Arc : Lights
Titre du One Shot : Fade to black - Partie 2
Auteur : Idryss (Participant 25)
Pour : Twizzler (Participant 26)
Fandom : Velvet Goldmine
Persos / Couples : Arthur, Brian, couples canon.
Rating : PG-13
Disclaimer : Tout ce beau monde ne m'appartient pas, propriété de Todd Haynes et de la MGM.
Note de la modératrice : La fic est très longue et a dû être coupée en deux parties. La première partie est là.
Fade to black - Partie 2
La foule se pressait déjà devant la salle de concert bien que celui-ci ne commence que dans plusieurs heures. Arthur se fraya un chemin au travers, se rendit deux immeubles plus loin et ouvrit la petite porte arrière de l'un d'eux, dissimulée au fond d'une cour. Il grimpa l'escalier en colimaçon et pénétra dans un appartement sombre. Les rideaux étaient tirés et l'air embaumait un parfum lourd et capiteux.
Ses yeux commençaient à peine à s'habituer à la pénombre lorsqu'une voix s'éleva sur sa droite.
- Alors monsieur Stuart, vous avez décidé de ce que vous ferez de tout cet argent ? fit Tommy Stone d'un ton qui se voulait assuré sans réellement y parvenir.
Arthur, sa surprise initiale passée, sourit en secouant la tête.
- Monsieur Stone, ou quel que soit votre nom, je suis venu vous dire que je refuse votre proposition.
Il ne parvenait pas à voir le visage de Tommy, qui s'était installé dans le recoin le plus sombre de la pièce. En revanche, il vit très nettement ses doigts se crisper sur l'accoudoir de son fauteuil.
- Etes-vous bien sûr de cette décision ? fit la voix un brin pincée du chanteur.
Arthur opina.
- Et je ne reviendrai pas dessus, promis-t-il. J'aime mon métier et je le respecte trop pour ce que vous me demandez.
Tommy garda le silence un long moment et, voyant qu'il n'obtiendrait jamais de réponse, Arthur s'en alla comme il était venu.
Une fois dans la rue, il se demanda s'il allait essayer d'assister au concert grâce à sa carte presse, pour voir comment le chanteur encaissait le choc, puis il se ravisa, sans trop savoir pourquoi, et emprunta une petite rue qui lui permettrait d'éviter la masse de fans venus admirer leur idole.
A la terrasse d'un café, une silhouette de dos attira son attention. Chevelure blonde, blouson en cuir... et une carrure qu'il reconnaîtrait partout.
Que faisait Curt Wild ici ?
Question stupide, se reprit-il mentalement, lui aussi devait être là pour Tommy. Ou plutôt Brian, le concernant.
Arthur hésita. Il avait envie de revoir Curt, ça oui, mais... Ce n'était sans doute pas le moment. Et puis, que lui dirait-il ? « Salut, on a baisé une fois sur un toit il y a des années, je crois que tu m'as reconnu mais je n'en suis pas sûr, et puis si jamais tu veux remettre ça, hein... Et au fait, je viens de refuser l'offre de Brian pour mon silence, oui, parce que tu sais, j'ai découvert il qui était maintenant et… »
Ridicule.
Curt héla un serveur pour qu'il lui remette une bière et Arthur s'en alla, avec des questions plein la tête. Comme par exemple : est-ce que Curt venait à chacun des concerts de Tommy ? Et que devenait sa carrière en ce moment ?
Finalement, peut-être allait-il traîner dans le coin encore un moment...
Pas de couacs majeurs, mais la retransmission sur écran géant était particulièrement traître. Pour quiconque ignorait la situation, le show avait été tout à fait normal. Mais Arthur avait bien vu que Tommy n'était pas dans son assiette. Il ne put s'empêcher de le plaindre, sur le coup. Mais après réflexion, c'était lui qui avait cherché sa propre déchéance, à vouloir monter trop haut, trop vite, à tout vouloir, tout de suite, à n'avoir jamais su s'arrêter à temps. Et les méthodes qu'il avait employées à l'époque, une fois qu'il les eut découvertes lors de son enquête, n'avaient pas plu à Arthur. Celles qu'il utilisait maintenant non plus, ne lui plaisaient pas. La corruption, les amitiés politiques intéressées... Oui, il faisait tout pour être au sommet et était prêt à retourner sa veste à la moindre occasion.
C'était cette absence de convictions qui gênait le plus Arthur. Ses textes - il ignorait si c'était Stone qui les écrivait ou s'il avait un parolier - étaient totalement vides de la moindre réflexion, n'étaient destinés qu'à un public de midinettes et ne faisant qu'encenser l'œuvre du Président Reynolds lors de son précédent mandat. Histoires d'amour à l'eau de rose dans une Amérique parfaite.
« Real artist creates beautiful things and puts nothing about his own life into them, ok ? »
Arthur hocha la tête, l'air absent.
Il quitta la salle avec difficulté, noyé dans la masse. Il était agacé. Par Stone, tout d'abord, par lui-même pour ne pas avoir su se raisonner et ne pas venir, par Curt, qu'il n'avait pas aperçu de la soirée - au milieu de cent cinquante mille personnes, comment aurait-il pu ? - et par la foule, enfin, qui ne faisait qu'en rajouter.
Il avait chaud et soif et n'en pouvait plus des piaillements des fans hystériques. Il se faufila comme il put et gagna la sortie. Une fois dehors, malgré l'affluence de monde et l'air enfumé, il se sentit mieux. Par réflexe, il emprunta une ruelle adjacente à la salle de concert qui grimpait sur quelques marches et surtout, avait le bonheur d'être déserte.
Il ne s'en rendit compte que trop tard mais cette petite rue en hauteur passait devant la sortie des loges. En bas se massaient fans et journalistes qui attendaient avidement la sortie de l'artiste. Arthur arriva au moment où la porte s'ouvrait sur Tommy Stone en personne, suivi comme à son habitude de Shannon et précédé de ses gardes du corps. Il entreprit de faire une séance de dédicaces à la volée aux quelques admiratrices chanceuses qui étaient parvenues à faire passer disque et marqueur entre les bras musclés du cordon de sécurité. Arthur les regarda avec amusement.
Ensuite vinrent les journalistes, chacun essayant de crier plus fort que l'autre pour que sa question parvienne aux oreilles du chanteur. Une se détacha du lot des traditionnelles en rapport avec ses futurs concerts, sa vie privée ou le président Reynolds.
- Tommy ! Vous êtes au courant de cette rumeur sur vous et Brian Slade, qu'avez-vous à dire sur le sujet ?
Et cette fois, ce n'était pas Arthur qui l'avait posée. Du haut de son perchoir, accoudé à un muret, il vit le visage de Stone se décomposer malgré la couche de maquillage.
- Allons, tenta-t-il de plaisanter, vous croyez tout ce que raconte la presse à scandale ?
- Tout de même, reprit le journaliste, comme se fait-t-il qu'il soit impossible de trouver la moindre trace de votre passé nulle part ? Avez-vous des choses à cacher à vos fans ?
Tommy resta interdit face à la question. Shannon, qui le surveillait étroitement, s'empressa de prendre les devants.
- Monsieur Stone n'a aucune déclaration à faire sur le sujet, cette rumeur est particulièrement ridicule. Merci de vous adresser au service presse pour ce genre de questions sans fondement. L'interview est à présent terminée.
Dans les dix secondes qui suivirent, le service sécurité fit grimper le chanteur et Shannon dans sa voiture privée et celle-ci disparut dans la nuit, à la plus grande déception des fans.
Arthur scruta la foule restante pour identifier l'auteur de la question. Il reconnut Mathew Drake, un pigiste du TopTimes, qui avait pourtant la réputation d'être très - parfois trop - sérieux. Si même les journaux de ce style s'y mettaient, Stone n'avait pas fini d'entendre parler de cette histoire avant d'en avoir fait un démenti public, ce qu'il semblait être dans l'incapacité de faire pour le moment.
Tommy ne décrocha pas un mot durant tout le trajet. Il entra à l'hôtel de façon très digne, ne laissa rien paraître dans l'ascenseur non plus mais dès que Shannon, entrée derrière lui, referma la porte de sa luxueuse suite, il explosa.
- Putain ! hurla-t-il en envoyant valser un vase.
Shannon sursauta.
- Je suis sûre que… tenta-t-elle d'une voix rassurante.
- Toi, ta gueule ! aboya le chanteur.
L'expression de son assistante se décomposa subitement. Jamais Brian n'avait osé lui parler ainsi.
- Quant à ce putain de journaliste… gronda à nouveau Tommy, il va falloir s'occuper de son cas…
Il arpentait la pièce à grandes enjambées, hurlant des injures, balançant tout ce qui passait à portée de sa main. Shannon n'osait pas bouger, dos à la porte, se faisant la plus petite possible.
Oh, elle avait déjà vu Brian dans des colères noires, mais jamais à ce point-là. D'ordinaire, il se contentait de cogiter, devenait hyperactif et hypersensible. Jamais violent. Plus depuis ses crises de manque lors de sa désintoxication, quelques années auparavant.
- C'est impossible, impossible, impossible, psalmodiait le chanteur dont les mains commençaient à s'agiter d'inquiétants tremblements nerveux.
- Mandy, Jerry et tout le staff de l'époque sont écartés, souffla Shannon avec prudence, il ne reste que… Curt.
Tommy se figea et pâlit. Sa mâchoire se crispa.
- Ça ne peut pas… commença-t-il.
- C'est le seul dont on a perdu la trace depuis quelques jours, coupa Shannon, sentant là l'opportunité de reprendre le contrôle de la situation et du chanteur.
Contrairement à ce qu'elle pensait, Tommy ne fut pas du tout abattu par la nouvelle, au contraire, il se retourna vers elle l'air mauvais d'un chien prêt à attaquer. Elle voulut reculer et se heurta à la porte.
- Curt, gronda le chanteur avant de s'arrêter brusquement comme si ce mot lui avait brûlé les lèvres.
Il se détourna et serra les poings.
Curt. Il avait encore du mal à penser à lui sans se mettre dans un état lamentable. Alors penser qu'il aurait pu… Pour lui faire du mal… Non, c'était insupportable.
Et pourtant.
Ses genoux le lâchèrent et il s'écroula à même le sol, entraînant la table basse avec lui dans sa chute. Shannon avait encore trop peur de sa réaction pour oser venir l'aider.
Il sortit fébrilement ses cachets de sa poche et avala le contenu du flacon. Il ferma fort les yeux et tenta de reprendre une respiration normale.
Il aurait donné n'importe quoi pour les bras de Curt, pour sa douceur, sa force, son odeur, là, sur l'instant. Il en avait tellement besoin. Rien que l'absence de son contact lui faisait mal comme si on le brûlait à l'endroit où auraient dû se trouver les mains du rocker.
Il n'entendit pas Shannon arriver mais lorsqu'elle le frôla à peine du bout des doigts, il se déroba et la repoussa d'un geste brusque. Elle recula d'un bond pour éviter la gifle.
- Barre-toi, gronda-t-il. Disparaît.
Et comme elle n'allait pas assez vite à son goût, il hurla.
- Dégage ! Fous le camp ! Casse-toi j'ai dit !
La porte claqua et il se retrouva enfin seul. Les médicaments commençaient à faire effet, toujours trop lentement, pensa-t-il. Il ne pouvait pas se lever, ses jambes ne l'auraient pas soutenu. Il se contenta d'arracher la doublure de sa veste d'où il sortit un petit paquet de poudre blanche.
Dieu qu'il en avait besoin…
Shannon referma le battant, tremblante, puis s'enfuit en courant dans le couloir. Elle ne supportait plus de rester auprès de Brian lorsqu'il était comme ça. Elle ne savait pas où elle allait mais il fallait qu'elle s'éloigne de son patron, vite.
