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Titre : A dessein
Auteur : Aislin (Extérieur, ex-participant 22)
Pour : JMT (Participant 33)
Fandom : Contes - Peau-d'Âne
Personnages : Le roi, la marraine la fée
Rating : G
Disclaimer : Rien n’est à moi. Les personnages sont de Perrault, et je me suis basée sur le film de Jacques Demy tiré de ce conte.
Prompt : J'ai toujours trouvé ambiguë l'attitude de la fée marraine qui, finalement, pose plus de problèmes qu'elle n'en résout. Soit c'est un vrai boulet, soit c'est une sacrée manipulatrice (mais quel est son objectif ? Se venger du roi ou un truc dans le genre ?). En tout cas j'aimerais bien quelque chose de son point de vue après le départ de Peau d'Âne, et les conséquences de ce départ à la cour. La fée peut soit essayer de réparer ses bêtises, soit mettre un point d'orgue à son plan... ou autre, libre à toi ;)
Notes : Je ne sais pas si cette petite histoire pourra t’apporter quelques lumières sur le comportement de la fée. Mais j’avoue m’être bien amusée à manœuvrer ce genre de personnage. En espérant que cette histoire te plaise. Et petite précision, je me suis basée surtout sur le film de Jacques Demy (avec Jean Marais dans le rôle du roi, tout de même !), avec la fin que l’on connaît entre le roi et la fée. Je ne suis absolument pas sûre que ce soit cité dans le conte de Perrault.


Si Peau d’Ane avait seulement jeté un regard en arrière, elle aurait peut-être pu apercevoir l’infime silhouette brillant à l’orée de la forêt. Mais la princesse fourbue et envoûtée par ce carrosse qui l’emportait au loin, ne prit garde à rien et remisa tout souvenir se rapportant à son pays natal dans un recoin de sa mémoire. Une page de sa vie était tournée. Elle s’en irait dorénavant par monts et par vaux, fuyant son destin et souhaitant un avenir meilleur.
Observant de loin la voiture tracer son chemin parmi la végétation éparse du pays, sa marraine la fée détourna son regard vers les hautes tourelles du château. Elle esquissa un sourire en s’imaginant des plus nettement la réaction du roi : désespoir, chagrin et colère. Voilà qui avait de quoi donner le sourire. Et que de plus effrayant ou magnifique que le sourire d’une fée ? Car l’enchanteresse connaissait tout de son plan parfait, elle en voyait les rouages tourner et s’imbriquer lentement, grandement aidés par l’effet de ses paroles inspirées sur la princesse.

D’un geste gracieux, elle remit en place un voile étincelant, malmené par le vent.

Après tout, une fée se devait d’un peu de malice lorsque la déraison s’empare de l’esprit d’un roi.

Le bout de sa baguette vint toucher pensivement la paume de sa main.
Il était temps d’arranger tout cela. Il n’était pas dit qu’elle vivante, un père épouserait sa fille. Il n’y avait là rien d’acceptable. Et l’idée qu’elle avait eu pour punir ce roi impudent lui paraissait infiniment séduisante.

Trêve de pensées. Elle s’en retourna s’isoler dans son domaine. Il fallait laisser le temps faire son ouvrage. Dans les jours à venir, il ne ferait pas bon côtoyer le roi. Certes non ! Et la fée ne put retenir un sourire d’aise.

Cependant il n’était pas dit qu’elle se retiendrait d’observer le spectacle tout à loisir, derrière son miroir magique, bien dissimulée dans les tréfonds de son domaine sylvestre.

Ce qu’elle vit la ravit. Ces humains se montraient d’un tel divertissement.
Cela avait commencé par la servante, trouvant la couche de sa maîtresse désespérément vide.

Faisant tomber les habits d’apparat tout droit tirés des mains de la blanchisseuse, la bonne rajuste nerveusement son tablier. Quelques secondes à errer à travers la chambre et elle finit par se laisser emporter par la panique, courant de pièce en pièce, avec juste ce qu’il faut de tenue comme il sied dans un château. Mais il suffit d’un couloir sombre bien à l’abri des regards pour qu’elle galope, prenant à deux bras ses encombrants jupons.

- Madame, Madame !

Là voilà qui se laisse aller à pleins poumons, à peine la gouvernante dans son champ de mire.

- Dieu du ciel, mon enfant ! En voilà un tapage. J’ose espérer qu’il y ait de quoi.

