flo_nelja: (Default)
[personal profile] flo_nelja posting in [community profile] obscur_echange
Titre : L’ombre d’une femme
Auteur : Vermoulu (Participant.e 1)
Pour : Fruit (Participant.e 6)
Fandom : Arsène Lupin
Persos/Couple : Arsène Lupin/Isidore Beautrelet
Rating : MA
Disclaimer : L’univers de Arsène Lupin et ses personnages ont été créés par Maurice Leblanc, et appartiennent au domaine public.
Prompt : Est ce que je peux te demander une fic Mature Arsène / Isidore ? une parenthèse sur eux qui se retrouvent quelques années après les événements de l'Aiguille Creuse.
Bonus: J'aime beaucoup l'explicite et le kinky, donc hésite pas à mettre le paquet dessus. J'aime aussi pas mal le fait que Lupin appelle Isidore "bébé"... Et le respecte comme un des plus intelligents adversaires qu'il ai eu... Et que Isidore l'admire... et que Isidore s'en fiche un peu de la loi... et peut être aussi leur différence d'âge... Bref j'aime beaucoup Isidore et Arsène :D (et je tolère tout à fait le Herlock-bashing dans le contexte de l'aiguille creuse). Les personnages peuvent être trans masc ou pas, J'ai tendance à préférer les imaginer comme ayant eu des vies remplies (et romantiques) à côté mais ça me va si on dit qu'en fait qu'ils ont eu un seul coup de foudre. J'ai vu que tu aime écrire sur les rêves, natures et illusions, n’hésite pas à les intégrer là dedans !
Notes : TW homophobie et misogynie d’époque, baiser non consenti
J’ai fait de mon mieux pour retranscrire le contexte de l’époque, me rapprocher au mieux du style de Leblanc, et reconstituer de façon à peu près crédible le parcours des personnages. J’espère que ça te plaira et te souhaite une belle découverte !


Bien qu’il sache d’ores et déjà qu’il s’agissait d’un rêve, Isidore repoussa le réveil pour se fondre davantage dans les affres délicieuses du songe.
Ce qui était moralement condamnable dans le monde réel ne l’était pas tant qu’il gardait les paupières closes, et les sensations qui hantaient sa peau avaient beau n’être que fantômes, elles n’en étaient pas moins des plus envoûtantes.
Il se laissa tranquillement bercé par le souffle tiède de son amant sur sa gorge, ses railleries à la fois affables et sarcastiques susurrées au creux de son oreille. Des mains souples et soyeuses - le genre de main à retirer tout en douceur un collier de perles - caressant habilement sa poitrine, l’intérieur de ses cuisses, se baladaient avec tendresse sur son corps, dévoilant les petites cicatrices et les accidents de vie gravés sur sa personne.
Encore à demi-endormi, Isidore glissa une main à l’intérieur de son bas de pyjama, enserrant, avec l’expertise d’un homme d’habitude, son sexe à l’érection naissance.
Il n’était pas suffisamment conscient pour se donner du plaisir efficacement, mais ses rêveries continuaient d’attiser son désir. Son autre main quitta ainsi le dessous de son oreiller pour venir parcourir son torse nu, effleurant au passage ses tétons sensibles et…
Un souvenir fugace lui revînt et il retînt un grognement.
Il ne dormait pas torse nu habituellement.
Et, maintenant qu’il y pensait, les draps ne sentaient pas le propre et le frais comme il était de coutume.
Hésitant, il voulait vérifier en ouvrant un oeil si ses remembrances étaient exacts, mais une part de lui diablement irrésistible tentait de lui imposer de garder les yeux fermés afin de continuer à se prélasser un peu plus longtemps, en quête d’un plaisir qui lui échappait de plus en plus à mesure que son sommeil se transformait en éveil.
Finalement, les sourcils froncés, il plissa les paupières, observant l’obscurité relative à travers ses cils.
Il se souvenait.
Il était dans une chambre d’hôtel. Il avait passé la nuit-là, avec un autre homme - il s’appelait Eugène, dans ses souvenirs - et il s’était endormi après de courts mais enivrants ébats.
L’absence de son partenaire de nuitée ne l’étonna guère. Une fois leur affaire terminée, il n’y avait pas nécessité de rester, bien au contraire. Il aurait été inconvenant, voire dangereux, d’être surpris ensemble.
Pensivement, Isidore roula sur le dos et se caressa la poitrine, cherchant à ramener en lui une bribe de son rêve. Il devinait sans difficulté d’où il lui était venu. C’était dû à une obsession de plusieurs années dont il peinait à se débarrasser.

Arsène Lupin.