Sans s'en rendre compte, elle quitta l'hôtel. Une fois dehors, le froid vif acheva de faire rouler sur ses joues les larmes qui lui étaient montées aux yeux. Elle contourna le bâtiment, s'enfonça dans une ruelle déserte et sombre, s'adossa au mur et laissa éclater les sanglots qui lui comprimaient la gorge.
Elle aimait Brian, Tommy, ou peu importe son nom. Profondément, sincèrement. Toutes les conquêtes d'un soir, hommes ou femmes, du chanteur ne lui faisaient rien parce qu'elle savait qu'il n'y accordait pas d'importance.
Avec Curt, c'était autre chose.
Brian ne pouvait l'oublier, il serait toujours là, quelque part, dans ses désirs. Et il ne voyait pas que Curt n'en avait rien à foutre de lui, qu'il ne cherchait qu'à lui nuire, à le détruire, par jalousie de ce qu'il était devenu alors que lui avait sombré dans l'oubli.
Shannon haïssait tous les gens qui faisaient du mal à Brian. Curt plus encore que les autres parce que Brian l'avait aimé et l'aimait probablement toujours. Parce que tant que Brian penserait à lui, il ne la verrait jamais.
Elle sécha ses larmes d'un revers de main, remit ses cheveux en place et essuya son maquillage du coin de son mouchoir.
Curt était une nuisance. Il fallait qu'elle s'en débarrasse. Qu'elle le fasse définitivement sortir de la vie autant de Brian Slade que de Tommy Stone.
Oh, elle ne doutait pas que Brian en souffrirait, mais au bout d'un moment, il oublierait, il surmonterait s'il n'avait plus l'espoir de voir un jour Curt franchir le seuil de sa porte. Et elle serait là pour le soutenir. Ils pourraient repartir sur de nouvelles bases. Jamais Brian ne pourrait rien construire s'il vivait dans l'ombre d'un souvenir.
D'un pas résolu, elle quitta la ruelle et se dirigea vers une cabine téléphonique. Elle feuilleta le petit calepin qu'elle gardait toujours sur elle, trouva le numéro qui l'intéressait, introduisit des pièces dans l'appareil et composa les chiffres sur la roue.
Alors que la sonnerie retentissait à l'autre bout de la ligne, elle n'avait plus qu'une seule pensée en tête : éliminer Curt.
Arthur avait besoin d'un remontant.
Toute cette histoire commençait à prendre de l'ampleur et il n'avait plus aucun contrôle sur rien. Ça lui faisait tout de même un peu peur. C'est ainsi qu'il poussa la porte du premier bar qu'il croisa sur sa route, ce qui commençait à devenir une habitude à la sortie des concerts de Stone, remarqua-t-il, un brin amer.
Sans se soucier des clients, il se dirigea vers le comptoir et commanda une bière. Puis il jeta un regard à la ronde et finalement, en commanda deux whiskys à la place. Cette silhouette, là bas, ne lui était pas inconnue et son verre était vide.
Curt ne releva la tête que lorsque Arthur prit d'autorité une chaise pour s'asseoir en face de lui et lui tendit un verre.
- Merci, fit-il par automatisme. Encore toi ?
- Je pourrais dire la même chose, c'est la deuxième fois que je te retrouve après un concert de Stone, répliqua Arthur sans se démonter.
Il avait décidé de passer à la familiarité du tutoiement comme Curt le faisait avec lui. Après tout, ils avaient couché ensemble, ils n'avaient pas besoin de tant de politesse.
- Tu étais au concert, dit-il en désignant le ticket chiffonné que Curt tenait entre ses doigts.
Ce dernier grimaça mais ne répondit pas. A la place, il préféra avaler une gorgée du verre qu'Arthur venait de lui apporter.
Le journaliste fit de même, pour se donner contenance. Il ne savait pas trop par quel bout commencer et il espérait que leur conversation durerait plus que la précédente. Heureusement, le poste de télévision du bar, qui retransmettait le concert en semi différé, lui donna un prétexte.
- Qu'est-ce que tu as pensé du show ? demanda-t-il en désignant le petit écran d'un geste du menton.
Curt leva un instant les yeux vers le téléviseur puis les rebaissa en direction de son verre.
- Rien en particulier, fit-il nonchalamment avant d'avaler une gorgée de whisky.
Arthur le jaugea un instant. Curt n'avait pas encore assez d'alcool dans le sang pour se mettre à parler librement. Il allait devoir entretenir la conversation sur des sujets banals avant de pouvoir attaquer les questions qui le taraudaient réellement.
- Et à part venir assister aux shows de Stone, que fais-tu dans cette ville ?
Curt lui renvoya un regard bovin de toute beauté.
- Tu es un artiste, je suis journaliste, je m'intéresse à ton actualité musicale, reprit Arthur sans se démonter.
Curt ricana.
- La presse ne s'intéresse pas à un artiste comme moi, affirma-t-il.
- Mmh, fit semblant de réfléchir Arthur, tu es rentré de Berlin il y a cinq ans, tu as sorti les deux albums écrits là-bas avec Jack Fairy… plus le dernier album des Wild Rats que tu as remasterisé et qui vient se sortir. Quel est le programme maintenant ? Ça fait un moment que tu n'as plus fait parler de toi. Une tournée ? Un nouvel album en préparation ?
Ce coup-ci, Crut rit plus franchement, même si son regard restait toujours un peu amer. Arthur savait que cette pointe de douleur là ne disparaitrait pas du jour au lendemain et ne s'en formalisa pas.
- Tu es quoi ? Une encyclopédie musicale ou un stalker ?
- Un peu des deux, se moqua Arthur, disons que je fais mon boulot consciencieusement.
Curt continua de se marrer dans sa barbe en retournant à son verre, presque à moitié vide à présent.
- J'essaie de travailler sur de nouveaux textes, consenti-t-il enfin à répondre en désignant un vieux calepin visiblement très malmené qu'il extirpa de sa poche et posa sur la table.
- Tu es ton propre producteur ?
- Nah, Jack Fairy l'est.
- Il est ici ? A New York ?
- Non, il est rentré à Londres.
Arthur réfléchit un moment.
- Et c'est pour trouver l'inspiration que tu es revenu aux Etats-Unis ?
Curt tiqua mais Arthur fit semblant de ne rien voir. Après tout, sa question pouvait être parfaitement innocente…
- On peut dire ça comme ça, marmonna Curt en terminant son verre.
Arthur sourit. Il n'avait pas été débouté dans sa question, il allait maintenant pouvoir passer aux choses sérieuses. Oh, il n'aimait pas l'idée de faire du mal à Curt en remuant le couteau dans la plaie mais parfois, il fallait savoir employer les grands moyens. Surtout avec quelqu'un d'aussi peu bavard que pouvait l'être Curt Wild dans ses grands jours.
- Et Slade est redevenu ta source d'inspiration ? attaqua-t-il de front.
Curt sursauta et lança des regards paniqués autour de lui. Rien ne bougeait dans le bar, quelques clients étaient bien trop occupés avec leur partie de cartes pour les remarquer et le barman s'endormait derrière son comptoir, un torchon à la main. De plus, personne ne pouvait les entendre, reclus comme ils étaient dans un coin de la pièce.
- Putain ! jura Curt. Est-ce que tu sais à quel point cette information est dangereuse ?!
- J'en ai une petite idée, oui.
- Alors fais comme tout le monde, ferme ta gueule et oublie Brian Slade et tout ce qui s'y rapporte, grogna Curt en admirant le fond de son verre vide.
Arthur lui tendit le sien, qu'il n'avait presque pas touché.
- Tu n'es pourtant pas du genre à te coucher face à l'autorité, contra Arthur. C'est Brian qui te fait peur à présent ?
Curt lui renvoya un regard noir.
- Brian, marmonna-t-il, tu ne connais pas Brian…
- Ah non ? le taquina Arthur. Alors, vas-y, je t'écoute.
Curt leva vers lui un regard amusé derrière le voile que l'alcool avait déposé sur ses yeux. Un regard qui disait clairement à Arthur « j'ai compris ce que tu fais petit con mais ça me fait marrer ». Arthur lui renvoya un regard pétillant de défi. Curt laissa échapper un rire.
- Brian est… dangereux, fit-il soudainement sérieux.
Arthur lui accorda toute son attention.
- En fait non, Brian n'est pas « dangereux », il est… paranoïaque, angoissé permanent, schizo…
Curt s'arrêta, voyant qu'il s'emportait, soupira et essaya de reprendre plus posément.
- Il est réellement paranoïaque et panique dès que… dès que quelque chose vient perturber le fragile équilibre qu'il passe sont temps à… à tenter de maintenir autour de lui.
Curt parlait avec les mains, en faisant des gestes saccadés qui agitaient autour de son visage les mèches blondes échappées de sa queue de cheval.
- Et c'est ça qui est dangereux chez lui en fait, continua Curt sans remarquer le regard d'Arthur sur lui. Quand il panique, il est totalement imprévisible, capable des pires folies sur un coup de tête… et maintenant il en a les moyens… et il n'y a jamais personne pour l'arrêter.
Curt releva un regard lourd de sens sur Arthur. Effectivement, ce dernier avait bien compris le message. La situation de Curt et de tous les anciens proches de Brian était relativement claire : Tommy Stone était l'artiste protégé du président Reynolds et l'un comme l'autre avaient tout intérêt à ce que la vérité reste bien enfouie, surtout en cette période de campagne électorale. Et par-dessus le marché, Brian avait désormais des amis haut placés au bras long qui pouvaient faire prendre vie aux idées les plus délirantes nées de sa peur.
Curt profita de la réflexion d'Arthur pour allumer une cigarette et en aspira une longue bouffée. Arthur se racla la gorge.
- Et malgré tout tu viens aux concerts de Stone…
Curt releva les yeux.
- Pourquoi ? demanda Arthur, soudainement sérieux.
Contrairement à son habitude, Curt ne se mit pas à rire pour masquer ce qu'il pensait vraiment. Pour une fois, il resta sérieux et son regard se perdit dans le vide.
- Je m'étais promis de ne plus le faire, dit-il enfin, faiblement, comme s'il se parlait plus à lui-même qu'à son interlocuteur.
Arthur garda le silence, espérant qu'il continuerait.
- Je n'y arrive pas, admit Curt comme s'il le découvrait à l'instant. Il est tellement… différent. Et toujours le même…
Curt releva sur Arthur un regard un peu déboussolé.
- Je ne sais pas pourquoi je viens. J'aime écrire après. Même si je me sens mal. Ou peut-être justement à cause de ça…
Curt semblait à nouveau ailleurs, quelque part dans ses propres pensées. Arthur en eut un pincement au cœur.
Au final, tout ce qu'avaient fait Brian et Curt au contact l'un de l'autre, c'était se détruire mutuellement. Et même maintenant, ce Tommy Stone qu'était devenu Brian continuait de faire souffrir Curt. Qu'elle était loin cette époque où ils faisaient d'invraisemblables prestations sur scène, s'embrassaient en public et qu'Arthur fantasmait sur leur photo dans le journal…
Soudainement, il se sentait nostalgique, en voyant à quel point Curt était détruit. Dire qu'il continuait à se faire volontairement du mal pour trouver son inspiration… Ce qu'Arthur avait du mal à comprendre, et surtout qui le faisait plus souffrir qu'il ne voulait l'admettre, c'était que Curt semblait toujours éperdument amoureux de Brian. Après tout le mal qu'il lui avait fait. Alors qu'il n'était plus Brian mais Tommy, une personne totalement différente, aussi bien mentalement que physiquement… Alors qu'il n'était même plus beau…
- Et toi, demanda Curt en interrompant Arthur dans sa rêverie, pourquoi est-ce que tu t'intéresses à Brian Slade ?
- Oh, hum, parce que je suis journaliste, tout simplement, mentit Arthur.
- Allons, allons, râla Curt, tu peux bien me dire ta vraie raison ?
- Un simple article à faire, pour l'anniversaire des dix ans de son faux assassinat.
