Titre : A gagnant, gagnant et demi
Auteur : Dana (Participant 11)
Pour : Mélandra (Participant 4)
Fandom : Saiunkoku Monogatari
Persos/Couple : Shuuei/Kouyuu
Rating : PG-13
Disclaimer : L’œuvre et les personnages appartiennent à leur auteur, Sai Yukino
Prompt : J'aimerai bien que ça se passe après la petite scène "de beuverie" quand Kouyuu boit avec Ryuki et Seiran, leur expliquant son mal-être de "remplaçant". Bien sûr son ami de toujours l'aiderait et s'ensuivrait divers stades (que tu as si gentiment cité dans ta fiche *_*) : le premier pas/la première fois, l'introspection, le déni à tous les niveau, le refus d'assumer... Dans l'ordre que tu veux, sans être obligé de tout placer !
Notes éventuelles : Je ne suis pas certaine d’avoir correctement répondu au prompt comme tu le souhaitais, mais j’espère que ça te plaira quand même ! Bonne lecture.
C’était la première fois qu’il voyait Kouyuu dans cet état. Kouyuu, sage Kouyuu (et ronchon, et trop sérieux Kouyuu), qui habituellement restait à prudente distance de toutes boissons alcoolisées, venait de s’enfiler au bas mot deux ou trois jarres de ce saké qu’il avait du prélever aux réserves du Palais. Shuuei ne savait pas s’il devait jubiler ou pleurer. Il jubilerait sans vergogne, si son ami n’essayait pas de noyer son désarroi dans l’alcool.
« Il faudra que tu m’expliques un jour, » murmura-t-il, tirant Kouyuu vers lui pour qu’il ne se prenne pas un mur, « pourquoi tu choisis toujours de t’enivrer lorsque le problème concerne Reishin-sama. »
Il se débattit un instant pour le faire avancer dans la bonne direction. Kouyuu était entré dans une sorte de torpeur éthylique, et Shuuei devait faire preuve de doigté pour le garder sur ses pieds.
« Ce n’est pas comme si l’alcool t’aidait réellement… »
Ils passèrent près d’un garde qui fit semblant de ne pas les voir.
« Après tout. Ce n’était pas comme si l’alcool allait te donner les nerfs pour confronter Reishin-sama et enfin vider ton sac, alors je ne vois pas beaucoup l’intérêt, vraiment… »
Kouyuu eut l’air de vouloir dire quelque chose mais ne semblait pas trouver les mots, ce qui était une première. Shuuei se fendit d’un sourire satisfait. Attendez qu’il le lui rappelle demain matin, pendant qu’il serait en train de mourir d’une gueule de bois. Amusé malgré lui, il tapota le dos de Kouyuu dans une veine tentative de réconfort et laissa échapper un petit rire.
« Par contre je connais un autre moyen beaucoup plus agréable et presque sans conséquences pour le jour d’après. Tu sais que je suis toujours le bienvenu chez Kochou-san et je suis sûr qu’une de ses filles… »
« Shuuei. » Kouyuu laissa échapper un sifflement de douleur. « Fais-moi plaisir et boucle la. »
Il avait le tournis et se sentait vaguement malade, comme après être resté trop longtemps dans une barque sur un cours d’eau mouvementé. Et Shuuei n’arrangeait rien. Pire. Shuuei en rajoutait une couche, et ça avait l’air de le délecter. Kouyuu grimaça et se promit de se tourner vers son ami s’il lui prenait l’envie de vomir.
« Je suis sérieux, Kouyuu ! Rien qu’une bonne nuit dans les bras d’une délicieuse créature pour oublier ses soucis, et Reishin-sama. Surtout Reishin-sama. »
« Je te hais, tu sais ? »
Shuuei rit encore et lui attrapa le bras juste avant qu’il ne tourne dans une ruelle obscure. « Tu habites de l’autre côté, je te rappelle. »
Comme s’il ne le savait pas ! Kouyuu se renfrogna et fronça des sourcils, mais ne protesta pas quand Shuuei le poussa dans une autre rue. Il voulait bien reconnaitre que l’alcool affectait peut-être son sens de l’orientation, et dans ce cas il vaudrait mieux qu’il laisse Shuuei le ramener chez lui. Ce n’était pas comme si c’était la première fois, de toute façon, persifla une voix dans son esprit. Il s’empressa de la faire taire.