La bonne lui conte l’affaire, l’attitude guindée de la gouvernante s’évanouit, elle blêmit et arrange nerveusement ses manches en dentelle.
En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, elle se charge d’envoyer des gens quérir à travers le château et les jardins alentours la princesse égarée.
Et l’on prévient les nobles de la cour, les ministres sortis trop tôt de leur lit et les conseillers encore étourdis par le festin trop arrosé de la veille. Quelle affaire ! Ces messieurs tremblent et s’épongent le front de beaux mouchoirs brodés, tandis que les aiguilles dorées de la grande horloge continuent inlassablement leur course.
C’est que l’on a tout perdu : la princesse, la fiancée et future reine du pays tout à la fois. Un joli désordre qui finira mal, sitôt que le roi aura appris la nouvelle. Car plus les recherches se poursuivent, et davantage l’espoir s’amenuise. Bientôt on envoie des cavaliers dignes de foi à travers toute la contrée. Mais il semblerait que la princesse se soit évaporée comme par enchantement. Une punition divine n’aurait pas fait mieux. Et ils attendent tous la réaction de leur suzerain.
Prosternés et craintifs, ils se recroquevillent plus qu’il ne le faut sur le parquet de marbre et les tapis dispendieux.

- Vous dîtes ?!
Cela sonne comme le tonnerre, annonçant tempête et désastre.
Le courageux conseiller ayant proféré la nouvelle, recule d’un bon pas.
- Mon enfant disparu en une nuit ?! tonne à nouveau le roi. C’est une folie ! Et qu’attendez-vous pour la faire chercher ?
- Votre Majesté, c’est que nous avons déjà parcouru l’ensemble de vos terres… reprend le conseiller, courbant le front sous l’ire royale.
- Et alors ? somme le souverain avec une impatience fébrile.
- Rien, Votre Majesté.

- Incapables ! Vous n’aurez de repos tant qu’on ne m’aura rendu ma chère et tendre fille. Sortez d’ici !

La sentence tombe lourdement dans la salle du trône. Révérencieusement, les vassaux s’exécutent.

Le roi se retire dans ses appartements, amer et furieux. Si son propre sang se révolte, se dérobe à son amour… Les tourments de la frustration l’emportent dans une colère qui aurait pu durer des mois. Il ne veut plus entendre parler des affaires du royaume, des rencontres officielles avec ses voisins, de ses magnifiques étalons à qui il vouait un amour patient, et qu’on vienne encore moins lui conseiller de choisir une autre épouse. Un noble de la cour s’est déjà retrouvé exilé dans un petit port de province pour moins que ça, et il se pourrait bien que le suivant se retrouve plutôt au fond d’une cale empuantie que dans une vieille maison fleurant les embruns.

Voilà le moment opportun pour intervenir ! La fée se réjouit d’enfin cesser les contemplations en tout genre. La chose gagne en amusement lorsque l’on se mêle des histoires des humains. Elle avouerait aussi de bonne grâce n’en être pas à sa première fois, loin de là, même en ce qui concerne ce roi-ci. Peut-être prend-elle goût à jouer avec ce personnage qui se croit d’importance.

Elle choisit attentivement le moment pour son entrée dans l’histoire : une apparition discrète dans le petit salon où le roi passe ses journées, rageur, recevant tantôt des visiteurs, tantôt ses conseillers qu’il prend un mauvais plaisir à malmener, ou faisant les cent pas, comblant son temps d’inutilité.

La fée se tient là sur les tapis précieux, bien droite et silencieuse, observant amusée. La mine soucieuse, le roi lit des parchemins envoyés des quatre coins du royaume. L’un d’eux, après un grognement, est roulé en boule et envoyé de l’autre côté de la pièce.
Le rire de l’enchanteresse suspend le temps et surprend le souverain.
- Hé bien, au point où j’en suis, il ne me manquait plus que vous, persifle-t-il avec mauvaise humeur.

- Moi qui pensais que ces querelles appartenaient à un lointain passé, s’amuse la fée. Vous savez fort bien que mon seul dessein est de vous être profitable.

Le roi balaie ces ironies et mesquineries d’un revers de la main.
- On ne sait jamais à quoi s’en tenir avec les gens de votre espèce. Qui sait si ce n’est pas vous qui avez tourné la tête à ma chère fille ?
La fée esquisse une fausse grimace.