- Et comment tu en es arrivé à… enfin, à découvrir tout ça ?
Arthur en était encore à se demander quoi répondre quand la porte du bar s'ouvrit. Curt redressa immédiatement la tête et jeta un regard ennuyé aux arrivants. Arthur se retourna pour voir s'approcher deux types en costumes sombres, l'air sympathique des agents du gouvernement en mission.
Avant même qu'ils ne soient arrivés à leur table, Curt se leva.
- Ah, voilà mes gardes du corps, dit-il à Arthur en guise d'adieux.
Il laissa de quoi payer son verre sur la table et alla à la rencontre des deux hommes qui firent demi-tour, l'encadrèrent et l'escortèrent jusqu'à la sortie.
Arthur resta un moment sans savoir comment réagir, jusqu'à ce qu'il entende les portières claquer et le moteur de la voiture de l'escorte de Curt démarrer.
Il ne parvenait pas à réaliser. Il comprenait les lettres ou coups de fils venus « d'en haut » pour vous interdire de fouiner là où ça risque de déranger, mais là, là, ça dépassait ce qu'il avait pu imaginer. Tommy Stone était tellement protégé qu'il avait droit à ce que des agents se déplacent en personne pour venir… pour venir quoi ? Eliminer les gêneurs ?
Une sueur froide descendit le long de son échine et le fit frissonner. Non, ce n'était tout de même pas possible… on n'élimine pas quelqu'un comme ça, surtout quelqu'un de connu…
Quoique. Curt était un ancien héroïnomane largement accroc à la cocaïne aux dernières nouvelles… Ils pourraient tout à fait maquiller ça en overdose…
Oui mais enfin quoi ! On ne tuait pas pour une simple histoire de coucherie datant d'il y a plus de dix années auparavant !
Arthur secoua la tête. Il réfléchissait définitivement trop par moments. Il fallait qu'il se clame et tire les déductions logiques. Après tout, il n'était pas journaliste pour rien…
Donc, s'il reprenait depuis le début et avec enchaînement logique des choses ça donnait approximativement : Lou lui avait donné l'article à écrire, il avait donc commencé à fouiner. Quelqu'un - il ne savait pas encore qui - l'avait remarqué et avait demandé à Lou de le mettre sur autre chose mais pendant ce temps, Arthur avait déjà découvert le pot aux roses. Ce qui avait réellement mis le feu aux poudres, c'était son interview non autorisée à la fin du concert et son article.
Qu'avait-il pu se passer dans la tête de Brian ? Ou de cette vague masse floue qui représentait tous les acteurs proches de Reynolds et de sa campagne ?
L'avocat de Brian lui avait demandé ses sources, probablement qu'ils pensaient que l'un d'entre eux avait parlé…
Tout lui sembla s'illuminer devant ses yeux.
C'était Curt qu'on accusait. Oui mais pourquoi ? Il lui avait refusé l'interview au téléphone…
Arthur eut une révélation soudaine. Qu'il avait été bête ! Lorsqu'il avait eu Curt au téléphone - il avait reconnu sa voix, il ne fallait tout de même pas que le chanteur essaie de lui faire croire que ce n'était pas lui qui avait répondu - il s'était bien rendu compte que quelque chose clochait. Curt n'avait pas eu l'air seul. Ce qu'il avait pris pour une secrétaire devait en fait être ces gars qui étaient venus le chercher tout à l'heure et que le chanteur semblait avoir reconnu. Quel idiot il avait fait !
A bien y réfléchir, Mandy aussi était sur ses gardes et n'avait pas voulu trop lui en dire.
L'ancien entourage de Tommy Stone était donc sous plus haute surveillance qu'il ne l'avait imaginé. Et lui avait débarqué comme un chien dans un jeu de quilles… Et à l'instant… Curt l'avait protégé en allant directement vers ces types, qui du coup ne s'étaient pas du tout intéressés à lui, alors qu'il était au centre de tout ce merdier…
Arthur fut soudainement pris d'une angoisse qu'il ne parvint à calmer qu'au prix d'efforts incommensurables. Il avait mis Curt en danger. Il fallait qu'il le retrouve. Vite.
Il ne savait pas encore comment faire mais il y réfléchirait en chemin. Aussi vite qu'il put sans pour autant se donner un air suspect, il se leva, paya sa commande et quitta le bar. Une fois dans la rue, il se mit à courir comme un forcené pour rejoindre le métro le plus proche qui le ramènerait vers son bureau et son ordinateur, où il espérait trouver les renseignements qui, à leur tour, le mèneraient à Curt.
Arthur n'avait pas dormi de la nuit. Il avait arpenté les archives pour trouver les moyens dont pouvaient disposer Reynolds - ou qui que ce soit dans son entourage proche qui chercherait à le protéger - et Tommy. Il n'avait presque rien trouvé, surtout pas qui étaient les types qui avaient emmené Curt et où il pourrait bien le trouver. Ni ce qu'ils pouvaient en faire…
Il était fatigué et l'énervement commençait à avoir raison de lui. Rageusement, il referma toutes les liasses d'archives qu'il avait remontées à son bureau, éteignit l'écran de son ordinateur et se leva pour aller se prendre un café. Il sortit un instant du bâtiment pour respirer l'air frais du matin et ses collègues qui arrivaient furent relativement étonnés de le trouver là, à trépigner sur le trottoir, un café à la main, d'autant qu'il était encore en congés, officiellement.
De son côté, Arthur n'avait que faire de ces regards interrogateurs. Tout ce qui l'intéressait, c'était de trouver Curt. Et il ne voyait plus où chercher.
A moins que…
La caféine devait sûrement avoir un effet sur ses neurones. Il réalisa soudain que le fil à tirer de la pelote pour la défaire totalement portait un nom, ou plutôt deux : Tommy Stone, anciennement Brian Slade.
Il balança son gobelet dans la première poubelle venue et se rua vers le bouton de l'ascenseur. Celui-ci n'arrivant pas assez vite à son goût - ce qui était relativement normal pour une heure de rentrée de bureaux où il faisait un aller-retour permanent entre les quatorze étages de son immeuble - Arthur prit les escalier et les grimpa quatre à quatre. Il arriva dans son bureau le cœur battant et les joues rouges. Sans perdre un seconde, il se jeta sur son téléphone.
Au bout de quelques minutes, il sut ce qu'il voulait : Tommy Stone se produisait le lendemain soir à Atlanta, son avion décollait le soir même. Ne restait plus qu'à Arthur à trouver son hôtel, bien entendu tenu secret pour éviter que la presse et les fans ne l'assiègent…
Le journaliste, grogna, grimaça et se massa les tempes en fermant les yeux. Il était à nouveau devant un mur et il se demanda s'il pourrait le franchir à temps…
Il en était encore à chercher qui, dans ses relations, pourrait lui donner ce genre de renseignement dans les temps lorsque la porte de son bureau s'ouvrit avec fracas.
- Evidemment que je te trouverais ici, que n'y ai-je pas pensé plus tôt au lieu de bêtement téléphoner chez toi ! tonna la voix de Lou.
Arthur se retourna pour voir que son supérieur se foutait de sa gueule.
- Bonjour Lou, soupira-t-il.
- Bonjour mon garçon. Navré mais je vais devoir te mettre dehors.
Le sang d'Arthur se glaça.
- Tommy Stone a demandé à te recevoir en entretien à son hôtel, voilà l'adresse, reprit Lou en lui tendant un papier, file vite avant d'être en retard !
Arthur se ressaisit immédiatement et s'empara du papier. Dans la seconde suivante, il était dans le couloir.
- Et si c'est pour une interview exclusive, lui lança Lou depuis son bureau, tu as intérêt à me ramener du lourd, petit !
Qu'est-ce qui était passé par la tête de Brian ? se demandait Arthur tandis que le taxi se faufilait avec aisance dans la circulation New-Yorkaise.
Il ne pouvait pas dire qu'il n'était pas un peu nerveux. Il n'avait pas la moindre idée de ce que lui voulait Stone. Et le connaissant, ce pouvait être à peu près tout et n'importe quoi. Surtout avec ce que lui avait dit Curt la veille.
Il ne trouva pas les réponses durant le trajet mais elles s'envolèrent toutes dès qu'il fut devant l'entrée de l'hôtel. Luxueux, mais excentré. Rien d'étonnant là-dedans. La suite qu'occupait monsieur Tommy Stone aurait sans doute valu le détour mais il n'était pas là pour ça. L'adrénaline mêlée à l'angoisse de ne jamais retrouver Curt en un seul morceau lui donnait toute l'assurance dont il pouvait avoir besoin dans ce genre de situation, et il allait s'en servir.
- Curt Wild ne m'a pas parlé, si c'est ce que vous voulez savoir, lança-t-il en guise de bonjour, à peine la porte refermée derrière lui.
Il vit Tommy, assis dans un fauteuil, fermer les yeux un instant. Comme s'il était soudain soulagé d'un poids sur ses épaules.
- Je m'en doutais, murmura-t-il d'une voix tremblante.
- Alors vous pouvez dire à… vos gars ou qui que ce soit, de le laisser en dehors de ça, trancha Arthur plus sèchement qu'il ne l'aurait pensé.
- Comment ça « mes gars » ? demanda Tommy avec un étonnement qui n'était pas feint.
- Ceux qui sont venus le chercher hier soir au bar… répondit Arthur, méfiant.
- Je n'ai… enfin… je n'ai de mandé à personne de…
Stone avait l'air un peu perdu. Arthur ne céda pas et continua de le fixer sans ciller. Son attitude porta ses fruits puisque Tommy appela Shannon.
- Il paraît que nos… amis seraient allés s'entretenir avec Curt Wild à propos de cette histoire de rumeur… est-ce que tu peux voir ce qu'il en est ? demanda le chanteur avec tout le calme dont il était capable sans pour autant parvenir à cacher le tremblement de ses mains en prononçant le nom de Curt.
Arthur vit très nettement Shannon pâlir, ce que ne sembla pas remarquer son patron. Elle s'absenta et revint quelques minutes plus tard en annonçant que le problème était résolu et qu'il ne s'agissait que d'un simple malentendu. Arthur resta sur la défensive.
- Ils ont simplement expliqué à monsieur Wild qu'il ne fallait plus qu'il essaie de disparaître comme il l'avait fait ces derniers jours, pour sa propre sécurité, assura Shannon.
Tommy la remercia et la congédia, ce qu'elle s'empressa de faire. Il invita ensuite Arthur à prendre place en face de lui, dans un fauteuil d'aspect confortable. Celui-ci s'exécuta, sa curiosité prenant le pas sur le reste. Il allait enfin savoir ce que lui voulait Brian, à le faire quérir si tôt dans la matinée…
La porte arrière de la cour d'un petit immeuble qui ne payait pas de mine, quelque part en banlieue, s'ouvrit. Curt fut poussé dehors et se retrouva, trébuchant, sur le trottoir, sa veste jetée en travers de son visage. Il ne la rattrapa pas et elle s'écrasa à terre.
Ses jambes étaient un peu engourdies. Malgré son peu d'envie de rester en compagnie des agents qui lui avaient servi de nounou toute la nuit, il prit néanmoins quelques secondes pour remettre ses habits correctement puis ramassa sa veste, l'épousseta et l'enfila. Enfin seulement, il fourra ses mains dans ses poches, en extirpa un paquet de cigarettes, s'en alluma une et s'en fut, dans une direction qu'il ignorait, ne sachant pas où il se trouvait. Il finirait bien par trouver un taxi ou une station de métro…
Dans la chambre d'hôtel, le silence s'était installé entre les deux hommes, qui se fixaient sans mot dire. Brian semblait un peu absent, comme s'il réfléchissait à autre chose. Il paraissait plus jeune. Arthur bouillait littéralement sur son siège.
- Vous m'avez convoqué ? fini-t-il par dire pour amorcer la conversation.