« Ou peut-être que ce n’est pas avec une des filles de Kochou-san que tu aimerais passer la soirée, » continua Shuuei, revenant à ce qu’il disait comme s’il n’y avait pas eu d’interruption.
Il y avait une note d’insinuation dans sa voix que Kouyuu n’appréciait pas du tout. Il commençait à se dire qu’il aurait mieux fait de boire encore plus pour tomber dans les pommes et ne pas avoir à supporter la présence de cet imbécile, gueule de bois le lendemain ou pas. Il fusilla Shuuei du regard, mais Shuuei était imperméable à ce genre de choses. Pour tout résultat, il sentit l’autre se coller à lui et lui décocher une œillade entendue.
« Parce que, si tu préfères, Kochou-san a aussi deux ou trois jeunes hommes très bien qui se feront un plaisir de… »
« Shuuei. »
Kouyuu avait assez fier de ne pas marmonner et buter sur les mots comme l’homme ivre qu’il était. Ce serait une chose en moins qu’il aurait à se reprocher le lendemain matin. Il commençait à voir double, et c’était étrange. Deux Shuuei dans sa vie ? Oh, que Kami-sama l’en préserve… Il n’était pas sûr que sa santé mentale y survive. Il devait fixer un peu trop longtemps Shuuei, parce que celui-ci fronça des sourcils. Et eut un sourire torve.
« Ou peut-être que tu ne veux personne de chez Kochou-san parce que tu as déjà quelqu’un en vue. »
Kouyuu grogna. Il n’allait pas recommencer ! Shuuei avait cet air suffisant qu’il avait quand il savait que ce qu’il allait dire allait suffisamment énerver Kouyuu pour qu’il prenne des mesures drastiques. Généralement, cela consistait à lui jeter une pile de bouquins à la tête. Ce soir, peut-être qu’un coup de pied bien placé serait de rigueur.
« Après tout, » dit Shuuei. « La première fois que l’on s’est rencontré, tu as débarqué dans ma chambre pendant que je me changeais pour l’examen. »
« Je croyais que c’était ma chambre ! »
« Et la seconde fois, tu m’es tombé dessus dans les bains… »
« Ils ne sont pas privés, et si t’es assez stupide pour oublier de fermer la porte, c’est ton problème ! »
« Tu sais, » murmura Shuuei. « Pendant un long moment, j’ai cru que j’avais un nouveau membre dans mon comité d’admirateurs… »
Kouyuu eut un mouvement de recul. Shuuei était beaucoup trop près à son goût, et il fallait qu’il fasse preuve d’équilibre s’il ne voulait pas trébucher en voulant s’éloigner. Shuuei fit un petit ‘hum’ contemplatif du fond de sa gorge et étrécit ses yeux, comme Kouyuu l’avait vu faire un million de fois quand il essayait de séduire une nouvelle fille au palais. Ah. Comme si ça allait marcher. Il accéléra l’allure. S’il se focalisait sur un point, au loin, il arrivait presque à marcher droit. Le domaine Kou arrivait en vue.
Kouyuu se sentait fatigué et irrité. A mesure qu’ils approchaient, il ne pouvait s’empêcher de se remémorer sa confrontation avec Reishin et les mots qu’ils s’étaient échangés. L’alcool n’avait pas réussi à les effacer de sa mémoire. Il avait envie de vomir.
« Dis quelque chose. »
Il l’ignora. Ils étaient arrivés au niveau du mur qui entourait le domaine. Il n’y avait personne aux portes, et celles-ci étaient fermées. Il était temps de se débarrasser de cet imbécile qui lui servait d’ami. Mais Shuuei, de son côté, n’avait pas l’air d’avoir fini de jouer. Kouyuu se retrouva plaqué au mur, le visage de Shuuei à quelques centimètres du sien.
« Parce que si jamais c’était vraiment le cas, j’espère bien que tu m’en aurais touché un mot, Kouyuu. »
Shuuei avait insisté sur son prénom, accentuant chaque syllabe et l’agrémentant d’un haussement de sourcil suggestif. Kouyuu pouvait voir ses yeux briller d’amusement. Sûrement sa façon de lui remonter le moral. C’était raté.