**


Le travail de journaliste était d’apparence un métier des plus exaltants pour un jeune lycéen doué, avide d’aventures et de mystères à résoudre.
Mais hélas, l’imaginaire était souvent bien éloigné de la triste réalité. En dépit de ses talents, Isidore stagnait au sein d’un journal de seconde zone après la fermeture définitive du Journal de Rouen où il s’était fait pigiste après le fiasco de l’Aiguille Creuse.
Son poste de rédacteur, s’il n’était pas trop mal payé, ne l’amenait que rarement sur le terrain, et il regrettait presque l’époque bénie où il pouvait faire ce qui lui chantait, parcourir au gré de ses envies les lignes ferroviaires du pays pour dénicher quelques singulières affaires qui satisferaient pour un temps son insatiable curiosité.
Et pourtant, pourtant, il gardait l'œil aiguisé et l’oreille attentive à toute nouvelle qui pourrait se rapprocher d’un éclat du célèbre gentleman cambrioleur.
Nul à la rédaction n’ignorait son obsession maladive, et nombreux étaient ceux qui s’en moquaient allègrement. Ils n’hésitaient pas à le comparer à Herlock Sholmès, le détective anglais qui avait sombré dans l’oubli - et la morphine, d’après certaines rumeurs - après des échecs successifs.
La malédiction de l’Aiguille Creuse semblait le poursuivre. Comme tous ceux rattachés à cette affaire, sa promesse d’une carrière brillante fut lapidée par la conclusion tragique des événements. Les différents participants, Ganimard, Sholmès, Beautrelet…ils avaient tous brusquement disparu du décor médiatique, en même temps qu’Arsène Lupin s’était évanoui avec le corps ensanglanté de sa bien-aimée.
Évidemment, après une telle tache sur sa réputation, difficile pour Isidore de se refaire un nom. Malgré toute l’admiration que sa vivacité d’esprit et ses capacités de déductions avaient provoqué, l’emballement du public s’était vite retourné contre lui.
Alors, désormais anonyme parmi les anonymes, il ne lui restait qu’une lumière vers laquelle tendait tout son être, et ses collègues pensaient qu’il s’agissait de débusquer Arsène Lupin.
En cela, ils avaient tort, mais Isidore ne prit jamais la peine de les détromper. Après tout, le résultat était le même : il cherchait désespérément la moindre information sur le gentleman cambrioleur.
Est-ce que ce dernier se souvenait encore de lui ? Tant d’années s’étaient écoulées…
Une voix interrompit ses pensées alors qu’il s’apprêtait à enfiler son manteau pour manger au restaurant à midi.
“Alors joli coeur, on est encore allé faire la cour à quelles tourterelles en mal d’amour ?”, l’interrompit l’un de ses camarades et ami, Lucien, travaillant comme reporter.
Isidore lui adressa un triste sourire.
• Ton reportage à Lisieux s’est bien passé ?
• Autant qu’on pourrait le dire, répondit l’autre en allumant une cigarette.
Isidore piocha son propre étui dans la poche de son manteau et en coinça une entre ses lèvres.
Lucien tendit le bras avant qu’il ne sorte son briquet, et se pencha pour la lui allumer. Pendant un bref instant, leurs regards se croisèrent et une lueur similaire, celle de la flamme entre eux, s’y embrasa.
Puis Isidore tira une bouffée, se redressant pour ne pas paraître troublé.
• Arrête de jouer les mystérieux.
• Je croyais que tu aimais bien ça, les mystères, susurra Lucien, le ton légèrement narquois.
• Qu’est-ce que tu as trouvé ?
• Tu veux dire, à part des vaches et une usine ? Dis-moi comment s’est passé ta nuit et je t’en dirais plus.
Outré par le tempérament taquin de son ami, Isidore s’étrangla dans un nuage de fumée, déclenchant le rire de Lucien.
• Allons quoi, je suis sûr que tu as plus à raconter que moi !
• Comment sais-tu que je n’ai pas passé la nuit seul, avec mon journal pour unique compagnie ?
• Eh bien, j’ignore si tu tiens bel et bien un journal, mais ça m’étonnerait qu’il te laisse ce genre de trace dans le cou, répliqua son confident avec amusement.
Machinalement, Isidore se toucha le cou, le rouge aux joues. Lucien éclata d’un rire plus franc.
• Maintenant je sais que mon hypothèse est juste.
• Il n’y a pas de quoi être fier !, bougonna Isidore, sensible à son espièglerie. Ma vie privée t’intéresse-t-elle tant que ça ?
Lucien détourna le regard, puis haussa les épaules, le calme revenu.
• Je disais juste ça pour causer, inutile de monter sur tes grands chevaux. Tu es tellement secret quand il est question de tes amours. A ton âge, tu n’as jamais songé à te marier ?
• Je ferais un piètre époux, j’en ai bien peur, marmonna Isidore.
C’était une solution qu’il avait brièvement envisagée en passant le cap des 25 ans. En effet, plus il avancerait en âge, plus il serait perçu comme une anomalie. Il était plutôt beau garçon, mais son physique androgyne et délicat lui avait déjà valu des remarques peu agréables et quelques menaces dans la rue lorsqu’il lui arrivait de traîner dans les coins où se réunissaient les gens comme lui. Les femmes n’étaient pas insensibles à son charme, et il aurait pu en séduire une s’il le voulait. Il n’était pas riche, mais il était plutôt aimable et de bonne constitution.
Seulement, ce serait injuste d’entraîner une pauvre créature derrière lui, alors qu’il se savait avec certitude incapable de lui apporter la stabilité dont elle aurait besoin.
Même sans parler de faire un mariage d’amour, chose impossible pour Isidore, il lui était insupportable de plonger une innocente dans le calvaire que signifierait la dénonciation de son homosexualité.
Bien sûr, il était très prudent, mais cela ne signifiait pas qu’il n’y avait point de risque, et il s’en voudrait d’en faire courir à une femme lui servant de couverture.
Il ne voulait pas être un époux comme Arsène Lupin, dont l’épouse lui avait servi de bouclier face à la justice.
• Tu m’écoutes ou tu bayes aux corneilles ?
Isidore se reprit. Lucien leva les yeux au ciel.
• Je disais que mon enquête à Lisieux m’avait appris des choses intéressantes concernant ton obsession.
• Ce n’est pas une obsession. Mais continue.
Lucien émit un bref ricanement avant de reprendre.
• En tout cas, il y a bien eu un cambriolage. Les circonstances sont très étonnantes, car rien n’a été forcé, aucune trace d’effraction.
Ce fut au tour d’Isidore de lever les yeux, mais Lucien lui prit le poignet. Il lui prit son étui à cigarettes des mains et se mit à jouer avec d’un air distrait.
• Attends avant de soupirer. Le plus surprenant, c’est que le maître des lieux en personne, le comte-évêque de Lisieux, était présent sur place au moment du vol ! Il assure ne pas avoir dormi de la nuit, car il avait reçu une lettre l’avertissant du vol ! Un indice de plus comme quoi ce serait un coup de la bande à Lupin !
• Ou d’un imitateur, souffla Isidore en faisant tomber les dernières cendres de sa cigarette. Soit, ça mérite que je me déplace.
Lucien sourit, gouailleur.
• Et après ça, tu vas me soutenir qu’il ne s’agit pas de ton obsession ?
Isidore ne le gratifia d’aucune remarque en retour, préférant s’éloigner vers l’adresse de son déjeuner.