Le chanteur en face de lui sembla se réveiller brusquement.
- Vous êtes un bon journaliste, entama Tommy. Pour avoir découvert… que… enfin, mon ancienne identité, et ce malgré toutes les protections qui avaient été prises…
- Je ne fais que mon travail, rien de plus, contra modestement Arthur, ne sachant pas trop où l'autre homme voulait en venir.
- Oui, mais si vous avez pu le découvrir alors que rien ne pouvait vous le laisser supposer, vos confrères, maintenant qu'ils tiennent une piste, le feront à leur tour.
Arthur ne répondit rien et se garda bien d'expliquer à Brian pourquoi il avait pu découvrir le pot aux roses et pourquoi il était sûrement le seul à pouvoir le faire…
- Pourquoi faire autant de mystères ? demanda-t-il en profitant que le chanteur n'ait pas continué sur sa lancée.
Tommy se mit à glousser d'un rire nerveux. Arthur ne s'en formalisa pas, c'était une entrée en matière comme une autre.
- C'était ce qu'il fallait pour pouvoir reprendre une carrière. Brian Slade n'existe plus à présent et j'aurais aimé qu'il n'existe pas du tout, par moments… Imaginez un peu le public actuel, il est totalement différent de celui que nous avions à l'époque…
- Etait-il nécessaire de renier votre passé ?
- Plus que nécessaire, se moqua presque le chanteur.
Mais il riait jaune.
- Ce que je vais vous dire est confidentiel mais intelligent comme vous l'êtes, vous l'avez sûrement déjà deviné… commença Tommy. Lorsque le Comité de Soutient aux Artistes vient vous voir alors que vous tentez désespérément depuis des années de remonter sur scène et vous dit : « Nous pouvons vous aider et faire de vous une star internationale », vous ne dites pas non.
Arthur hocha la tête. Oui, ça, il l'avait plus ou moins deviné tout seul.
- Je n'avais pas pour ambition de faire de la politique, assura Stone, je pensais même que l'art était une chose tellement merveilleuse qu'elle se suffisait à elle-même.
Le chanteur fixa un moment Arthur puis se pencha vers lui comme pour lui faire une révélation.
- C'est tout faux. L'art n'existe pas. La seule chose qui existe, c'est le business.
- Donc vous avez laissé tomber vos idéaux pour… de l'argent ? demanda le journaliste, de la façon la plus neutre possible.
- Non. J'ai abandonné une utopie. C'est tout.
Arthur pensa un instant que celui que Tommy essayait le plus de convaincre, c'était lui-même, avant de réaliser qu'il n'avait peut-être pas tout à fait tort. Il n'avait jamais réfléchi à la question et se promit de le faire plus tard, lorsqu'il en aurait l'occasion.
- En parlant d'utopie, réussit-il tout de même à rebondir, vous pensiez réellement que personne ne découvrirait votre passé, tôt ou tard ?
- Je dois avouer que je l'espérais. Je ne pensais pas que quiconque puisse réellement faire le lien ou simplement s'y intéresser… Mais le plus tard possible m'aurait arrangé, grinça le chanteur.
- Vous m'en voulez, n'est-ce pas ? demanda Arthur pour percer l'abcès.
- Pas spécialement. Pas de chance, c'est tout. Comment avez-vous fait ?
- Mon boss voulait que je découvre ce qu'était devenu Brian Slade de nos jours. J'ai enquêté, tenta d'éluder Arthur.
- Mmh… C'était il y a si longtemps… Vous devez bien connaître cette époque-là, pour avoir fait une analyse aussi pointue. Comment ça se fait ?
- Je vivais en Angleterre à cette époque, avoua Arthur.
Tommy sourit. Un rire nerveux agita ses épaules. Lorsqu'il se fut calmé, il considéra longuement le jeune journaliste en silence.
- Vous êtes donc parfait pour ce que je vais vous demander, murmura-t-il enfin.
- Et qu'est-ce que vous comptez me demander ? interrogea Arthur, voyant que le chanteur n'allait pas continuer sa phrase.
Tommy prit le temps de se réinstaller dans son fauteuil et laissant planer un silence pour ménager son effet.
- Avant toute chose, j'aimerais que, quelle que soit votre réponse par la suite, vous gardiez pour vous tout ce que je vais vous dire. Tout, intégralement, dans le secret le plus absolu. Dans votre intérêt comme dans le mien.
Arthur reste interdit. Qu'est-ce que manigançait Brian ?
- Réfléchissez bien. Ce que je vous demande n'est pas facile, surtout en ce moment avec cette époque, ajouta-t-il avec un vague geste de la main.
- Je garderai le secret, promis Arthur en fixant le chanteur droit dans les yeux. Vous avez ma parole.
Il voulait savoir. Quitte à passer à côté d'un scoop.
- … Bien.
Tommy marqua une pause.
- Je veux que vous écriviez quelque chose pour moi.
La curiosité d'Arthur fut piquée au vif.
- Je veux que vous écriviez ma biographie. Celle de Brian Slade et… la mienne.
Arthur ouvrit la bouche mais aucun son n'en sortit. Il voulait dire quelque chose mais rien ne lui venait à l'esprit. Ou plutôt, trop de choses se bousculaient dans sa tête. Trop de questions. Dans tous les sens.
- Vous avez le droit de refuser, reprit Stone en essayant de masquer sa nervosité, mais j'aimerais vraiment que vous fassiez ça pour moi.
- Attendez, attendez… Vous voulez tout révéler ? Mais… ?
- Je n'ai pas le choix.
Tommy croisa les mains pour les faire cesser de trembler, sans grand succès.
- Comme je vous l'ai dit, vos collègues ne sont pas idiots. Maintenant qu'ils ont une piste à laquelle se raccrocher, ils vont creuser et tout découvrir. Je n'ai pas le choix, répéta-t-il, l'information va sortir. Autant que faire se peut, j'aimerais avoir un contrôle sur ce qui va être dit sur moi. Que les gens aient… une explication des choses, telles qu'elles ont été, telles que je les ai vécues et non pas complètement déformées par un scribouillard quelconque d'un torchon à scandales.
Tommy Stone avait presque craché ces derniers mots. Arthur resta pensif un moment, ce qui n'était pas pour rassurer le chanteur dont les genoux étaient agités de spasmes involontaires. Lorsqu'il le remarqua, Arthur décida de mettre fin à son supplice, même s'il ne savait pas quoi lui répondre.
- Je ne sais pas, commença-t-il, je ne crois pas être en mesure de faire ce que vous me demandez, c'est trop… trop… Enfin, je ne sais pas, vous me demandez ça comme ça, de but en blanc et, franchement, je ne sais pas quoi en penser.
Brian ne lui répondit pas, les mâchoires crispées, il semblait attendre la suite.
- Est-ce que… est-ce que vous pouvez me laisser quelques minutes pour réfléchir ?
Le chanteur hocha la tête, visiblement incapable de décrocher le moindre mot. Arthur le remercia et sortit de la pièce soudainement devenue étouffante pour lui.
Une fois dans le couloir, il ne respirait pas mieux. Il lui fallut attendre d'être dehors, dans la fraîche brise de la ville qui, bien que polluée, lui fit un bien fou. Les passants, le bruit de la circulation, retour à la réalité en somme. Avec Brian, il avait l'impression de nager en plein dans la cinquième dimension.
Une biographie. Un bouquin. Il lui demandait d'écrire un bouquin. La première pensée d'Arthur fut de se dire qu'il n'était que journaliste et qu'il ne serait peut-être pas capable d'écrire un ouvrage entier.
Puis il repensa à son manuscrit, de bientôt deux cent pages, qui dormait dans le tiroir de son bureau en attendant d'être terminé.
Il aimait écrire et il se plaisait à croire qu'il n'était pas si mauvais. Peut-être tenait-il l'opportunité, avec un tel travail, de pouvoir percer en tant qu'écrivain ? Ecrire la biographie d'une célébrité, qui par-dessus le marché dévoilait tous ses secrets, ne pouvait être qu'un énorme tremplin pour sa carrière. En lui proposant ça, c'était un véritable cadeau que lui offrait Tommy.
Arthur se laissa aller un moment à ses rêves de célébrité et de réussite puis revint sur terre en se demandant si cet ouvrage ne l'engagerait pas, politiquement et philosophiquement, ou lui donnerait une étiquette dont il ne pourrait pas se débarrasser, de quelque manière que ce soit.
Avant toute choses, il avait besoin de savoir si le chanteur manigançait quelque chose en prévoyant cet ouvrage, comme par exemple se servir de lui pour faire passer des propos tout autres que ceux auxquels on pourrait s'attendre dans une biographie…
A la réflexion, il ne lui semblait pas. Brian avait perdu le contrôle de la situation et cherchait à le récupérer, quitte à être le responsable de sa propre déchéance, comme la fois précédente.
Arthur haussa les épaules. Après tout, ce n'était pas son problème si l'artiste voulait suicider sa carrière une nouvelle fois. Pour lui, c'était une opportunité qui n'allait pas se présenter deux fois dans toute sa vie. Autant la saisir.
Armé de cette résolution et pour éviter d'avoir le temps de changer d'avis, Arthur entra à nouveau dans l'hôtel et se rendit directement dans la chambre du chanteur. Dans l'ascenseur, de nouvelles questions, d'ordre pratique, apparurent dans son esprit. Il devait mettre tout ça au clair avant de donner sa réponse.
Lorsqu'il toqua à la porte, ce fut Shannon qui vint lui ouvrir. Il entra et elle s'éclipsa. Sa présence, ou plutôt son omniprésence, dans la vie de Brian puis de Tommy était presque inquiétante, songea Arthur.
Il trouva la star là où il l'avait laissée, toujours installée dans son fauteuil mais une bouteille et un verre de scotch avaient fait leur apparition sur la table. Tommy lui proposa de prendre un verre, il refusa poliment et s'assit.
- J'ai quelques questions à vous poser, attaqua-t-il.
Le chanteur lui fit signe de s'exprimer puis avala une rasade de whisky.
- Vous l'avez dit pourquoi vous vouliez cette biographie mais vous ne m'avez pas dit ce que vous vouliez mettre dedans. Quel est le message que vous voulez faire passer ?
- Je n'ai ai aucune idée, avoua le chanteur. Je n'y ai pas encore réfléchi, je voulais simplement donner ma version des faits.
- Très bien mais dans ce cas, il va falloir que… nous discutions. Je ne connais pas tout de votre vie, ironisa Arthur.
- Je suis prêt à tout vous raconter.
- Vous partez ce soir pour Atlanta.
- Hum, je pensais vous emmener avec moi durant le Stone Tour. Il ne reste plus que quelques mois.
- J'ai un emploi.
- Je vous rémunèrerai.
- Je ne veux pas quitter mon boulot.
- Je peux convaincre votre patron de vous donner quelques mois de congés.
- Et comment comptez vous faire ?
- Je cède tous mes droits sur le livre à votre journal à condition qu'ils vous reprennent chez eux à la fin de la tournée.
- Pour quand comptez-vous sortir ce livre ?
Tommy rit doucement.
- Après les élections. Avant serait néfaste à ma santé.
Arthur hocha la tête mais ne répondit pas. Il considérait la chose. Partir pendant plusieurs mois avec tout le staff de la tournée, vivre la vie de Tommy Stone au quotidien, voyager, écrire… découvrir encore plus de choses sur cette star qu'il avait autrefois tant admirée…
- Alors ? s'enquit le chanteur, nerveux.
Arthur releva les yeux vers lui. Malgré le vieillissement prématuré de ses traits à cause de la drogue, on devinait encore sa jeunesse et le visage de ce chanteur androgyne qui avait bouleversé toute une génération.
Arthur sourit.
- Je vous suis.
Fin
(à suivre au prochain one shot…)
Titre du One Shot : Fade to black - Partie 2
Auteur : Idryss (Participant 25)
Pour : Twizzler (Participant 26)
Fandom : Velvet Goldmine
Persos / Couples : Arthur, Brian, couples canon.