Kouyuu avait envie de lui faire ravaler son sourire. Dans son état, un coup de pied ou de poing était une mauvaise idée. En temps normal sa coordination motrice n’était déjà pas fameuse, mais alors saoul… Tout ce qu’il y gagnerait, c’était un gros bleu sur son égo quand il se serait vautré par terre. Peut-être qu’il y avait un moyen beaucoup plus simple pour faire perdre à Shuuei son air suffisant. Un lent sourire étira ses lèvres.
« Si c’était le cas, qu’est ce que tu ferais ? » murmura-t-il, essayant de chasser l’irritation qui menaçait de submerger sa voix.
Shuuei haussa un sourcil, cette fois ci de surprise. Ses yeux s’étaient écarquillés, il s’était figé, mais pas pour longtemps. Toujours enjôleur, il se pencha davantage (et Kouyuu ne pensait même pas que c‘était possible sans que leurs visages ne se touchent. Il se retint de froncer des sourcils.)
« Si c’était le cas, alors… » Shuuei avait l’air pensif. Ses doigts jouèrent avec une mèche de cheveux tombée sur la joue de Kouyuu. Kouyuu le laissa faire. « Alors on pourrait peut-être passer un moment en tête à tête, tous les deux. »
Kouyuu faillit éclater de rire. Ne lui dites pas que c’était ce genre de choses qu’il susurrait à ses maîtresses pour les faire entrer dans son lit ! Non, en fait, ce n’était pas si drôle. Mais le fait que Shuuei ait osé la lui sortir prouvait que Shuuei perdait prise et devait se sentir acculé. Et, maintenant qu’il y pensait, Kouyuu ne l’avait jamais vu dans cette position. Shuuei n’était pas comme lui – pas un pauvre orphelin, suffisamment bête pour croire que Reishin-sama voyait quelque chose en lui alors qu’il n’était rien, rien, rien, il était vraiment stupide, et cette pensée réveillait la colère dont il pensait s’être débarrassé quelques heures plus tôt.
Quelque part, il savait qu’il avait déjà franchi une limite. Si Reishin-sama le surprenait dans cet état – complètement saoul, abject, indigne d’être son fils adoptif, - il se ferait sûrement jeter dehors. L’alcool émoussait ses sens et son jugement. A ce moment précis, se faire jeter dehors était le cadet de ses soucis. Il se sentait déjà jeté, bafoué, et si Reishin-sama refusait de le reconnaître, alors… Autant lui donner raison. S’il devait voir une étincelle de déception dans les yeux de son tuteur, autant que ce soit pour quelque chose qu’il ait actuellement fait. Plutôt ça que de ne pas être à la hauteur.
Tout de suite, faire l’amour avec Shuuei sous la fenêtre de Reishin-sama semblait être une merveilleuse idée. Ce serait faire d’une pierre deux coups. Soit Shuuei perdait la face et rentrait chez lui la queue entre les jambes, et il avait gagné… Soit Reishin-sama aurait une surprise demain matin quand le garde assigné à la ronde lui tendrait son rapport… et il aurait gagné. Il se retint de ricaner devant la perfection de son plan.
« Va pour le tête à tête, » lança-t-il à Shuuei.
Shuuei le jaugeait du regard. Kouyuu le lui rendit sans ciller. Shuuei allait peut-être deviner son plan et refuser d’en faire partie. Il ne voulait pas. Sans réfléchir, il glissa ses doigts dans les cheveux du brun et colla son front au sien. Et lui dédia un sourire moqueur. Shuuei allait se défiler.
Shuuei dut lire dans ses pensées, parce qu’avant qu’il ne puisse bouger, les lèvres de Shuuei effleuraient les siennes dans un bref baiser. Le dos de Shuuei était rigide. Ils restèrent figés dans leur position initiale, Kouyuu appuyé contre le mur et Shuuei pressé contre lui. La respiration de Kouyuu était trop rapide.
« Tu peux changer d’avis, » lui dit Shuuei.