**


Sa position au journal étant ce qu’elle était, il ne lui avait été possible de prendre un congé qu’en prétextant un parent malade. C’était une excuse dont il avait grandement honte, son père étant décédé il y a de cela plusieurs années déjà.
Lucien lui avait recommandé de faire passer cela pour du travail, mais Isidore n’avait aucune envie de mettre à nouveau Lupin sous les projecteurs.
Cela lui avait suffisamment coûté.

Le trajet en train avait été long et fastidieux. Lucien lui avait fourni une copie de son article afin qu’il le consulte avant tout le monde, si bien qu’Isidore était mieux informé que les habitants de Lisieux eux-mêmes, le journal n’étant pas encore paru.
Les mots de Lucien lui revenaient un mémoire. Il avait nié l’obsession, pourtant au fond il savait que cela s’en rapprochait dangereusement. Ses petites rêveries dans la matinée le démontraient de façon assez flagrante.
Il arrive que certaines expériences vécues très tôt dans l’existence, forgent le caractère et la destinée d’une personne.
Arsène Lupin avait laissé une trace indélébile dans le parcours et la personnalité d’Isidore Beautrelet, l’empêchant de tourner définitivement la page.
Leur duel avait été intense, il avait été bref mais comme une marque au fer rouge pour le jeune homme.
Il avait côtoyé Lupin comme un adversaire, mais aussi comme un ami, sous les traits de Louis Valméras. Quelqu’un en qui il avait eu confiance, qui l’avait aidé, soutenu dans les épreuves.
Il avait mis des années avant de réconcilier les deux facettes de ce personnage. C’était sans doute l’une des raisons pour lesquelles il refusait de s’attacher durablement à qui que ce soit.
Son assurance naturelle avait été sérieusement ébranlée, et plus encore, sa naïveté en avait pris un coup.
Lupin l’avait prévenu. Il l’avait averti qu’un combat contre lui entraînerait sur un terrain glissant. Mais tout à son arrogance adolescente, il n’avait pas écouté. Même lorsque Lupin tenait son père entre ses griffes, Isidore avait continué de croire qu’il pouvait sortir vainqueur de cette joute intellectuelle.
Sauf que cela dépassait de bien loin le simple intellect. C’était désormais dans sa chair, dans son sang.
S’il avait eu l’âme romantique, il aurait pu nier le terme d’obsession, et l’appeler passion.
Arsène Lupin était un poinçon mortel à son cœur encore trop jeune et vulnérable, encore doux et malléable.
Il n’avait jamais su s’en défaire depuis.