Rating : PG-13
Disclaimer : Tout ce beau monde ne m'appartient pas, propriété de Todd Haynes et de la MGM.
Note de la modératrice : La fic est très longue et a dû être coupée en deux parties. La première partie est là.
La foule se pressait déjà devant la salle de concert bien que celui-ci ne commence que dans plusieurs heures. Arthur se fraya un chemin au travers, se rendit deux immeubles plus loin et ouvrit la petite porte arrière de l'un d'eux, dissimulée au fond d'une cour. Il grimpa l'escalier en colimaçon et pénétra dans un appartement sombre. Les rideaux étaient tirés et l'air embaumait un parfum lourd et capiteux.
Ses yeux commençaient à peine à s'habituer à la pénombre lorsqu'une voix s'éleva sur sa droite.
- Alors monsieur Stuart, vous avez décidé de ce que vous ferez de tout cet argent ? fit Tommy Stone d'un ton qui se voulait assuré sans réellement y parvenir.
Arthur, sa surprise initiale passée, sourit en secouant la tête.
- Monsieur Stone, ou quel que soit votre nom, je suis venu vous dire que je refuse votre proposition.
Il ne parvenait pas à voir le visage de Tommy, qui s'était installé dans le recoin le plus sombre de la pièce. En revanche, il vit très nettement ses doigts se crisper sur l'accoudoir de son fauteuil.
- Etes-vous bien sûr de cette décision ? fit la voix un brin pincée du chanteur.
Arthur opina.
- Et je ne reviendrai pas dessus, promis-t-il. J'aime mon métier et je le respecte trop pour ce que vous me demandez.
Tommy garda le silence un long moment et, voyant qu'il n'obtiendrait jamais de réponse, Arthur s'en alla comme il était venu.
Une fois dans la rue, il se demanda s'il allait essayer d'assister au concert grâce à sa carte presse, pour voir comment le chanteur encaissait le choc, puis il se ravisa, sans trop savoir pourquoi, et emprunta une petite rue qui lui permettrait d'éviter la masse de fans venus admirer leur idole.
A la terrasse d'un café, une silhouette de dos attira son attention. Chevelure blonde, blouson en cuir... et une carrure qu'il reconnaîtrait partout.
Que faisait Curt Wild ici ?
Question stupide, se reprit-il mentalement, lui aussi devait être là pour Tommy. Ou plutôt Brian, le concernant.
Arthur hésita. Il avait envie de revoir Curt, ça oui, mais... Ce n'était sans doute pas le moment. Et puis, que lui dirait-il ? « Salut, on a baisé une fois sur un toit il y a des années, je crois que tu m'as reconnu mais je n'en suis pas sûr, et puis si jamais tu veux remettre ça, hein... Et au fait, je viens de refuser l'offre de Brian pour mon silence, oui, parce que tu sais, j'ai découvert il qui était maintenant et… »
Ridicule.
Curt héla un serveur pour qu'il lui remette une bière et Arthur s'en alla, avec des questions plein la tête. Comme par exemple : est-ce que Curt venait à chacun des concerts de Tommy ? Et que devenait sa carrière en ce moment ?
Finalement, peut-être allait-il traîner dans le coin encore un moment...
Pas de couacs majeurs, mais la retransmission sur écran géant était particulièrement traître. Pour quiconque ignorait la situation, le show avait été tout à fait normal. Mais Arthur avait bien vu que Tommy n'était pas dans son assiette. Il ne put s'empêcher de le plaindre, sur le coup. Mais après réflexion, c'était lui qui avait cherché sa propre déchéance, à vouloir monter trop haut, trop vite, à tout vouloir, tout de suite, à n'avoir jamais su s'arrêter à temps. Et les méthodes qu'il avait employées à l'époque, une fois qu'il les eut découvertes lors de son enquête, n'avaient pas plu à Arthur. Celles qu'il utilisait maintenant non plus, ne lui plaisaient pas. La corruption, les amitiés politiques intéressées... Oui, il faisait tout pour être au sommet et était prêt à retourner sa veste à la moindre occasion.
C'était cette absence de convictions qui gênait le plus Arthur. Ses textes - il ignorait si c'était Stone qui les écrivait ou s'il avait un parolier - étaient totalement vides de la moindre réflexion, n'étaient destinés qu'à un public de midinettes et ne faisant qu'encenser l'œuvre du Président Reynolds lors de son précédent mandat. Histoires d'amour à l'eau de rose dans une Amérique parfaite.
« Real artist creates beautiful things and puts nothing about his own life into them, ok ? »
Arthur hocha la tête, l'air absent.
Il quitta la salle avec difficulté, noyé dans la masse. Il était agacé. Par Stone, tout d'abord, par lui-même pour ne pas avoir su se raisonner et ne pas venir, par Curt, qu'il n'avait pas aperçu de la soirée - au milieu de cent cinquante mille personnes, comment aurait-il pu ? - et par la foule, enfin, qui ne faisait qu'en rajouter.
Il avait chaud et soif et n'en pouvait plus des piaillements des fans hystériques. Il se faufila comme il put et gagna la sortie. Une fois dehors, malgré l'affluence de monde et l'air enfumé, il se sentit mieux. Par réflexe, il emprunta une ruelle adjacente à la salle de concert qui grimpait sur quelques marches et surtout, avait le bonheur d'être déserte.
Il ne s'en rendit compte que trop tard mais cette petite rue en hauteur passait devant la sortie des loges. En bas se massaient fans et journalistes qui attendaient avidement la sortie de l'artiste. Arthur arriva au moment où la porte s'ouvrait sur Tommy Stone en personne, suivi comme à son habitude de Shannon et précédé de ses gardes du corps. Il entreprit de faire une séance de dédicaces à la volée aux quelques admiratrices chanceuses qui étaient parvenues à faire passer disque et marqueur entre les bras musclés du cordon de sécurité. Arthur les regarda avec amusement.
Ensuite vinrent les journalistes, chacun essayant de crier plus fort que l'autre pour que sa question parvienne aux oreilles du chanteur. Une se détacha du lot des traditionnelles en rapport avec ses futurs concerts, sa vie privée ou le président Reynolds.
- Tommy ! Vous êtes au courant de cette rumeur sur vous et Brian Slade, qu'avez-vous à dire sur le sujet ?
Et cette fois, ce n'était pas Arthur qui l'avait posée. Du haut de son perchoir, accoudé à un muret, il vit le visage de Stone se décomposer malgré la couche de maquillage.
- Allons, tenta-t-il de plaisanter, vous croyez tout ce que raconte la presse à scandale ?
- Tout de même, reprit le journaliste, comme se fait-t-il qu'il soit impossible de trouver la moindre trace de votre passé nulle part ? Avez-vous des choses à cacher à vos fans ?
Tommy resta interdit face à la question. Shannon, qui le surveillait étroitement, s'empressa de prendre les devants.
- Monsieur Stone n'a aucune déclaration à faire sur le sujet, cette rumeur est particulièrement ridicule. Merci de vous adresser au service presse pour ce genre de questions sans fondement. L'interview est à présent terminée.
Dans les dix secondes qui suivirent, le service sécurité fit grimper le chanteur et Shannon dans sa voiture privée et celle-ci disparut dans la nuit, à la plus grande déception des fans.
Arthur scruta la foule restante pour identifier l'auteur de la question. Il reconnut Mathew Drake, un pigiste du TopTimes, qui avait pourtant la réputation d'être très - parfois trop - sérieux. Si même les journaux de ce style s'y mettaient, Stone n'avait pas fini d'entendre parler de cette histoire avant d'en avoir fait un démenti public, ce qu'il semblait être dans l'incapacité de faire pour le moment.
Tommy ne décrocha pas un mot durant tout le trajet. Il entra à l'hôtel de façon très digne, ne laissa rien paraître dans l'ascenseur non plus mais dès que Shannon, entrée derrière lui, referma la porte de sa luxueuse suite, il explosa.
- Putain ! hurla-t-il en envoyant valser un vase.
Shannon sursauta.
- Je suis sûre que… tenta-t-elle d'une voix rassurante.
- Toi, ta gueule ! aboya le chanteur.
L'expression de son assistante se décomposa subitement. Jamais Brian n'avait osé lui parler ainsi.
- Quant à ce putain de journaliste… gronda à nouveau Tommy, il va falloir s'occuper de son cas…
Il arpentait la pièce à grandes enjambées, hurlant des injures, balançant tout ce qui passait à portée de sa main. Shannon n'osait pas bouger, dos à la porte, se faisant la plus petite possible.
Oh, elle avait déjà vu Brian dans des colères noires, mais jamais à ce point-là. D'ordinaire, il se contentait de cogiter, devenait hyperactif et hypersensible. Jamais violent. Plus depuis ses crises de manque lors de sa désintoxication, quelques années auparavant.
- C'est impossible, impossible, impossible, psalmodiait le chanteur dont les mains commençaient à s'agiter d'inquiétants tremblements nerveux.
- Mandy, Jerry et tout le staff de l'époque sont écartés, souffla Shannon avec prudence, il ne reste que… Curt.
Tommy se figea et pâlit. Sa mâchoire se crispa.
- Ça ne peut pas… commença-t-il.
- C'est le seul dont on a perdu la trace depuis quelques jours, coupa Shannon, sentant là l'opportunité de reprendre le contrôle de la situation et du chanteur.
Contrairement à ce qu'elle pensait, Tommy ne fut pas du tout abattu par la nouvelle, au contraire, il se retourna vers elle l'air mauvais d'un chien prêt à attaquer. Elle voulut reculer et se heurta à la porte.
- Curt, gronda le chanteur avant de s'arrêter brusquement comme si ce mot lui avait brûlé les lèvres.
Il se détourna et serra les poings.
Curt. Il avait encore du mal à penser à lui sans se mettre dans un état lamentable. Alors penser qu'il aurait pu… Pour lui faire du mal… Non, c'était insupportable.
Et pourtant.
Ses genoux le lâchèrent et il s'écroula à même le sol, entraînant la table basse avec lui dans sa chute. Shannon avait encore trop peur de sa réaction pour oser venir l'aider.
Il sortit fébrilement ses cachets de sa poche et avala le contenu du flacon. Il ferma fort les yeux et tenta de reprendre une respiration normale.
Il aurait donné n'importe quoi pour les bras de Curt, pour sa douceur, sa force, son odeur, là, sur l'instant. Il en avait tellement besoin. Rien que l'absence de son contact lui faisait mal comme si on le brûlait à l'endroit où auraient dû se trouver les mains du rocker.
Il n'entendit pas Shannon arriver mais lorsqu'elle le frôla à peine du bout des doigts, il se déroba et la repoussa d'un geste brusque. Elle recula d'un bond pour éviter la gifle.
- Barre-toi, gronda-t-il. Disparaît.
Et comme elle n'allait pas assez vite à son goût, il hurla.
- Dégage ! Fous le camp ! Casse-toi j'ai dit !
La porte claqua et il se retrouva enfin seul. Les médicaments commençaient à faire effet, toujours trop lentement, pensa-t-il. Il ne pouvait pas se lever, ses jambes ne l'auraient pas soutenu. Il se contenta d'arracher la doublure de sa veste d'où il sortit un petit paquet de poudre blanche.
Dieu qu'il en avait besoin…
Shannon referma le battant, tremblante, puis s'enfuit en courant dans le couloir. Elle ne supportait plus de rester auprès de Brian lorsqu'il était comme ça. Elle ne savait pas où elle allait mais il fallait qu'elle s'éloigne de son patron, vite.
Sans s'en rendre compte, elle quitta l'hôtel. Une fois dehors, le froid vif acheva de faire rouler sur ses joues les larmes qui lui étaient montées aux yeux. Elle contourna le bâtiment, s'enfonça dans une ruelle déserte et sombre, s'adossa au mur et laissa éclater les sanglots qui lui comprimaient la gorge.