Kouyuu pouvait voir une étincelle de doute briller dans ses yeux, et cela le réjouit. Shuuei n’était pas imperméable à l’incertitude, finalement. Ca lui mit du baume au cœur. Il n’était pas le seul.
« Pourquoi, envie de se défiler ? »
Shuuei ne répondit pas. Kouyuu se sentait audacieux. Il passa un bras autour de son cou – crispé, comme tout le reste de sa personne, – et l’attira un peu plus contre lui. Son sang bouillait dans ses veines. En contraste, Shuuei semblait froid. Qu’importe. Il espérait que Reishin-sama allait se réveiller et décider d’aller faire une petite promenade vers l’entrée de son domaine.
« On va voir qui sera le premier à se défiler, » siffla Shuuei, mais avant qu’il ne puisse réagir Kouyuu l’embrassa, réellement cette fois-ci, pressant durement sa bouche contre la sienne dans un angle qui lui donnerait sûrement un torticolis s’il maintenait la position trop longtemps.
C’était brutal et désordonné, c’était son premier baiser, il était ivre, et c’était juste parfait. Les mains de Shuuei étaient partout sur lui, et les siennes semblaient douées d’une vie propre. Il étouffa un grognement quand Shuuei défit suffisamment sa tunique pour le mordre à l’épaule et l’embrasser dans le cou, et il manqua de crier quand les doigts de Shuuei firent mine de défaire la ceinture de son pantalon.
Shuuei l’embrassa encore, et puis soudain il recula. Il avait l’air hagard. Paniqué. Le souffle court. Une mèche s’échappait de sa coiffe et le devant de son kimono était à moitié défait.
« Kouyuu… »
Kouyuu tituba. Il resta appuyé au mur. Et s’essuya discrètement la bouche du revers de la main. Hm. Il ne voulait pas savoir dans quel état il se trouvait. Une dizaine d’expressions passèrent sur le visage de Shuuei, et il n’eut pas la force d’essayer de les interpréter. Shuuei lui disait quelque chose.
« … l’alcool… je n’aurais jamais dû… désolé… pas d’excuse, je… »
Si Shuuei était d’accord pour tout mettre sur le dos de l’alcool, Kouyuu n’allait pas dire le contraire. Il se rhabilla et resserra sa ceinture, heureux que sa tunique soit suffisamment longue pour cacher l’érection qui formait une bosse dans son pantalon. Il se sentait horrible.
« Kouyuu… Ca va ? »
Shuuei était visiblement inquiet. C’était un comble, que ce soit lui qui s’excuse alors que c’était Kouyuu qui avait tenté de se servir de lui. C’était son meilleur ami. Bon sang.
« On oublie ce qu’il s’est passé ce soir, d’accord ? » proposa-t-il, le visage neutre.
Ce ne serait pas la première fois. Tout mettre dans une boîte, la sceller et l’enterrer quelque part, loin de tout. S’il en était capable, ce serait ce qu’il ferait pour ses sentiments envers Reishin-sama. Shuuei eut l’air blessé. Il fit semblant de ne rien voir.
« Il vaut mieux, » dit finalement Shuuei.
Kouyuu avait cette stupide envie de se coller contre lui et de lui demander de refaire cette chose avec sa langue dans son cou, et il la réprima. Fort. Il pensa à cette grande boîte qu’il allait sceller et enterrer au fond de son jardin.
Shuuei lui dit bonne nuit, et il était parti. Kouyuu ouvrit la porte du domaine et se glissa à l’intérieur. Le garde en poste était endormi sur les marches, un filet de bave au coin des lèvres. Personne ne saurait jamais qu’il était saoul et qu’il mourrait d’envie de faire l’amour à Shuuei sous le nez de Reishin-sama, et quelque part, cela le soulagea un peu. Il ne se ferait peut-être pas jeter dehors, après tout.
Et puis. Lui au moins avait l’excuse d’être sous l’emprise de l’alcool, mais Shuuei n’en avait pas… Il étouffa le rire qui menaçait de franchir ses lèvres. Il avait peut-être effectivement gagné, cette nuit là.