Arrivé en gare, Isidore se trouva rapidement un hôtel et parti repérer les lieux, avant d’interroger les personnes concernées par l’enquête.
Pas de signature, pas d’esbrouffe. Il est vrai que le style de Lupin avait bien évolué avec le temps. Moins ostentatoire, plus discret, le gentleman cambrioleur s’était fait oublier pendant quelques temps, préférant les butins modestes - mais néanmoins précieux - avant de réapparaître brusquement avec éclat, puis retourner dans l’ombre. C’était son modus operandi.
Isidore était curieux sur ce que le passage du temps avait pu opérer chez Lupin. Tandis qu’il interrogeait le comte et le convainquait de visiter sa maison, il pensait à ce que ça lui ferait de rencontrer un Lupin vieilli, marqué par l’âge et la fatigue, mais toujours fringant, toujours insolemment moqueur et enjoué.
Cette idée lui filait des frissons dans le bas du dos.
Il avait toujours eu une préférence pour les hommes matures…
• Le coffret à bijoux était dans le coffre-fort que voici, désigna le propriétaire en ouvrant le dit coffre. Je l’y avait placé après réception de la lettre que j’ai montrée à la police.
• Ils l’ont emportée, n’est-ce pas ? La lettre, veux-je dire…
• Oui oui, ils veulent faire une analyse graphologique, ou je ne sais quoi. Comme si ça allait me rendre les diamants qui ont été volés ! Ils feraient mieux de chercher le coupable au lieu de perdre leur temps ainsi…enfin…
Isidore examina attentivement le coffre, essayant d’y dénicher un indice, ou un quelconque mécanisme. Il scruta tout particulièrement l’endroit où il était encastré dans le mur.
• Vous étiez le seul à connaître la combinaison j’imagine ?
• Bien évidemment. Et notez que le coffre n’a pas été forcé…il ne porte aucune trace d’effraction. Et de toute façon, j’étais dans le bureau toute la nuit…
• Le vol n’a pas eu lieu cette nuit-là, expliqua posément Isidore.
Le comte se redressa de toute sa hauteur.
• Bien sûr que si ! J’ai vérifié moi-même les bijoux avant de les placer dans le coffre. Et le matin venu, ils avaient disparu !
• Ils avaient vraisemblablement déjà disparu à ce moment-là, et été remplacés par des faux, continua Isidore en frottant le doigt à l’intérieur du coffret à bijoux, où se trouvaient des résidus à peine humides.
• Je ne comprends pas. C’est invraisemblable…
• Pas si les copies avaient été conçues pour se désagréger au bout d’un laps de temps déterminé, compléta Isidore en reposant ce qu’il avait dans les mains. L’explication est simple, et le procédé facile. N’avez-vous pas remarqué comme une odeur…disons, légèrement sucrée, en déposant les bijoux ?
• Maintenant que vous le dites, je m’en étais en effet fait la remarque. Il est rare que je consomme des aliments sucrés, il était donc étonnant d’en sentir les effluves. J’ai supposé qu’il s’agissait simplement d’un tour joué par mon esprit fatigué. Comment l’avez-vous deviné ?
De fait, Isidore montra l’intérieur du coffret.
• Cette tache ici n’est pas anodine. Il s’agit d’un composé chimique constitué de sucre, qui se dissout au bout de quelques heures. Il aura suffit que quelqu’un vole les joyaux et les remplace par ces copies, puis vous laisse une lettre, afin de s’assurer que vous les placiez dans ce coffre. De fait, la différence thermique semble avoir déclenché la réaction de condensation nécessaire à la disparition des faux diamants.
• C’est absurde !, protesta le comte. Il aurait été plus simple de voler les diamants sans rien laisser !
Isidore se frotta doucement le menton, pensif.
• En effet. C’est pourtant ce qu’il s’est passé. Quant à savoir la raison se cachant derrière les faits, je ne dispose pas pour l’instant de suffisamment d’élément pour déterminer ce qui pousse notre voleur à agir. Ou voleuse.
• Vous pensez qu’il s’agit d’une femme ?!, s’étrangla le comte. Mais je pensais que…enfin les policiers ont dit que…
• Les policiers ont émis l’hypothèse qu’il s’agissait d’un forfait de la bande à Lupin, c’est cela ?, dit doucement Isidore. J’imagine que c’est pour cela qu’ils ont tenu à effectuer une analyse de l’écriture de la lettre. Cependant, la raison pour laquelle ils ont pensé cela est exactement la raison pour laquelle ce n’est PAS la bande à Lupin.
• Et quelle est-elle, je vous prie ?, le pressa le comte avec impatience.
• Ces procédés ont déjà été utilisés autrefois par la bande, et Arsène Lupin a horreur de se répéter.
Les nerfs du comte le lâchèrent et il s’effondra.