Elle aimait Brian, Tommy, ou peu importe son nom. Profondément, sincèrement. Toutes les conquêtes d'un soir, hommes ou femmes, du chanteur ne lui faisaient rien parce qu'elle savait qu'il n'y accordait pas d'importance.
Avec Curt, c'était autre chose.
Brian ne pouvait l'oublier, il serait toujours là, quelque part, dans ses désirs. Et il ne voyait pas que Curt n'en avait rien à foutre de lui, qu'il ne cherchait qu'à lui nuire, à le détruire, par jalousie de ce qu'il était devenu alors que lui avait sombré dans l'oubli.
Shannon haïssait tous les gens qui faisaient du mal à Brian. Curt plus encore que les autres parce que Brian l'avait aimé et l'aimait probablement toujours. Parce que tant que Brian penserait à lui, il ne la verrait jamais.
Elle sécha ses larmes d'un revers de main, remit ses cheveux en place et essuya son maquillage du coin de son mouchoir.
Curt était une nuisance. Il fallait qu'elle s'en débarrasse. Qu'elle le fasse définitivement sortir de la vie autant de Brian Slade que de Tommy Stone.
Oh, elle ne doutait pas que Brian en souffrirait, mais au bout d'un moment, il oublierait, il surmonterait s'il n'avait plus l'espoir de voir un jour Curt franchir le seuil de sa porte. Et elle serait là pour le soutenir. Ils pourraient repartir sur de nouvelles bases. Jamais Brian ne pourrait rien construire s'il vivait dans l'ombre d'un souvenir.
D'un pas résolu, elle quitta la ruelle et se dirigea vers une cabine téléphonique. Elle feuilleta le petit calepin qu'elle gardait toujours sur elle, trouva le numéro qui l'intéressait, introduisit des pièces dans l'appareil et composa les chiffres sur la roue.
Alors que la sonnerie retentissait à l'autre bout de la ligne, elle n'avait plus qu'une seule pensée en tête : éliminer Curt.
Arthur avait besoin d'un remontant.
Toute cette histoire commençait à prendre de l'ampleur et il n'avait plus aucun contrôle sur rien. Ça lui faisait tout de même un peu peur. C'est ainsi qu'il poussa la porte du premier bar qu'il croisa sur sa route, ce qui commençait à devenir une habitude à la sortie des concerts de Stone, remarqua-t-il, un brin amer.
Sans se soucier des clients, il se dirigea vers le comptoir et commanda une bière. Puis il jeta un regard à la ronde et finalement, en commanda deux whiskys à la place. Cette silhouette, là bas, ne lui était pas inconnue et son verre était vide.
Curt ne releva la tête que lorsque Arthur prit d'autorité une chaise pour s'asseoir en face de lui et lui tendit un verre.
- Merci, fit-il par automatisme. Encore toi ?
- Je pourrais dire la même chose, c'est la deuxième fois que je te retrouve après un concert de Stone, répliqua Arthur sans se démonter.
Il avait décidé de passer à la familiarité du tutoiement comme Curt le faisait avec lui. Après tout, ils avaient couché ensemble, ils n'avaient pas besoin de tant de politesse.
- Tu étais au concert, dit-il en désignant le ticket chiffonné que Curt tenait entre ses doigts.
Ce dernier grimaça mais ne répondit pas. A la place, il préféra avaler une gorgée du verre qu'Arthur venait de lui apporter.
Le journaliste fit de même, pour se donner contenance. Il ne savait pas trop par quel bout commencer et il espérait que leur conversation durerait plus que la précédente. Heureusement, le poste de télévision du bar, qui retransmettait le concert en semi différé, lui donna un prétexte.
- Qu'est-ce que tu as pensé du show ? demanda-t-il en désignant le petit écran d'un geste du menton.
Curt leva un instant les yeux vers le téléviseur puis les rebaissa en direction de son verre.
- Rien en particulier, fit-il nonchalamment avant d'avaler une gorgée de whisky.
Arthur le jaugea un instant. Curt n'avait pas encore assez d'alcool dans le sang pour se mettre à parler librement. Il allait devoir entretenir la conversation sur des sujets banals avant de pouvoir attaquer les questions qui le taraudaient réellement.
- Et à part venir assister aux shows de Stone, que fais-tu dans cette ville ?
Curt lui renvoya un regard bovin de toute beauté.
- Tu es un artiste, je suis journaliste, je m'intéresse à ton actualité musicale, reprit Arthur sans se démonter.
Curt ricana.
- La presse ne s'intéresse pas à un artiste comme moi, affirma-t-il.
- Mmh, fit semblant de réfléchir Arthur, tu es rentré de Berlin il y a cinq ans, tu as sorti les deux albums écrits là-bas avec Jack Fairy… plus le dernier album des Wild Rats que tu as remasterisé et qui vient se sortir. Quel est le programme maintenant ? Ça fait un moment que tu n'as plus fait parler de toi. Une tournée ? Un nouvel album en préparation ?
Ce coup-ci, Crut rit plus franchement, même si son regard restait toujours un peu amer. Arthur savait que cette pointe de douleur là ne disparaitrait pas du jour au lendemain et ne s'en formalisa pas.
- Tu es quoi ? Une encyclopédie musicale ou un stalker ?
- Un peu des deux, se moqua Arthur, disons que je fais mon boulot consciencieusement.
Curt continua de se marrer dans sa barbe en retournant à son verre, presque à moitié vide à présent.
- J'essaie de travailler sur de nouveaux textes, consenti-t-il enfin à répondre en désignant un vieux calepin visiblement très malmené qu'il extirpa de sa poche et posa sur la table.
- Tu es ton propre producteur ?
- Nah, Jack Fairy l'est.
- Il est ici ? A New York ?
- Non, il est rentré à Londres.
Arthur réfléchit un moment.
- Et c'est pour trouver l'inspiration que tu es revenu aux Etats-Unis ?
Curt tiqua mais Arthur fit semblant de ne rien voir. Après tout, sa question pouvait être parfaitement innocente…
- On peut dire ça comme ça, marmonna Curt en terminant son verre.
Arthur sourit. Il n'avait pas été débouté dans sa question, il allait maintenant pouvoir passer aux choses sérieuses. Oh, il n'aimait pas l'idée de faire du mal à Curt en remuant le couteau dans la plaie mais parfois, il fallait savoir employer les grands moyens. Surtout avec quelqu'un d'aussi peu bavard que pouvait l'être Curt Wild dans ses grands jours.
- Et Slade est redevenu ta source d'inspiration ? attaqua-t-il de front.
Curt sursauta et lança des regards paniqués autour de lui. Rien ne bougeait dans le bar, quelques clients étaient bien trop occupés avec leur partie de cartes pour les remarquer et le barman s'endormait derrière son comptoir, un torchon à la main. De plus, personne ne pouvait les entendre, reclus comme ils étaient dans un coin de la pièce.
- Putain ! jura Curt. Est-ce que tu sais à quel point cette information est dangereuse ?!
- J'en ai une petite idée, oui.
- Alors fais comme tout le monde, ferme ta gueule et oublie Brian Slade et tout ce qui s'y rapporte, grogna Curt en admirant le fond de son verre vide.
Arthur lui tendit le sien, qu'il n'avait presque pas touché.
- Tu n'es pourtant pas du genre à te coucher face à l'autorité, contra Arthur. C'est Brian qui te fait peur à présent ?
Curt lui renvoya un regard noir.
- Brian, marmonna-t-il, tu ne connais pas Brian…
- Ah non ? le taquina Arthur. Alors, vas-y, je t'écoute.
Curt leva vers lui un regard amusé derrière le voile que l'alcool avait déposé sur ses yeux. Un regard qui disait clairement à Arthur « j'ai compris ce que tu fais petit con mais ça me fait marrer ». Arthur lui renvoya un regard pétillant de défi. Curt laissa échapper un rire.
- Brian est… dangereux, fit-il soudainement sérieux.
Arthur lui accorda toute son attention.
- En fait non, Brian n'est pas « dangereux », il est… paranoïaque, angoissé permanent, schizo…
Curt s'arrêta, voyant qu'il s'emportait, soupira et essaya de reprendre plus posément.
- Il est réellement paranoïaque et panique dès que… dès que quelque chose vient perturber le fragile équilibre qu'il passe sont temps à… à tenter de maintenir autour de lui.
Curt parlait avec les mains, en faisant des gestes saccadés qui agitaient autour de son visage les mèches blondes échappées de sa queue de cheval.
- Et c'est ça qui est dangereux chez lui en fait, continua Curt sans remarquer le regard d'Arthur sur lui. Quand il panique, il est totalement imprévisible, capable des pires folies sur un coup de tête… et maintenant il en a les moyens… et il n'y a jamais personne pour l'arrêter.
Curt releva un regard lourd de sens sur Arthur. Effectivement, ce dernier avait bien compris le message. La situation de Curt et de tous les anciens proches de Brian était relativement claire : Tommy Stone était l'artiste protégé du président Reynolds et l'un comme l'autre avaient tout intérêt à ce que la vérité reste bien enfouie, surtout en cette période de campagne électorale. Et par-dessus le marché, Brian avait désormais des amis haut placés au bras long qui pouvaient faire prendre vie aux idées les plus délirantes nées de sa peur.
Curt profita de la réflexion d'Arthur pour allumer une cigarette et en aspira une longue bouffée. Arthur se racla la gorge.
- Et malgré tout tu viens aux concerts de Stone…
Curt releva les yeux.
- Pourquoi ? demanda Arthur, soudainement sérieux.
Contrairement à son habitude, Curt ne se mit pas à rire pour masquer ce qu'il pensait vraiment. Pour une fois, il resta sérieux et son regard se perdit dans le vide.
- Je m'étais promis de ne plus le faire, dit-il enfin, faiblement, comme s'il se parlait plus à lui-même qu'à son interlocuteur.
Arthur garda le silence, espérant qu'il continuerait.
- Je n'y arrive pas, admit Curt comme s'il le découvrait à l'instant. Il est tellement… différent. Et toujours le même…
Curt releva sur Arthur un regard un peu déboussolé.
- Je ne sais pas pourquoi je viens. J'aime écrire après. Même si je me sens mal. Ou peut-être justement à cause de ça…
Curt semblait à nouveau ailleurs, quelque part dans ses propres pensées. Arthur en eut un pincement au cœur.
Au final, tout ce qu'avaient fait Brian et Curt au contact l'un de l'autre, c'était se détruire mutuellement. Et même maintenant, ce Tommy Stone qu'était devenu Brian continuait de faire souffrir Curt. Qu'elle était loin cette époque où ils faisaient d'invraisemblables prestations sur scène, s'embrassaient en public et qu'Arthur fantasmait sur leur photo dans le journal…
Soudainement, il se sentait nostalgique, en voyant à quel point Curt était détruit. Dire qu'il continuait à se faire volontairement du mal pour trouver son inspiration… Ce qu'Arthur avait du mal à comprendre, et surtout qui le faisait plus souffrir qu'il ne voulait l'admettre, c'était que Curt semblait toujours éperdument amoureux de Brian. Après tout le mal qu'il lui avait fait. Alors qu'il n'était plus Brian mais Tommy, une personne totalement différente, aussi bien mentalement que physiquement… Alors qu'il n'était même plus beau…
- Et toi, demanda Curt en interrompant Arthur dans sa rêverie, pourquoi est-ce que tu t'intéresses à Brian Slade ?
- Oh, hum, parce que je suis journaliste, tout simplement, mentit Arthur.
- Allons, allons, râla Curt, tu peux bien me dire ta vraie raison ?
- Un simple article à faire, pour l'anniversaire des dix ans de son faux assassinat.
- Et comment tu en es arrivé à… enfin, à découvrir tout ça ?