Auteur : Dana (Participant 11)
Pour : Mélandra (Participant 4)
Fandom : Saiunkoku Monogatari
Persos/Couple : Shuuei/Kouyuu
Rating : PG-13
Disclaimer : L’œuvre et les personnages appartiennent à leur auteur, Sai Yukino
Prompt : J'aimerai bien que ça se passe après la petite scène "de beuverie" quand Kouyuu boit avec Ryuki et Seiran, leur expliquant son mal-être de "remplaçant". Bien sûr son ami de toujours l'aiderait et s'ensuivrait divers stades (que tu as si gentiment cité dans ta fiche *_*) : le premier pas/la première fois, l'introspection, le déni à tous les niveau, le refus d'assumer... Dans l'ordre que tu veux, sans être obligé de tout placer !
Notes éventuelles : Je ne suis pas certaine d’avoir correctement répondu au prompt comme tu le souhaitais, mais j’espère que ça te plaira quand même ! Bonne lecture.
C’était la première fois qu’il voyait Kouyuu dans cet état. Kouyuu, sage Kouyuu (et ronchon, et trop sérieux Kouyuu), qui habituellement restait à prudente distance de toutes boissons alcoolisées, venait de s’enfiler au bas mot deux ou trois jarres de ce saké qu’il avait du prélever aux réserves du Palais. Shuuei ne savait pas s’il devait jubiler ou pleurer. Il jubilerait sans vergogne, si son ami n’essayait pas de noyer son désarroi dans l’alcool.
« Il faudra que tu m’expliques un jour, » murmura-t-il, tirant Kouyuu vers lui pour qu’il ne se prenne pas un mur, « pourquoi tu choisis toujours de t’enivrer lorsque le problème concerne Reishin-sama. »
Il se débattit un instant pour le faire avancer dans la bonne direction. Kouyuu était entré dans une sorte de torpeur éthylique, et Shuuei devait faire preuve de doigté pour le garder sur ses pieds.
« Ce n’est pas comme si l’alcool t’aidait réellement… »
Ils passèrent près d’un garde qui fit semblant de ne pas les voir.
« Après tout. Ce n’était pas comme si l’alcool allait te donner les nerfs pour confronter Reishin-sama et enfin vider ton sac, alors je ne vois pas beaucoup l’intérêt, vraiment… »
Kouyuu eut l’air de vouloir dire quelque chose mais ne semblait pas trouver les mots, ce qui était une première. Shuuei se fendit d’un sourire satisfait. Attendez qu’il le lui rappelle demain matin, pendant qu’il serait en train de mourir d’une gueule de bois. Amusé malgré lui, il tapota le dos de Kouyuu dans une veine tentative de réconfort et laissa échapper un petit rire.
« Par contre je connais un autre moyen beaucoup plus agréable et presque sans conséquences pour le jour d’après. Tu sais que je suis toujours le bienvenu chez Kochou-san et je suis sûr qu’une de ses filles… »
« Shuuei. » Kouyuu laissa échapper un sifflement de douleur. « Fais-moi plaisir et boucle la. »
Il avait le tournis et se sentait vaguement malade, comme après être resté trop longtemps dans une barque sur un cours d’eau mouvementé. Et Shuuei n’arrangeait rien. Pire. Shuuei en rajoutait une couche, et ça avait l’air de le délecter. Kouyuu grimaça et se promit de se tourner vers son ami s’il lui prenait l’envie de vomir.
« Je suis sérieux, Kouyuu ! Rien qu’une bonne nuit dans les bras d’une délicieuse créature pour oublier ses soucis, et Reishin-sama. Surtout Reishin-sama. »
« Je te hais, tu sais ? »
Shuuei rit encore et lui attrapa le bras juste avant qu’il ne tourne dans une ruelle obscure. « Tu habites de l’autre côté, je te rappelle. »
Comme s’il ne le savait pas ! Kouyuu se renfrogna et fronça des sourcils, mais ne protesta pas quand Shuuei le poussa dans une autre rue. Il voulait bien reconnaitre que l’alcool affectait peut-être son sens de l’orientation, et dans ce cas il vaudrait mieux qu’il laisse Shuuei le ramener chez lui. Ce n’était pas comme si c’était la première fois, de toute façon, persifla une voix dans son esprit. Il s’empressa de la faire taire.
