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Titre : Une soirée comme les autres
Auteur : Kon (Participant 17)
Pour : McLean (Participant 6)
Fandom : Orgueil et Préjugés
Pairing : Wickham/Lydia
Rating : G
Disclaimer : Orgueil et Préjugé, ainsi que ses personnages, ne m’appartient pas. Il sont la propriété de Jane Austen.
Prompt : Quelque chose sur leur vie commune, après la fin du livre. Au final, après quelques mois/années de mariage, que pensent-ils vraiment l'un de l'autre ? Détails facultatifs: Si possible, j'aimerais bien que ça ne soit pas du pur mariage arrangé, plutôt quelque chose de plus nuancé, qui montre qu'ils ont au moins un peu
de véritable affection l'un pour l'autre.
Note : J'ai essayé de ne pas virer trop dans le OOC, mais je ne suis pas trop sûre du résultat - en tout cas, j'espère que ça te plaira.


« Chéri ? »

Wickham leva les yeux de son journal et rencontra le regard de sa femme, Lydia. Son visage, séduisant encore par sa jeunesse, brillait d’une joie un peu idiote – en ces moments-là, sa ressemblance avec sa mère devenait frappante.

Il tourna machinalement une page de son journal.

« Qu’est-ce qu’il y a, » grogna-t-il, espérant par là lui intimer qu’il préfèrerait passer la soirée seul.

« Les Macgraves nous ont invité à un bal, tu viens ? »

« Lydia, je t’ai dit cette après-midi que je n’étais pas d’humeur. »

A vrai dire, il devait de l’argent à un certain nombre de personnes à Londres et ne tenait pas particulièrement à les rencontrer à un bal. Cependant de telles subtilités échappaient à Lydia. Têtue comme elle l’était, elle ne se laissa pas décontenancer.

« Quel rabat-joie tu fais ! Cela fait trois invitations que j’ai dû refuser à cause de toi ! »

« Nous en avons déjà parlé, Lydia chérie, » dit-il en dissimulant mal son exaspération.

« Oh, l’argent, toujours l’argent ! » s’écria sa femme. « Tu m’embêtes à la fin ! On ne peut plus s’amuser ! »

Comme d’habitude, leur discussion commençait à dégénérer en dispute. Wickham ressentit une pointe aiguë d’irritation et se replongea dans son journal, essayant de son mieux d’ignorer les revendications de Lydia.

Celle-ci changea alors de tactique, se fit cajolante.

« Je t’en prie, mon chéri, » minauda-t-elle. « Cela fait des semaines que je ne suis pas sortie de cette chambre d’hôtel… Dieu, comme je m’ennuie ! Ce n’est pas possible, il me semble bien que je vais en mourir si ça continue. »

« Ecrit à tes sœurs, » suggéra-t-il.

« Mais je leur écris déjà tous les jours, » dit-elle d’un ton plaintif.

Wickham savait parfaitement bien qu’elle ne les avait pas contactées depuis des semaines, sauf pour leur quémander de l’argent – ce qu’elle avait fait à sa demande.

Comme il ne répondait pas, elle revint à l’attaque.

« Que vont penser les Macgraves, hein ? Et leurs invités ? »

Elle disait tout ce qui lui passait par la tête, comme d’habitude, mais… Il fut frappé par la pensée que leurs absences répétées ne manqueraient pas de faire courir les mauvaises langues. Pendant un bref instant, la peur de ses créanciers se battit avec la peur de sa démise sociale.

« D’accord, on y va, » grommela-t-il, et le visage de sa femme s’épanouit.

Il reconnut alors pour un court instant la femme qui avait su susciter sa passion par sa joie de vivre, son entrain, et son audace. Dommage qu’elle soit si ignorante et superficielle, remarqua-t-il froidement. Leur mariage aurait presque pu être agréable.