- Ma foi, je n’ai même pas droit à un salut de votre part et voilà les accusations sans fondement qui pointent le bout de leur nez ! Et moi qui ne venais qu’avec de nobles intentions.
- Si elles s’avèrent aussi nobles que la dernière fois.
Pour la bonne exécution du plan, les anciens griefs doivent être définitivement écartés. Après cela, il sera si aisé de gagner la confiance du suzerain.

La fée fait mine d’être outrée.

- Vous ne connaissez rien à mes raisons.

- Je ne demande qu’à comprendre.

- Cela dépasse votre entendement.

Devant une telle obstination, le roi se rembrunit. S’il n’aime pas l’attitude de l’enchanteresse, il y a là d’autres causes que des évènements passés et oubliés par beaucoup. Peut-être n’apprécie-t-il pas la condescendance qu’a à son égard la fée.
- Diantre, je suis le roi après tout ! gronde-t-il.
Les pommettes de la fée s’empourprent face à une telle attitude.
- Et dois-je vous rappeler qui je suis et vous démontrer mes capacités ? fait-elle d’une voix qui emplit désagréablement la pièce. J’ose espérer que non. Roi, roi, roi, c’est bien beau tout ça, mais que faîtes-vous réellement ces temps-ci ? Vous préoccupez-vous de vos sujets, de vos loyaux vassaux, de votre cour ou de toute cette troupe de miséreux qui n’attendent qu’un mot de leur suzerain ? Un mot, dis-je, un sourire, une pensée… Ah, si seulement, ce pauvre peuple pouvait disposer d’un monarque plus reconnaissant qui songerait à s’acquitter de son rôle, prendre un épouse, avoir des héritiers, calmer les querelles voisines…

Le roi s’enfonce dans son fauteuil. L’ire d’une dame est déjà chose terrible, si par une force obscure, la dame recèle quelque magie, la dispute peut fort mal tourner. Ce n’est pas tout, la culpabilité s’immisce doucement, repoussant l’amertume, la quête d’un bonheur égoïste.

- Vous allez cesser vos caprices ! En cela, vous vous rendez aveugle à certaines choses, et vous vexez des personnes fort utiles.
Là, le monarque n’y comprend plus goutte. Et si sa colère s’est estompée, la rancœur n’a pas pour autant disparu. Après tout, il est fort aisé pour cette fée de sortir de son ermitage pour venir jouer les donneuses de leçons.

- Ce royaume réclame une reine digne de ce nom, est-ce ma faute si je me donne tant de peine pour lui en procurer une ?… se défend-il, bravant le regard limpide de l’enchanteresse.

- Mensonge.
Le mot frappe durement, atteint sa cible, et le monarque s’effondre dans son fauteuil de pourpre et d’or.

- N’allez pas me conter que la beauté d’une reine a pour but de contenter vos sujets, plus que votre cœur ou que votre corps ?
La magicienne se délecte de ces mots. Il y a là une cruauté délicieuse à voir ce roi, maître de milliers de personnes, se taire et écouter chacune de ses remontrances. Devant ses pieds, le voilà réduit à être un simple enfant attendant une punition digne de ses bêtises.
- Enfin, ce sont des faiblesses que je peux aisément comprendre venant d’un être mortel, continue-t-elle lascive.
Le moment est choisi pour atteindre son but.
Elle s’approche à pas mesurés du monarque affalé sur son trône. Lentement, sous le regard noir effaré, elle se penche, pose sa main alanguie sur la poitrine garnie de soie et de brocart.
- Vous aviez une personne digne de vous, même trop digne de vous à vos côtés, et vous l’avez ignorée, murmure-t-elle à son oreille. Savez-vous ce qu’il en coûte de vexer une fée ?
Comprenant le poids de ces mots, le roi n’ose bouger, troublé par la trop grande proximité de ce corps fin, mal caché par quelques voiles opalescents, et ces murmures chargés de menaces et de promesses.
- Je ne pensais pas…

- Alors vous savez ce qu’il vous reste à faire, intime doucement la fée.
Il approche ses lèvres, espérant un baiser, mais l’enchanteresse se recule, fixant de ses yeux clairs et attendant la réponse qu’elle désire.
Le roi comprend. Subjugué, il s’agenouille, s’empare d’une blanche main.
- Je désire que vous soyez ma reine…

La gêne l’étrangle, avant qu’il n’ose continuer d’une voix plus basse.
- … et que vous soyez ma femme.

La fée se relève, écrasant le monarque sous les siècles de malice et d’aventures qu’elle a pu vivre. Une fois de plus, elle a obtenu ce qu’elle voulait.