« Ou peut-être que ce n’est pas avec une des filles de Kochou-san que tu aimerais passer la soirée, » continua Shuuei, revenant à ce qu’il disait comme s’il n’y avait pas eu d’interruption.
Il y avait une note d’insinuation dans sa voix que Kouyuu n’appréciait pas du tout. Il commençait à se dire qu’il aurait mieux fait de boire encore plus pour tomber dans les pommes et ne pas avoir à supporter la présence de cet imbécile, gueule de bois le lendemain ou pas. Il fusilla Shuuei du regard, mais Shuuei était imperméable à ce genre de choses. Pour tout résultat, il sentit l’autre se coller à lui et lui décocher une œillade entendue.
« Parce que, si tu préfères, Kochou-san a aussi deux ou trois jeunes hommes très bien qui se feront un plaisir de… »
« Shuuei. »
Kouyuu avait assez fier de ne pas marmonner et buter sur les mots comme l’homme ivre qu’il était. Ce serait une chose en moins qu’il aurait à se reprocher le lendemain matin. Il commençait à voir double, et c’était étrange. Deux Shuuei dans sa vie ? Oh, que Kami-sama l’en préserve… Il n’était pas sûr que sa santé mentale y survive. Il devait fixer un peu trop longtemps Shuuei, parce que celui-ci fronça des sourcils. Et eut un sourire torve.
« Ou peut-être que tu ne veux personne de chez Kochou-san parce que tu as déjà quelqu’un en vue. »
Kouyuu grogna. Il n’allait pas recommencer ! Shuuei avait cet air suffisant qu’il avait quand il savait que ce qu’il allait dire allait suffisamment énerver Kouyuu pour qu’il prenne des mesures drastiques. Généralement, cela consistait à lui jeter une pile de bouquins à la tête. Ce soir, peut-être qu’un coup de pied bien placé serait de rigueur.
« Après tout, » dit Shuuei. « La première fois que l’on s’est rencontré, tu as débarqué dans ma chambre pendant que je me changeais pour l’examen. »
« Je croyais que c’était ma chambre ! »
« Et la seconde fois, tu m’es tombé dessus dans les bains… »
« Ils ne sont pas privés, et si t’es assez stupide pour oublier de fermer la porte, c’est ton problème ! »
« Tu sais, » murmura Shuuei. « Pendant un long moment, j’ai cru que j’avais un nouveau membre dans mon comité d’admirateurs… »
Kouyuu eut un mouvement de recul. Shuuei était beaucoup trop près à son goût, et il fallait qu’il fasse preuve d’équilibre s’il ne voulait pas trébucher en voulant s’éloigner. Shuuei fit un petit ‘hum’ contemplatif du fond de sa gorge et étrécit ses yeux, comme Kouyuu l’avait vu faire un million de fois quand il essayait de séduire une nouvelle fille au palais. Ah. Comme si ça allait marcher. Il accéléra l’allure. S’il se focalisait sur un point, au loin, il arrivait presque à marcher droit. Le domaine Kou arrivait en vue.
Kouyuu se sentait fatigué et irrité. A mesure qu’ils approchaient, il ne pouvait s’empêcher de se remémorer sa confrontation avec Reishin et les mots qu’ils s’étaient échangés. L’alcool n’avait pas réussi à les effacer de sa mémoire. Il avait envie de vomir.
« Dis quelque chose. »
Il l’ignora. Ils étaient arrivés au niveau du mur qui entourait le domaine. Il n’y avait personne aux portes, et celles-ci étaient fermées. Il était temps de se débarrasser de cet imbécile qui lui servait d’ami. Mais Shuuei, de son côté, n’avait pas l’air d’avoir fini de jouer. Kouyuu se retrouva plaqué au mur, le visage de Shuuei à quelques centimètres du sien.
« Parce que si jamais c’était vraiment le cas, j’espère bien que tu m’en aurais touché un mot, Kouyuu. »
Shuuei avait insisté sur son prénom, accentuant chaque syllabe et l’agrémentant d’un haussement de sourcil suggestif. Kouyuu pouvait voir ses yeux briller d’amusement. Sûrement sa façon de lui remonter le moral. C’était raté.