En rentrant à l’hôtel, Isidore se demanda s’il devait reprendre le train dès maintenant ou s’il devait attendre le lendemain.
Cette enquête était décevante de bout en bout. Mais on risquait de lui poser des questions s’il retournait trop vite au travail après avoir supplié pour prendre un congé.
Soudain, un enfant le percuta en courant.
• Pardon M’sieur !, s’exclama-t-il en continuant sa course, poursuivit par deux autres enfants lui criant après.
La casquette d’Isidore tomba sur le sol à cause du choc et il se pencha pour la ramasser. Ce faisant, il remarqua un parc non loin de là et décida que, quitte à perdre son temps, il pouvait tout aussi bien le perdre à flâner.
Le temps était plutôt frais, aussi resserra-t-il les pans de son manteau, avant de passer devant la cathédrale, une immense bâtisse en pierres grises, ornée de quatre pointes de style néo-byzanthin à l’aspect sinistre.
Heureusement, le jardin quant à lui était bordé de fleurs encore vivaces en dépit de l’automne déjà bien entamé.
Le jardin était désert et Isidore eut tout le loisir de se balader. A un moment, il voulut allumer une cigarette, mais soudain il se rendit compte qu’il n’était plus dans sa poche.
Contrarié, il chercha dans ses poches, sans succès. Peut-être avait-il oublié son étui à l’hôtel.
Après un moment à contempler les statues et l’étang, il décida d’aller dîner. Il dégota un bistrot.
Les conversations allaient bon train à propos du comte-évêque et du vol subi sur sa propriété privée. Tout en dînant, Isidore laissa traîner ses oreilles pour écouter les bribes de discussions.
• …paraît que ce serait un coup de la bande à Lupin ?
• Qu’est-ce qu’il viendrait foutre à Lisieux ?
• …le comte il avait caché toute sa fortune, il est ruiné…
• La cathédrale aurait une cachette secrète…
• La basilique de Ste Thérèse…c’est là que le comte a vraiment planqué le magot…
Alors ce n’était pas une surprise que lors d’un évènement comme celui-ci, de nombreux ragots ressurgissent. En tant que journaliste, Isidore savait reconnaître les endroits où il était facile de grappiller des informations, pour peur que l’on sache faire le tri entre le bon grain et l’ivraie.
Il mangea tranquillement, l’oreille tendue, avant de se rapatrier à l’hôtel.
Et quelle ne fut sa surprise de retrouver son étui à cigarettes sur le lit à son retour. Il était certain de ne point l’avoir laissé là. Il était inutile d’inspecter si quelqu’un était entré dans sa chambre : c’était évidemment le cas.
Il se laissa tomber sur le lit avec un lourd soupir. Il semblerait que cette enquête soit légèrement plus complexe qu’il ne l’avait pensé, ce qui n’était pas sans réveiller une flamme d’enthousiasme dans son cœur tout engourdi.
Il aurait simplement aimé que cette affaire le conduise bel et bien à Lupin.