Arthur en était encore à se demander quoi répondre quand la porte du bar s'ouvrit. Curt redressa immédiatement la tête et jeta un regard ennuyé aux arrivants. Arthur se retourna pour voir s'approcher deux types en costumes sombres, l'air sympathique des agents du gouvernement en mission.
Avant même qu'ils ne soient arrivés à leur table, Curt se leva.
- Ah, voilà mes gardes du corps, dit-il à Arthur en guise d'adieux.
Il laissa de quoi payer son verre sur la table et alla à la rencontre des deux hommes qui firent demi-tour, l'encadrèrent et l'escortèrent jusqu'à la sortie.
Arthur resta un moment sans savoir comment réagir, jusqu'à ce qu'il entende les portières claquer et le moteur de la voiture de l'escorte de Curt démarrer.
Il ne parvenait pas à réaliser. Il comprenait les lettres ou coups de fils venus « d'en haut » pour vous interdire de fouiner là où ça risque de déranger, mais là, là, ça dépassait ce qu'il avait pu imaginer. Tommy Stone était tellement protégé qu'il avait droit à ce que des agents se déplacent en personne pour venir… pour venir quoi ? Eliminer les gêneurs ?
Une sueur froide descendit le long de son échine et le fit frissonner. Non, ce n'était tout de même pas possible… on n'élimine pas quelqu'un comme ça, surtout quelqu'un de connu…
Quoique. Curt était un ancien héroïnomane largement accroc à la cocaïne aux dernières nouvelles… Ils pourraient tout à fait maquiller ça en overdose…
Oui mais enfin quoi ! On ne tuait pas pour une simple histoire de coucherie datant d'il y a plus de dix années auparavant !
Arthur secoua la tête. Il réfléchissait définitivement trop par moments. Il fallait qu'il se clame et tire les déductions logiques. Après tout, il n'était pas journaliste pour rien…
Donc, s'il reprenait depuis le début et avec enchaînement logique des choses ça donnait approximativement : Lou lui avait donné l'article à écrire, il avait donc commencé à fouiner. Quelqu'un - il ne savait pas encore qui - l'avait remarqué et avait demandé à Lou de le mettre sur autre chose mais pendant ce temps, Arthur avait déjà découvert le pot aux roses. Ce qui avait réellement mis le feu aux poudres, c'était son interview non autorisée à la fin du concert et son article.
Qu'avait-il pu se passer dans la tête de Brian ? Ou de cette vague masse floue qui représentait tous les acteurs proches de Reynolds et de sa campagne ?
L'avocat de Brian lui avait demandé ses sources, probablement qu'ils pensaient que l'un d'entre eux avait parlé…
Tout lui sembla s'illuminer devant ses yeux.
C'était Curt qu'on accusait. Oui mais pourquoi ? Il lui avait refusé l'interview au téléphone…
Arthur eut une révélation soudaine. Qu'il avait été bête ! Lorsqu'il avait eu Curt au téléphone - il avait reconnu sa voix, il ne fallait tout de même pas que le chanteur essaie de lui faire croire que ce n'était pas lui qui avait répondu - il s'était bien rendu compte que quelque chose clochait. Curt n'avait pas eu l'air seul. Ce qu'il avait pris pour une secrétaire devait en fait être ces gars qui étaient venus le chercher tout à l'heure et que le chanteur semblait avoir reconnu. Quel idiot il avait fait !
A bien y réfléchir, Mandy aussi était sur ses gardes et n'avait pas voulu trop lui en dire.
L'ancien entourage de Tommy Stone était donc sous plus haute surveillance qu'il ne l'avait imaginé. Et lui avait débarqué comme un chien dans un jeu de quilles… Et à l'instant… Curt l'avait protégé en allant directement vers ces types, qui du coup ne s'étaient pas du tout intéressés à lui, alors qu'il était au centre de tout ce merdier…
Arthur fut soudainement pris d'une angoisse qu'il ne parvint à calmer qu'au prix d'efforts incommensurables. Il avait mis Curt en danger. Il fallait qu'il le retrouve. Vite.
Il ne savait pas encore comment faire mais il y réfléchirait en chemin. Aussi vite qu'il put sans pour autant se donner un air suspect, il se leva, paya sa commande et quitta le bar. Une fois dans la rue, il se mit à courir comme un forcené pour rejoindre le métro le plus proche qui le ramènerait vers son bureau et son ordinateur, où il espérait trouver les renseignements qui, à leur tour, le mèneraient à Curt.
Arthur n'avait pas dormi de la nuit. Il avait arpenté les archives pour trouver les moyens dont pouvaient disposer Reynolds - ou qui que ce soit dans son entourage proche qui chercherait à le protéger - et Tommy. Il n'avait presque rien trouvé, surtout pas qui étaient les types qui avaient emmené Curt et où il pourrait bien le trouver. Ni ce qu'ils pouvaient en faire…
Il était fatigué et l'énervement commençait à avoir raison de lui. Rageusement, il referma toutes les liasses d'archives qu'il avait remontées à son bureau, éteignit l'écran de son ordinateur et se leva pour aller se prendre un café. Il sortit un instant du bâtiment pour respirer l'air frais du matin et ses collègues qui arrivaient furent relativement étonnés de le trouver là, à trépigner sur le trottoir, un café à la main, d'autant qu'il était encore en congés, officiellement.
De son côté, Arthur n'avait que faire de ces regards interrogateurs. Tout ce qui l'intéressait, c'était de trouver Curt. Et il ne voyait plus où chercher.
A moins que…
La caféine devait sûrement avoir un effet sur ses neurones. Il réalisa soudain que le fil à tirer de la pelote pour la défaire totalement portait un nom, ou plutôt deux : Tommy Stone, anciennement Brian Slade.
Il balança son gobelet dans la première poubelle venue et se rua vers le bouton de l'ascenseur. Celui-ci n'arrivant pas assez vite à son goût - ce qui était relativement normal pour une heure de rentrée de bureaux où il faisait un aller-retour permanent entre les quatorze étages de son immeuble - Arthur prit les escalier et les grimpa quatre à quatre. Il arriva dans son bureau le cœur battant et les joues rouges. Sans perdre un seconde, il se jeta sur son téléphone.
Au bout de quelques minutes, il sut ce qu'il voulait : Tommy Stone se produisait le lendemain soir à Atlanta, son avion décollait le soir même. Ne restait plus qu'à Arthur à trouver son hôtel, bien entendu tenu secret pour éviter que la presse et les fans ne l'assiègent…
Le journaliste, grogna, grimaça et se massa les tempes en fermant les yeux. Il était à nouveau devant un mur et il se demanda s'il pourrait le franchir à temps…
Il en était encore à chercher qui, dans ses relations, pourrait lui donner ce genre de renseignement dans les temps lorsque la porte de son bureau s'ouvrit avec fracas.
- Evidemment que je te trouverais ici, que n'y ai-je pas pensé plus tôt au lieu de bêtement téléphoner chez toi ! tonna la voix de Lou.
Arthur se retourna pour voir que son supérieur se foutait de sa gueule.
- Bonjour Lou, soupira-t-il.
- Bonjour mon garçon. Navré mais je vais devoir te mettre dehors.
Le sang d'Arthur se glaça.
- Tommy Stone a demandé à te recevoir en entretien à son hôtel, voilà l'adresse, reprit Lou en lui tendant un papier, file vite avant d'être en retard !
Arthur se ressaisit immédiatement et s'empara du papier. Dans la seconde suivante, il était dans le couloir.
- Et si c'est pour une interview exclusive, lui lança Lou depuis son bureau, tu as intérêt à me ramener du lourd, petit !
Qu'est-ce qui était passé par la tête de Brian ? se demandait Arthur tandis que le taxi se faufilait avec aisance dans la circulation New-Yorkaise.
Il ne pouvait pas dire qu'il n'était pas un peu nerveux. Il n'avait pas la moindre idée de ce que lui voulait Stone. Et le connaissant, ce pouvait être à peu près tout et n'importe quoi. Surtout avec ce que lui avait dit Curt la veille.
Il ne trouva pas les réponses durant le trajet mais elles s'envolèrent toutes dès qu'il fut devant l'entrée de l'hôtel. Luxueux, mais excentré. Rien d'étonnant là-dedans. La suite qu'occupait monsieur Tommy Stone aurait sans doute valu le détour mais il n'était pas là pour ça. L'adrénaline mêlée à l'angoisse de ne jamais retrouver Curt en un seul morceau lui donnait toute l'assurance dont il pouvait avoir besoin dans ce genre de situation, et il allait s'en servir.
- Curt Wild ne m'a pas parlé, si c'est ce que vous voulez savoir, lança-t-il en guise de bonjour, à peine la porte refermée derrière lui.
Il vit Tommy, assis dans un fauteuil, fermer les yeux un instant. Comme s'il était soudain soulagé d'un poids sur ses épaules.
- Je m'en doutais, murmura-t-il d'une voix tremblante.
- Alors vous pouvez dire à… vos gars ou qui que ce soit, de le laisser en dehors de ça, trancha Arthur plus sèchement qu'il ne l'aurait pensé.
- Comment ça « mes gars » ? demanda Tommy avec un étonnement qui n'était pas feint.
- Ceux qui sont venus le chercher hier soir au bar… répondit Arthur, méfiant.
- Je n'ai… enfin… je n'ai de mandé à personne de…
Stone avait l'air un peu perdu. Arthur ne céda pas et continua de le fixer sans ciller. Son attitude porta ses fruits puisque Tommy appela Shannon.
- Il paraît que nos… amis seraient allés s'entretenir avec Curt Wild à propos de cette histoire de rumeur… est-ce que tu peux voir ce qu'il en est ? demanda le chanteur avec tout le calme dont il était capable sans pour autant parvenir à cacher le tremblement de ses mains en prononçant le nom de Curt.
Arthur vit très nettement Shannon pâlir, ce que ne sembla pas remarquer son patron. Elle s'absenta et revint quelques minutes plus tard en annonçant que le problème était résolu et qu'il ne s'agissait que d'un simple malentendu. Arthur resta sur la défensive.
- Ils ont simplement expliqué à monsieur Wild qu'il ne fallait plus qu'il essaie de disparaître comme il l'avait fait ces derniers jours, pour sa propre sécurité, assura Shannon.
Tommy la remercia et la congédia, ce qu'elle s'empressa de faire. Il invita ensuite Arthur à prendre place en face de lui, dans un fauteuil d'aspect confortable. Celui-ci s'exécuta, sa curiosité prenant le pas sur le reste. Il allait enfin savoir ce que lui voulait Brian, à le faire quérir si tôt dans la matinée…
La porte arrière de la cour d'un petit immeuble qui ne payait pas de mine, quelque part en banlieue, s'ouvrit. Curt fut poussé dehors et se retrouva, trébuchant, sur le trottoir, sa veste jetée en travers de son visage. Il ne la rattrapa pas et elle s'écrasa à terre.
Ses jambes étaient un peu engourdies. Malgré son peu d'envie de rester en compagnie des agents qui lui avaient servi de nounou toute la nuit, il prit néanmoins quelques secondes pour remettre ses habits correctement puis ramassa sa veste, l'épousseta et l'enfila. Enfin seulement, il fourra ses mains dans ses poches, en extirpa un paquet de cigarettes, s'en alluma une et s'en fut, dans une direction qu'il ignorait, ne sachant pas où il se trouvait. Il finirait bien par trouver un taxi ou une station de métro…
Dans la chambre d'hôtel, le silence s'était installé entre les deux hommes, qui se fixaient sans mot dire. Brian semblait un peu absent, comme s'il réfléchissait à autre chose. Il paraissait plus jeune. Arthur bouillait littéralement sur son siège.
- Vous m'avez convoqué ? fini-t-il par dire pour amorcer la conversation.
Le chanteur en face de lui sembla se réveiller brusquement.