Kouyuu avait envie de lui faire ravaler son sourire. Dans son état, un coup de pied ou de poing était une mauvaise idée. En temps normal sa coordination motrice n’était déjà pas fameuse, mais alors saoul… Tout ce qu’il y gagnerait, c’était un gros bleu sur son égo quand il se serait vautré par terre. Peut-être qu’il y avait un moyen beaucoup plus simple pour faire perdre à Shuuei son air suffisant. Un lent sourire étira ses lèvres.
« Si c’était le cas, qu’est ce que tu ferais ? » murmura-t-il, essayant de chasser l’irritation qui menaçait de submerger sa voix.
Shuuei haussa un sourcil, cette fois ci de surprise. Ses yeux s’étaient écarquillés, il s’était figé, mais pas pour longtemps. Toujours enjôleur, il se pencha davantage (et Kouyuu ne pensait même pas que c‘était possible sans que leurs visages ne se touchent. Il se retint de froncer des sourcils.)
« Si c’était le cas, alors… » Shuuei avait l’air pensif. Ses doigts jouèrent avec une mèche de cheveux tombée sur la joue de Kouyuu. Kouyuu le laissa faire. « Alors on pourrait peut-être passer un moment en tête à tête, tous les deux. »
Kouyuu faillit éclater de rire. Ne lui dites pas que c’était ce genre de choses qu’il susurrait à ses maîtresses pour les faire entrer dans son lit ! Non, en fait, ce n’était pas si drôle. Mais le fait que Shuuei ait osé la lui sortir prouvait que Shuuei perdait prise et devait se sentir acculé. Et, maintenant qu’il y pensait, Kouyuu ne l’avait jamais vu dans cette position. Shuuei n’était pas comme lui – pas un pauvre orphelin, suffisamment bête pour croire que Reishin-sama voyait quelque chose en lui alors qu’il n’était rien, rien, rien, il était vraiment stupide, et cette pensée réveillait la colère dont il pensait s’être débarrassé quelques heures plus tôt.
Quelque part, il savait qu’il avait déjà franchi une limite. Si Reishin-sama le surprenait dans cet état – complètement saoul, abject, indigne d’être son fils adoptif, - il se ferait sûrement jeter dehors. L’alcool émoussait ses sens et son jugement. A ce moment précis, se faire jeter dehors était le cadet de ses soucis. Il se sentait déjà jeté, bafoué, et si Reishin-sama refusait de le reconnaître, alors… Autant lui donner raison. S’il devait voir une étincelle de déception dans les yeux de son tuteur, autant que ce soit pour quelque chose qu’il ait actuellement fait. Plutôt ça que de ne pas être à la hauteur.
Tout de suite, faire l’amour avec Shuuei sous la fenêtre de Reishin-sama semblait être une merveilleuse idée. Ce serait faire d’une pierre deux coups. Soit Shuuei perdait la face et rentrait chez lui la queue entre les jambes, et il avait gagné… Soit Reishin-sama aurait une surprise demain matin quand le garde assigné à la ronde lui tendrait son rapport… et il aurait gagné. Il se retint de ricaner devant la perfection de son plan.
« Va pour le tête à tête, » lança-t-il à Shuuei.
Shuuei le jaugeait du regard. Kouyuu le lui rendit sans ciller. Shuuei allait peut-être deviner son plan et refuser d’en faire partie. Il ne voulait pas. Sans réfléchir, il glissa ses doigts dans les cheveux du brun et colla son front au sien. Et lui dédia un sourire moqueur. Shuuei allait se défiler.
Shuuei dut lire dans ses pensées, parce qu’avant qu’il ne puisse bouger, les lèvres de Shuuei effleuraient les siennes dans un bref baiser. Le dos de Shuuei était rigide. Ils restèrent figés dans leur position initiale, Kouyuu appuyé contre le mur et Shuuei pressé contre lui. La respiration de Kouyuu était trop rapide.
« Tu peux changer d’avis, » lui dit Shuuei.
Kouyuu pouvait voir une étincelle de doute briller dans ses yeux, et cela le réjouit. Shuuei n’était pas imperméable à l’incertitude, finalement. Ca lui mit du baume au cœur. Il n’était pas le seul.