Seulement sa main emprisonnée entre celles du roi, elle finit par penser qu’elle avait pu elle-même se prendre à son propre piège. Il était pourtant doux de sentir la chaleur de cette peau contre la sienne.

Date: 2008-10-13 05:09 pm (UTC)
From: [identity profile] lady-northway.livejournal.com
<3
Quelle adoraaaable fin... Non, vraiment. C'est machiavélique.
Et c'est délicieux, quand c'est machiavélique :D
La fin est... j'adore.

Date: 2008-10-13 09:00 pm (UTC)
From: (Anonymous)
Me voilà fort ravie que cette fin t'ait plu. Les personnages machiavéliques, c'est terrible ! J'adore et je suis contente d'avoir pu partager ça.

Merci !

Date: 2008-10-13 05:23 pm (UTC)
From: [identity profile] flo-nelja.livejournal.com

Déjà, il faut dire que j'avais beaucoup aimé le fait que, dans ce film, la fée et le père finissent ensemble. A la fois parce que j'aime quand tout le monde est heureux et que j'aime quand les adjuvants finissent mariés aussi.
Et là, en plus, tu en fais une fourbe manipulatrice, et comme j'aime les fourbes manipulatrices, je suis comblée. Et niveau manque de principes, ils vont bien ensemble.
Je me demande quand même à quoi a ressemblé leur interaction passée, et en particulier si c'est avec l'aide de la fée que le roi a épousé sa première reine... ça devait être un beau sac de noeuds, cette histoire ! :-)

Date: 2008-10-13 09:03 pm (UTC)
From: (Anonymous)
Quand j'ai lu ce prompt, je l'ai retenu de suite, justement parce que la fin du film m'avait beaucoup marqué. Je me demandais bien comment ils avaient pu finir ensemble, les fées sont fourbes et celle-là a drôlement bien réussi son affaire.

Et voilà, on est deux à aimer les fourbes manipulatrices ^^. Et effectivement, j'avais en tête des choses plus compliquées entre le roi et la fée. Comme quoi ce ne serait pas la première fois que cette vilaine mettrait le nez dans les histoires de coeur de ce pauvre roi. Enfin, tout finit bien, c'est l'important.

Merci !

Date: 2008-10-14 05:43 pm (UTC)
From: [identity profile] berylia.livejournal.com
C'est machiavélique une fée !

Date: 2008-10-16 08:48 am (UTC)
From: (Anonymous)
Et oui ! On n'imagine pas comme ça.

Merci !

Date: 2008-10-15 03:22 pm (UTC)
From: [identity profile] lai-choi-san.livejournal.com
(avec Jean Marais dans le rôle du roi, tout de même !) Eh oui, tout de même ! Je n'ai pas cessé de l'imaginer tout le long de cette fic, la voix, la prestance... La bonne idée de se baser sur le film de Jacques Demy ! ^^ Surtout que Delphine Seyrig a bien cet air de fine mouche à qui on peut supposer des arrière-pensées.

- Alors vous savez ce qu’il vous reste à faire, intime doucement la fée.
Il approche ses lèvres, espérant un baiser, mais l’enchanteresse se recule, fixant de ses yeux clairs et attendant la réponse qu’elle désire.
Le roi comprend. Subjugué, il s’agenouille, s’empare d’une blanche main.
- Je désire que vous soyez ma reine…

On dirait que ce paragraphe a un rapport avec leur ancien démêlé.

Date: 2008-10-28 09:09 pm (UTC)
From: [identity profile] ezilda.livejournal.com
Hé, Jean Marais, ça inspire mine de rien ^^. C'était mon film préféré quand j'étais petite, autant dire que j'ai sauté sur ce prompt, je m'étais toujours dit que Delphine Seyrig derrière son air malicieux, cachait des choses.

Merci !

Date: 2008-10-28 05:40 pm (UTC)
From: [identity profile] gabylc.livejournal.com
J'avais pas vu le film, mais ça m'a donné envie de le voir tiens !

La fée est super telle que tu la décris, je me suis régalée en lisant ta fic. Le Roi aussi est vachement plus intéressant, d'une manière générale tu donnes un peu d'épaisseur à ces personnages qui le méritaient bien !

Merci beaucoup beaucoup ^o^

Date: 2008-10-28 09:11 pm (UTC)
From: [identity profile] ezilda.livejournal.com
Il date un peu le film, il a un côté kitsch maintenant, mais je pense qu'il vaut toujours le coup d'oeil.

Je suis contente que ça t'ait plu. Merci beaucoup !

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