Au milieu de la nuit, Isidore se réveilla brusquement, le corps en sueur. Il ne se souvenait pas de ce qu’il avait rêvé, mais il avait encore le cœur qui battait à la chamade.
Il se redressa pour s’essuyer le front, et au lieu de se rallonger dans les draps moites, il se leva pour prendre de l’eau et s’en passer sur le visage et la nuque.
Se sentant à l’étroit dans son pyjama qui lui collait à la peau, il remit ses vêtements de la veille et décida de sortir faire le tour du quartier, histoire de se détendre. Cette fois, il prit soin d’emporter ses cigarettes.
Les rues étaient désertes, un véritable cimetière. Seule la lueur fade des réverbères apportait un tant soit peu de vie dans ce triste décor.
Lisieux n’avait rien d’une jolie ville et cela se voyait d’autant plus la nuit, ce qui était tout de même assez paradoxal. Pourtant Isidore appréciait la paix de cet environnement serein où il pouvait effectuer une balade solitaire à deux heures du matin sans être scruté ni jugé.
Toutefois, à cause de cette sensation de liberté, Isidore ne prit pas garde à la silhouette ombragée qui le suivait.
Lorsqu’il tourna au coin de la rue des Fèvres pour prendre l’avenue Victor Hugo, une poigne froide et ferme lui enserra la gorge. Isidore tenta de frapper du coude l’agresseur, mais ce dernier le tenait fermement contre lui, trop proche pour que le coup l’atteigne. Il resserra sa prise et Isidore déglutit, vulnérable.
• Allez, pas de blague, hein ? Tu vas être bien gentil et te laisser faire…
Une autre main se glissa sur son manteau, fouillant fébrilement ses poches.
Isidore tressaillit, la main pressée s’agitant contre sa cuisse, palpant sans vergogne.
• T’es plutôt mignon pour un garçon, pas étonnant qu’ils te tournent autour…
• Qui ça ?, siffla Isidore entre ses doigts.
La voix du brigand caressa onctueusement son oreille :
• Tu n’as pas remarqué ? Tu es surveillé de tous les côtés. J’ai eu un mal de chien à te mettre la main dessus. Mais ma maîtresse me détesterait de t’avoir laissé filer.
L’agresseur s’empara du paquet de cigarettes d’Isidore et ce dernier se débattit pour essayer de l’en empêcher. Le voleur rit et il l’étrangla d’une main puissante, sa haute stature lui permettant sans mal de prendre l’ascendant.
• Je ne suis pas si méchant, tiens, je vais même te laisser une petite récompense…
Tout en serrant le col d’Isidore, il tira sa tête en arrière et pressa une bouche avide sur la sienne.
Une détonation tonitruante retentit, résonnant dans la ruelle. Un chien se mit à aboyer dans la nuit.
Le bandit recula vivement, secoué par l’impact de la balle qui venait de le toucher violemment à l’épaule.
• Ah ! C’était vraiment dangereux ça ! Vous auriez pu toucher votre petit protégé…
Isidore écarquilla les yeux dans la pénombre, tandis que le canon d’un pistolet encore fumant approchait lentement dans l’éclat d’un réverbère.
• Cela voudrait dire que je ne sais pas viser, se contenta de répondre Lucien en sortant des ténèbres, bras tendu, arme à la main.
L’assaillant d’Isidore observa la situation. Des sifflets retentissaient, ainsi que des bruits de galopade, indiquant que le bruit avait alerté la police. Il chercha l’étui à cigarettes du regard, et le trouva au sol, mais au moment où il plongea pour le récupérer, Isidore lui décocha un coup de pied dans la mâchoire.
Il ramassa prestement l’étui, et Lucien lui attrapa le bras.
• Il faut qu’on s’en aille bébé, ça ne peut pas attendre.
Isidore frissonna de la tête aux pieds, et ils s’enfuirent sans demander leur reste.

“Ce n’est pas juste”, se répétait Isidore tandis qu’ils titubaient dans la chambre en s’embrassant comme deux adolescents trop pressés.
Son cœur n’arrêtait pas de tressaillir dès que leurs lèvres se touchaient. Il avait suffi d’un mot pour le reconnaître, et pourtant cela faisait bientôt 2 ans qu’ils travaillaient pour le même journal.
• Pourquoi ?, balbutia-t-il.
• Plus tard les questions, haleta Arsène en lui retirant son manteau.
Il lui prit la nuque, les doigts dans les boucles douces à la naissance de son crâne, et l’embrassa à nouveau. Isidore gémit tout bas, accueillant sa langue contre la sienne avec convoitise.
Le temps s’accéléra, tandis que leurs mains virevoltaient, retirant avec célérité les vêtements qui les entravaient.
Isidore le conduisit jusqu’au lit, le feu aux joues. Dans la pénombre, il n’arrivait pas à déchiffrer l’expression qu’arborait Lupin en cet instant.
Le corps qui s’allongea sur le sien était musclé et lourd; Isidore s’accapara ses hanches avec ses jambes, l’enlaçant de tout son être.
Les mains d’Arsène le soulevèrent un peu pour atteindre ses fesses, les lèvres scellées à celles d’Isidore.
Ce dernier n’avait jamais ressenti cela avec quiconque. Cette chaleur, cet embrasement, comme un besoin urgent, une angoisse, quelque chose entre le désir physique et un écho de l’âme.
Il craignait d’avoir à faire face à la réalité. Alors pour l’instant, il voulait juste se noyer dans le plaisir.
• Je t’ai…cherché, hoqueta-t-il.
• Tu n’aurais pas dû perdre ton temps, répliqua Arsène venant couvrir de baisers sa gorge.
Un gloussement irrépressible chatouille Isidore, tandis que les doigts de Lupin se frayaient rapidement un chemin en lui, enduits de quelque chose de tiède et visqueux qui lui facilitait le travail.
• Je n’ai pas…perdu mon temps. Je vais…te montrer…ce que j’ai…appris, haleta Isidore en ondulant des reins, son érection à présent bien dure contre son ventre.
• J’espère bien, bébé, ricana Lupin derrière son oreille.

