-t-il pu espérer que cela se passerait autrement ?

Si seulement il n'était pas seul.

Il a les mains sur les yeux, cachant son visage dans la brume. Son visage est si ordinaire, ce n'est pas comme s'il comptait pour quelque chose. Et ses doigts cherchent dans le brouillard, cherchent Monty.

Non, ce n'est pas normal. Ses mains sur son visage, que se passe-t-il ?

"Qu'est-ce que tu fous ?" entend-il, très faiblement. Et il regarde à nouveau devant lui. Le brouillard semble laisser passer des formes maintenant, d'étranges pantins, affublés de rubans qui pointent tous dans la même direction...

Will regarde ses mains, à grand peine. Ce sont des mains normales. Mais les rubans qui partent de lui ne le sont pas. Il est un des pantins. Il est...

Un spectre, il suppose. Et il sait ce que les rubans cherchent. Il tente de ne pas tirer, parce que la fierté de Monty ne le supporterait pas. A la place, il s'approche d'un des doubles de lui, celui est a trouvé quelque chose, celui qui a agrippé un poignet dans le noir, et il se recolle à lui. Il n'est plus seul, parce que son double n'est plus seul.

A la fin, il n'y a plus que lui et Monty, et la porte de sortie. Que Monty ne peut pas passer, parce que les rubans retiennent fermement ses poignets, mais peu importe, Will l'a trouvé, et il a trouvé la porte, et tout est parfait.

Il court vers lui, le serre dans ses bras.

"Ne me touche pas !" crie Monty. Puis, d'une voix plus calme, mais froide : "Oui, Will, je vois que tu es redevenu toi-même mais retiens bien. Ne me Touche Jamais. Sans mon autorisation."

Will saute en arrière, coupable. La chaleur du corps de Monty est toujours dans ses paumes, ses avant-bras, et cela lui fait sentir, plus que les reproches, qu'il a fait quelque chose de travers, qu'il aurait dû se surveiller.

Le pouvoir qu'il a goûté reste entre ses mains aussi, comme une amère démangeaison.

Je suis mort entièrement seul, pense-t-il. Il ne se rappelle rien de plus sur les circonstances. Juste cela. C'est le plus important pour quelqu'un comme lui.

Il n'est plus seul maintenant. Du moins, tant qu'il peut convaincre Monty de rester à ses côtés. Tant qu'il peut lui être utile. Tant que Monty ne sait pas ce qu'il pense de lui.

Ils passent la porte, et il scrute le visage de Monty, se demande s'il soupçonne, même un peu.

***

"Hey, tu vois !" s'exclame Monty. "On l'a fait ! Principalement grâce à moi, je dois dire."

Ils viennent de passer la dernière porte. Monty lui ébouriffe les cheveux, comme s'il était son petit chien. Will a une occasion de dire ne me touche pas lui aussi, de marquer son indépendance, sa fierté.

Non, il ne veut pas se fâcher avec Monty, surtout pour une raison aussi stupide ! Surtout quand sa main dans ses cheveux lui envoie des frissons de plaisir le long de l'échine.

Il lui suffit de cacher cela aussi, de faire comme si de rien n'était. C'est ce qu'il devrait faire. C'est le plus important. Mais Will est, comme d'habitude, inutile.

Rendu audacieux par le plaisir, par la joie d'avoir triomphé, et tout simplement de l'avoir rencontré, il lui demande.

"Hey, Monty, tu avais une petite amie quand tu étais vivant ?"

Monty rit.

"Une seule ? Non. Il faudrait étendre tes horizons. Pourquoi, toi tu en avais une ? Raconte-moi tout."

"Non, non," répond Will, et il ne s'attendait pas à être déçu à ce point, à sentir son coeur se briser en petits morceaux. Avait-il vraiment cru que ce serait possible ? Pourquoi ne remarque-t-il son espoir que maintenant qu'il se brise ?

Tu as juré que tu serais son ami. N'as-tu pas honte ?

Will a l'impression d'être habitué à savoir qu'il est la cause de ses problèmes, à se blâmer pour ce dont il n'est pas capable. Mais c'est différent. C'est une voix réelle, pas seulement à l'intérieur de sa tête. Qui lui dit cela ? Cela ressemble à la voix de Monty - mais non, ce n'est pas possible. Monty est à ses côtés, pas dans son dos en train de murmurer des reproches à son oreille. Et surtout, Monty ne sait rien. Il s'éloignerait de lui pour toujours, s'il savait.

Est-ce que Will voudrait être vraiment un ami ? Oui. Sans doute. Qui veut souffrir en permanence en pensant à ce qu’il ne peut pas avoir ? A part un idiot ?

Qui veut ne même pas être capable de tenis ses promesses envers la personne qu’il aime le plus ?

Non, c'est juste qu'on ne peut pas contrôler cela. Personne ne le peut.

Tu n'es pas un bon ami. Pas pour l'instant. Mais ce n'est pas grave. Tu lui dois tant. as tant à lui offrir encore.

Les épaules de Will s'effondrent. Bien sûr, il sait que la voix a raison.

Monty n'est pas toujours gentil avec lui, mais il lui a sauvé la vie, et Will ne peut pas compenser cela juste en étant gentil avec lui. Ce n'est pas pareil. Sa faiblesse ne vaut rien, par rapport à la force de Monty, à son charisme brillant...

N'importe quoi, pense-t-il en direction de la voix, tout ce dont il aura besoin, tout ce qu'il désirera. Il tente de ne pas imaginer, de ne pas laisser ses joues s'échauffer.

Il doit avoir réussi, parce que la voix se tait, pour l'instant.

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