« Pourquoi, envie de se défiler ? »
Shuuei ne répondit pas. Kouyuu se sentait audacieux. Il passa un bras autour de son cou – crispé, comme tout le reste de sa personne, – et l’attira un peu plus contre lui. Son sang bouillait dans ses veines. En contraste, Shuuei semblait froid. Qu’importe. Il espérait que Reishin-sama allait se réveiller et décider d’aller faire une petite promenade vers l’entrée de son domaine.
« On va voir qui sera le premier à se défiler, » siffla Shuuei, mais avant qu’il ne puisse réagir Kouyuu l’embrassa, réellement cette fois-ci, pressant durement sa bouche contre la sienne dans un angle qui lui donnerait sûrement un torticolis s’il maintenait la position trop longtemps.
C’était brutal et désordonné, c’était son premier baiser, il était ivre, et c’était juste parfait. Les mains de Shuuei étaient partout sur lui, et les siennes semblaient douées d’une vie propre. Il étouffa un grognement quand Shuuei défit suffisamment sa tunique pour le mordre à l’épaule et l’embrasser dans le cou, et il manqua de crier quand les doigts de Shuuei firent mine de défaire la ceinture de son pantalon.
Shuuei l’embrassa encore, et puis soudain il recula. Il avait l’air hagard. Paniqué. Le souffle court. Une mèche s’échappait de sa coiffe et le devant de son kimono était à moitié défait.
« Kouyuu… »
Kouyuu tituba. Il resta appuyé au mur. Et s’essuya discrètement la bouche du revers de la main. Hm. Il ne voulait pas savoir dans quel état il se trouvait. Une dizaine d’expressions passèrent sur le visage de Shuuei, et il n’eut pas la force d’essayer de les interpréter. Shuuei lui disait quelque chose.
« … l’alcool… je n’aurais jamais dû… désolé… pas d’excuse, je… »
Si Shuuei était d’accord pour tout mettre sur le dos de l’alcool, Kouyuu n’allait pas dire le contraire. Il se rhabilla et resserra sa ceinture, heureux que sa tunique soit suffisamment longue pour cacher l’érection qui formait une bosse dans son pantalon. Il se sentait horrible.
« Kouyuu… Ca va ? »
Shuuei était visiblement inquiet. C’était un comble, que ce soit lui qui s’excuse alors que c’était Kouyuu qui avait tenté de se servir de lui. C’était son meilleur ami. Bon sang.
« On oublie ce qu’il s’est passé ce soir, d’accord ? » proposa-t-il, le visage neutre.
Ce ne serait pas la première fois. Tout mettre dans une boîte, la sceller et l’enterrer quelque part, loin de tout. S’il en était capable, ce serait ce qu’il ferait pour ses sentiments envers Reishin-sama. Shuuei eut l’air blessé. Il fit semblant de ne rien voir.
« Il vaut mieux, » dit finalement Shuuei.
Kouyuu avait cette stupide envie de se coller contre lui et de lui demander de refaire cette chose avec sa langue dans son cou, et il la réprima. Fort. Il pensa à cette grande boîte qu’il allait sceller et enterrer au fond de son jardin.
Shuuei lui dit bonne nuit, et il était parti. Kouyuu ouvrit la porte du domaine et se glissa à l’intérieur. Le garde en poste était endormi sur les marches, un filet de bave au coin des lèvres. Personne ne saurait jamais qu’il était saoul et qu’il mourrait d’envie de faire l’amour à Shuuei sous le nez de Reishin-sama, et quelque part, cela le soulagea un peu. Il ne se ferait peut-être pas jeter dehors, après tout.
Et puis. Lui au moins avait l’excuse d’être sous l’emprise de l’alcool, mais Shuuei n’en avait pas… Il étouffa le rire qui menaçait de franchir ses lèvres. Il avait peut-être effectivement gagné, cette nuit là.
no subject
Date: 2008-09-28 08:58 am (UTC)Kouyuu, c'est pas bien de boire, tu fais fuir Shuuei qui assume pas ses promesses XD
Puis j'adore comment Kouyuu se donne la belle part dans l'histoire. Il gagne par forfait :p
Mélandra
no subject
Date: 2008-10-01 06:57 pm (UTC)~Dana