- Vous êtes un bon journaliste, entama Tommy. Pour avoir découvert… que… enfin, mon ancienne identité, et ce malgré toutes les protections qui avaient été prises…
- Je ne fais que mon travail, rien de plus, contra modestement Arthur, ne sachant pas trop où l'autre homme voulait en venir.
- Oui, mais si vous avez pu le découvrir alors que rien ne pouvait vous le laisser supposer, vos confrères, maintenant qu'ils tiennent une piste, le feront à leur tour.
Arthur ne répondit rien et se garda bien d'expliquer à Brian pourquoi il avait pu découvrir le pot aux roses et pourquoi il était sûrement le seul à pouvoir le faire…
- Pourquoi faire autant de mystères ? demanda-t-il en profitant que le chanteur n'ait pas continué sur sa lancée.
Tommy se mit à glousser d'un rire nerveux. Arthur ne s'en formalisa pas, c'était une entrée en matière comme une autre.
- C'était ce qu'il fallait pour pouvoir reprendre une carrière. Brian Slade n'existe plus à présent et j'aurais aimé qu'il n'existe pas du tout, par moments… Imaginez un peu le public actuel, il est totalement différent de celui que nous avions à l'époque…
- Etait-il nécessaire de renier votre passé ?
- Plus que nécessaire, se moqua presque le chanteur.
Mais il riait jaune.
- Ce que je vais vous dire est confidentiel mais intelligent comme vous l'êtes, vous l'avez sûrement déjà deviné… commença Tommy. Lorsque le Comité de Soutient aux Artistes vient vous voir alors que vous tentez désespérément depuis des années de remonter sur scène et vous dit : « Nous pouvons vous aider et faire de vous une star internationale », vous ne dites pas non.
Arthur hocha la tête. Oui, ça, il l'avait plus ou moins deviné tout seul.
- Je n'avais pas pour ambition de faire de la politique, assura Stone, je pensais même que l'art était une chose tellement merveilleuse qu'elle se suffisait à elle-même.
Le chanteur fixa un moment Arthur puis se pencha vers lui comme pour lui faire une révélation.
- C'est tout faux. L'art n'existe pas. La seule chose qui existe, c'est le business.
- Donc vous avez laissé tomber vos idéaux pour… de l'argent ? demanda le journaliste, de la façon la plus neutre possible.
- Non. J'ai abandonné une utopie. C'est tout.
Arthur pensa un instant que celui que Tommy essayait le plus de convaincre, c'était lui-même, avant de réaliser qu'il n'avait peut-être pas tout à fait tort. Il n'avait jamais réfléchi à la question et se promit de le faire plus tard, lorsqu'il en aurait l'occasion.
- En parlant d'utopie, réussit-il tout de même à rebondir, vous pensiez réellement que personne ne découvrirait votre passé, tôt ou tard ?
- Je dois avouer que je l'espérais. Je ne pensais pas que quiconque puisse réellement faire le lien ou simplement s'y intéresser… Mais le plus tard possible m'aurait arrangé, grinça le chanteur.
- Vous m'en voulez, n'est-ce pas ? demanda Arthur pour percer l'abcès.
- Pas spécialement. Pas de chance, c'est tout. Comment avez-vous fait ?
- Mon boss voulait que je découvre ce qu'était devenu Brian Slade de nos jours. J'ai enquêté, tenta d'éluder Arthur.
- Mmh… C'était il y a si longtemps… Vous devez bien connaître cette époque-là, pour avoir fait une analyse aussi pointue. Comment ça se fait ?
- Je vivais en Angleterre à cette époque, avoua Arthur.
Tommy sourit. Un rire nerveux agita ses épaules. Lorsqu'il se fut calmé, il considéra longuement le jeune journaliste en silence.
- Vous êtes donc parfait pour ce que je vais vous demander, murmura-t-il enfin.
- Et qu'est-ce que vous comptez me demander ? interrogea Arthur, voyant que le chanteur n'allait pas continuer sa phrase.
Tommy prit le temps de se réinstaller dans son fauteuil et laissant planer un silence pour ménager son effet.
- Avant toute chose, j'aimerais que, quelle que soit votre réponse par la suite, vous gardiez pour vous tout ce que je vais vous dire. Tout, intégralement, dans le secret le plus absolu. Dans votre intérêt comme dans le mien.
Arthur reste interdit. Qu'est-ce que manigançait Brian ?
- Réfléchissez bien. Ce que je vous demande n'est pas facile, surtout en ce moment avec cette époque, ajouta-t-il avec un vague geste de la main.
- Je garderai le secret, promis Arthur en fixant le chanteur droit dans les yeux. Vous avez ma parole.
Il voulait savoir. Quitte à passer à côté d'un scoop.
- … Bien.
Tommy marqua une pause.
- Je veux que vous écriviez quelque chose pour moi.
La curiosité d'Arthur fut piquée au vif.
- Je veux que vous écriviez ma biographie. Celle de Brian Slade et… la mienne.
Arthur ouvrit la bouche mais aucun son n'en sortit. Il voulait dire quelque chose mais rien ne lui venait à l'esprit. Ou plutôt, trop de choses se bousculaient dans sa tête. Trop de questions. Dans tous les sens.
- Vous avez le droit de refuser, reprit Stone en essayant de masquer sa nervosité, mais j'aimerais vraiment que vous fassiez ça pour moi.
- Attendez, attendez… Vous voulez tout révéler ? Mais… ?
- Je n'ai pas le choix.
Tommy croisa les mains pour les faire cesser de trembler, sans grand succès.
- Comme je vous l'ai dit, vos collègues ne sont pas idiots. Maintenant qu'ils ont une piste à laquelle se raccrocher, ils vont creuser et tout découvrir. Je n'ai pas le choix, répéta-t-il, l'information va sortir. Autant que faire se peut, j'aimerais avoir un contrôle sur ce qui va être dit sur moi. Que les gens aient… une explication des choses, telles qu'elles ont été, telles que je les ai vécues et non pas complètement déformées par un scribouillard quelconque d'un torchon à scandales.
Tommy Stone avait presque craché ces derniers mots. Arthur resta pensif un moment, ce qui n'était pas pour rassurer le chanteur dont les genoux étaient agités de spasmes involontaires. Lorsqu'il le remarqua, Arthur décida de mettre fin à son supplice, même s'il ne savait pas quoi lui répondre.
- Je ne sais pas, commença-t-il, je ne crois pas être en mesure de faire ce que vous me demandez, c'est trop… trop… Enfin, je ne sais pas, vous me demandez ça comme ça, de but en blanc et, franchement, je ne sais pas quoi en penser.
Brian ne lui répondit pas, les mâchoires crispées, il semblait attendre la suite.
- Est-ce que… est-ce que vous pouvez me laisser quelques minutes pour réfléchir ?
Le chanteur hocha la tête, visiblement incapable de décrocher le moindre mot. Arthur le remercia et sortit de la pièce soudainement devenue étouffante pour lui.
Une fois dans le couloir, il ne respirait pas mieux. Il lui fallut attendre d'être dehors, dans la fraîche brise de la ville qui, bien que polluée, lui fit un bien fou. Les passants, le bruit de la circulation, retour à la réalité en somme. Avec Brian, il avait l'impression de nager en plein dans la cinquième dimension.
Une biographie. Un bouquin. Il lui demandait d'écrire un bouquin. La première pensée d'Arthur fut de se dire qu'il n'était que journaliste et qu'il ne serait peut-être pas capable d'écrire un ouvrage entier.
Puis il repensa à son manuscrit, de bientôt deux cent pages, qui dormait dans le tiroir de son bureau en attendant d'être terminé.
Il aimait écrire et il se plaisait à croire qu'il n'était pas si mauvais. Peut-être tenait-il l'opportunité, avec un tel travail, de pouvoir percer en tant qu'écrivain ? Ecrire la biographie d'une célébrité, qui par-dessus le marché dévoilait tous ses secrets, ne pouvait être qu'un énorme tremplin pour sa carrière. En lui proposant ça, c'était un véritable cadeau que lui offrait Tommy.
Arthur se laissa aller un moment à ses rêves de célébrité et de réussite puis revint sur terre en se demandant si cet ouvrage ne l'engagerait pas, politiquement et philosophiquement, ou lui donnerait une étiquette dont il ne pourrait pas se débarrasser, de quelque manière que ce soit.
Avant toute choses, il avait besoin de savoir si le chanteur manigançait quelque chose en prévoyant cet ouvrage, comme par exemple se servir de lui pour faire passer des propos tout autres que ceux auxquels on pourrait s'attendre dans une biographie…
A la réflexion, il ne lui semblait pas. Brian avait perdu le contrôle de la situation et cherchait à le récupérer, quitte à être le responsable de sa propre déchéance, comme la fois précédente.
Arthur haussa les épaules. Après tout, ce n'était pas son problème si l'artiste voulait suicider sa carrière une nouvelle fois. Pour lui, c'était une opportunité qui n'allait pas se présenter deux fois dans toute sa vie. Autant la saisir.
Armé de cette résolution et pour éviter d'avoir le temps de changer d'avis, Arthur entra à nouveau dans l'hôtel et se rendit directement dans la chambre du chanteur. Dans l'ascenseur, de nouvelles questions, d'ordre pratique, apparurent dans son esprit. Il devait mettre tout ça au clair avant de donner sa réponse.
Lorsqu'il toqua à la porte, ce fut Shannon qui vint lui ouvrir. Il entra et elle s'éclipsa. Sa présence, ou plutôt son omniprésence, dans la vie de Brian puis de Tommy était presque inquiétante, songea Arthur.
Il trouva la star là où il l'avait laissée, toujours installée dans son fauteuil mais une bouteille et un verre de scotch avaient fait leur apparition sur la table. Tommy lui proposa de prendre un verre, il refusa poliment et s'assit.
- J'ai quelques questions à vous poser, attaqua-t-il.
Le chanteur lui fit signe de s'exprimer puis avala une rasade de whisky.
- Vous l'avez dit pourquoi vous vouliez cette biographie mais vous ne m'avez pas dit ce que vous vouliez mettre dedans. Quel est le message que vous voulez faire passer ?
- Je n'ai ai aucune idée, avoua le chanteur. Je n'y ai pas encore réfléchi, je voulais simplement donner ma version des faits.
- Très bien mais dans ce cas, il va falloir que… nous discutions. Je ne connais pas tout de votre vie, ironisa Arthur.
- Je suis prêt à tout vous raconter.
- Vous partez ce soir pour Atlanta.
- Hum, je pensais vous emmener avec moi durant le Stone Tour. Il ne reste plus que quelques mois.
- J'ai un emploi.
- Je vous rémunèrerai.
- Je ne veux pas quitter mon boulot.
- Je peux convaincre votre patron de vous donner quelques mois de congés.
- Et comment comptez vous faire ?
- Je cède tous mes droits sur le livre à votre journal à condition qu'ils vous reprennent chez eux à la fin de la tournée.
- Pour quand comptez-vous sortir ce livre ?
Tommy rit doucement.
- Après les élections. Avant serait néfaste à ma santé.
Arthur hocha la tête mais ne répondit pas. Il considérait la chose. Partir pendant plusieurs mois avec tout le staff de la tournée, vivre la vie de Tommy Stone au quotidien, voyager, écrire… découvrir encore plus de choses sur cette star qu'il avait autrefois tant admirée…
- Alors ? s'enquit le chanteur, nerveux.
Arthur releva les yeux vers lui. Malgré le vieillissement prématuré de ses traits à cause de la drogue, on devinait encore sa jeunesse et le visage de ce chanteur androgyne qui avait bouleversé toute une génération.
Arthur sourit.
- Je vous suis.
Fin
(à suivre au prochain one shot…)
no subject
Date: 2008-09-18 01:32 pm (UTC)C'était très bien mené et vraiment intéressant. S'il y a une suite j'ai hâte de la lire.
no subject
Date: 2008-09-22 06:01 am (UTC)J'avoue, c'est une première pour moi aussi, j'angoissais un peu du résultat ! :p