**


Le nez enfoncé dans un oreiller qu'il agrippait de toutes ses forces, Isidore grogna de plaisir en se cabrant, laissant à son fougueux partenaire le loisir de s'enfoncer en lui jusqu’à la garde.
Sa semence se déversa à l'intérieur et le jeune homme sourit, faussement désinvolte.
• Eh bien, Maître, déjà repu ?
Arsène déposa un baiser tendre sur son front en sueur, frottant sa verge molissante entre ses fesses moelleuses et soyeuses.
• La nuit est encore jeune et j'en encore quelques leçons à t'enseigner…
Il prit doucement les poignets d'Isidore et, les gestes lents, il commença à les attacher aux barreaux du lit.
• Pensez-vous que je vous fasse à ce point confiance ?, demanda Isidore avec une curiosité toute ingénue.
• N'ai-je pas été un bon ami de confiance ?, susurra celui qui se faisait appeler Lucien Parès.
• Vous l'auriez été plus encore si vous vous étiez révélé dès le début, protesta Isidore sans pour autant lui retirer ses bras.
Arsène finalisa les nœuds et soupira.
• Mon petit, admets que ça te plaît d'être trompé. Et puis je voulais voir si tu allais réussir à me démasquer cette fois.
Il embrassa lentement ses omoplates, léchant sa colonne vertébrale, redessinant les contours de chaque vertèbre.
Isidore étouffa un long geignement. Il était au supplice.
• C'est trop injuste, laissa-t-il échapper dans un sanglot.
Son sexe frottait douloureusement sur le drap et il s'agitait dans l'espoir vain que son amant lui apporterait quelque soulagement.
Ce dernier ignora volontairement sa demande muette et vînt jouer avec les boutons roses de ses tétons.
• Tu es adorable, susurra Arsène en suçotant doucement le lobe de son oreille. Quels sons harmonieux tu produis…
Son torse sculpté se moula contre le dos du jeune homme, et son érection ragaillardie se glissa sans difficulté en lui.
Arsène saisit les bras pâles au-dessus de la tête d'Isidore, et il entama un rythme punitif de coups de reins brutaux et profonds.
Isidore eut toutes les peines du monde à contenir ses cris, mais alors qu'il allait atteindre les sommets du plaisir, Arsène reprit un rythme lent et paresseux.
• Vous êtes un tortionnaire…
• Ne dis pas cela, souffla Arsène avec amusement. Je sais à quel point tu adores ça.
Sa main se glissa sous le ventre d'Isidore pour venir caresser sa verge sur le point d'exploser.
Isidore perdit le contrôle et se perdit dans le plaisir.

**

Malheureusement, aucun rêve ne dure toujours.
Au chant du coq, Isidore ouvrit les yeux et constata qu’il était seul.
La panique menaça de le submerger - il avait toujours été sensible - mais c’est alors qu’il vit l’étui à cigarettes.
Il se souvînt alors du voleur qui avait tenté de le lui chaparder, et pris d’une intuition subite, il s’en empara pour l’ouvrir.
A l’intérieur, des pierres précieuses.

*(ça ne l’intéresse plus)*

Rapidement lavé et habillé, Isidore se rendit à la cathédrale. Il se fit passer pour un simple visiteur, mais en profita pour l’explorer de fond en comble. Hélas, la basilique était inaccessible, aussi décida-t-il de revenir durant la nuit, prenant soin de chaparder la clef du vicaire.
Continuer l’enquête lui permettait de ne pas penser à Arsène et à la nuit passée ensemble. Il fallait qu’il oublie. Il avait suffisamment été indulgent avec son obsession. Il était temps de lâcher prise.

*(pas question)*

Le soir venu, il parvînt à se faufiler dans la basilique. Il ne lui fallut guère longtemps avant de découvrir l’entrée secrète. Et le moyen de l’ouvrir était…
de glisser trois petits diamants dans des emplacements de taille identique !
Le jeune journaliste s’attendait à découvrir quelques trésors, mais ce qu’il trouva était bien moins glorieux.
Les sous-sols secrets de la basilique étaient constitués de geôles, et de nombreuses jeunes femmes amaigries y étaient enfermées. Lorsqu’elles le virent, elles le supplièrent aussitôt de les sortir d’ici.

*(si ennuyeux)*

Il n’avait pas été aussi discret qu’il l’avait cru. Le comte surgit, armé d’une carabine. Il menaça Isidore, mais ne savait visiblement pas comment agir. Il commença à se justifier, qu’il n’était pas vraiment responsable, que ce n’était pas lui qui avait eu l’idée. Que c’était cette femme qui…

*(ah, encore une femme. J’imagine que c’est pour cela qu’Arsène était dans les parages)*

Puis le géant qui l’avait assailli la nuit dernière l’attaqua par-derrière.
Isidore se battit comme un beau diable, mordant et sifflant comme un chat de gouttière.
Le comte était paniqué. Le géant était trop fort. Isidore n’était pas certain d’avoir envie de s’en sortir. Retourner à son existence morne et sans ami, sans attache.
Soudain un coup de feu explosa la tête du géant.
Le coup provenait de la cellule la plus proche de la trappe.
Une femme en soutenait une autre, tout en tenant une arme d’un bras tremblant.
Isidore tomba sur le sol. Vite. Analyse.
Les filles étaient soeurs, ça se voyait. Le visage du comte s’était décomposé mais il avait toujours son arme. Le géant, mort, était probablement le sbire de “la femme” dont parlait le comte-évêque.

*(Où est Lupin pour démêler tout cela ?)*

Les étoiles lui dansaient encore devant les yeux mais il devait lutter. Il devait aider cette jeune fille venue sauver sa soeur.
Une jolie jeune fille…
Ah.
Les pièces s’emboîtaient comme les éléments disjoints d’un puzzle.
Arsène, charmé par une jeune femme en détresse, décide de lui venir en aide et déjouer les pièges d’un noble maléfique. Pour cela, il met en place un stratagème pour ruiner sa réputation, en amenant un journaliste sur la piste de ses méfaits.

*(Un pion. Tu n’es qu’un pion !)*

“Je suis obligé de le faire !”, s’exclama le comte en brandissant sa carabine.
Il pressa la détente.
BAM
Les femmes hurlèrent. Isidore blêmit.
L’arme lui avait éclaté entre les mains.

**


La fin de cette enquête avait été bâclée et traitée de manière particulièrement médiocre par la police. Il avait été attesté que le comte était à la tête d’un réseau de traite humaine, mais aucun inspecteur ne prêta crédit aux dires d’Isidore, lorsqu’il prétendit qu’il y avait une commanditaire derrière tout cela.
Il était rentré avec un noeud au ventre très tenace, avec l’impression de n’avoir fait qu’échouer alors qu’il était pourtant sensé être satisfait d’avoir atteint son but.
Il avait été un jouet entre les mains d’Arsène Lupin, et il ne s’en sentait pas humilié.
Simplement déçu.
Après toutes ces années, il n’avait eu le droit qu’à cela : utilisé et jeté, après une nuit de pure plaisir.
Mais peut-être n’était-ce pas si mal. Peut-être était-ce déjà un privilège qu’il devrait chérir.
Alors qu’il tentait de faire son deuil, il arriva devant chez lui et s’aperçut que de la lumière brillait à la fenêtre de son salon.
Il abandonna son bagage sur le trottoir et se précipita dans son immeuble, grimpa quatre à quatre les escaliers en colimaçon, le cœur battant à tout rompre, le cœur au bord des lèvres, le cœur écrasé contre les côtes.
Les larmes aux yeux, il ouvrit brutalement la porte d’entrée.
• Alors bébé, je t’ai manqué ?

Date: 2025-09-02 08:50 am (UTC)
andysss: (Default)
From: [personal profile] andysss
😭 merci beaucoup !!!

Profile

obscur_echange: (Default)
Communauté d'échange de fanworks sur les fandoms rares en français

September 2025

S M T W T F S
  1 23456
7 8910111213
1415 1617181920
21222324252627
282930    

Most Popular Tags

Page Summary

Style Credit

Expand Cut Tags

No cut tags
Page generated Jan. 9th, 2026 01:36 am
Powered by Dreamwidth Studios