La maison des Macgraves était située dans un quartier plus chic de Londres. Un majordome en habit blanc leur ouvrit la porte et Mr Macgrave vint les accueillir.

« Mr et Mrs Wickham ! » s’écria-t-il d’un air jovial tandis que sa femme s’élançait vers Lydia, sans doute pour qu’elle puisse partager les derniers ragots. « Tenez, mon vieux, » ajouta-t-il en lui fourrant un verre de champagne entre les mains. « J’ai bien cru que vous ne viendriez pas ; vous êtes les derniers arrivés. »

Wickham lui adressa son sourire le plus charmeur et s’empressa de faire une remarque sur leur nouveau lustre, qui était très gros, très cher et de très mauvais goût.

« Une lubie de Mrs Macgrave, » fit observer Macgrave. « Vous savez comment sont les femmes… Maintenant, si vous voulez bien m’excuser – sauf si vous êtes partant pour une partie de cartes ? »

Wickham déclina poliment et le regarda un instant s’éloigner de sa démarche pesante, sans doute pour aller rejoindre le jeu de bridge. Il finit son verre et se dirigeait vers la table pour aller le poser lorsque son attention fut attirée par Lydia. Egale à elle-même, elle s’était déjà trouvé un cavalier parmi les jeunes officiers présents et se dirigeait vers la piste de danse.

Elle n’avait vraiment aucun sens des conventions, ni de quand il fallait se taire. Au début, ça avait été amusant, même plaisant, mais au bout d’une décennie de mariage ça devenait pesant. Il devait toujours veiller à ce qu’elle ne raconte pas trop, notamment sur leurs problèmes financiers – c’était comme s’occuper d’un môme et, franchement, ça le barbait.

Enfin… au moins il avait eu une bonne somme pour son mariage. C’était déjà ça – mais il ne pouvait s’empêcher de regretter amèrement Mary King, Georgiana Darcy et leurs fortunes.

« Wickham ? » dit une voix dans son dos et il se retourna, un sourire agréable collé aux lèvres.

« Kolbes ! » s’exclama-t-il d’une voix qui se voulait chaleureuse. « Comment ça va ? »

Les deux hommes se dévisagèrent un instant. L’expression du visage de Kolbes était neutre, presque figée, mais une lueur calculatrice brillait dans ses yeux. Il haussa les épaules.

« Comme toujours. »

Les deux hommes avaient été dans le même régiment pendant plusieurs années. Il avait aidé Wickham financièrement à plusieurs reprises - puis s’était rendu compte que Wickham ne lui remboursait jamais l’argent qu’il lui prêtait et leur belle amitié avait connu un grand froid.

Si seulement il avait su que Kolbes connaissait les Macgraves… Il lança un regard à Lydia, qui était toujours en train de danser.

« C’est ta femme ? » demanda Kolbes, en suivant son regard.

« Oui – elle s’appelle Lydia. »

« Félicitation. Je n’étais pas invité au mariage ? »

« A vrai dire, » répondit Wickham en souriant, « c’était un mariage très intime, il n’y avait que nos témoins. Une idée de Lydia, » ajouta-t-il en voyant le regard dubitatif de son ex-camarade. « Elle est… ah… excessivement modeste. »

C’était un mensonge pachydermique, évidemment, mais Kolbes n’avait pas à savoir la vérité.

Il y eut un court silence, puis Kolbes reprit la parole.

« En fait, Wickham, je suis content de t’avoir revu ce soir. J’ai à te parler. »

« Ah bon ? » dit Wickham en adoptant un air surpris. « Eh bien, désolé de te décevoir, mon vieux, mais je comptais rentrer tôt. Lydia est très fatiguée en ce moment… »

L’intéressée avait au contraire l’air très en forme, et Kolbes semblait malheureusement l’avoir remarqué.

« Ca ne prendra pas longtemps, » insista-t-il d’un ton froid.

« Non, désolé. On se recontactera – je te donnerais mon adresse – mais là, il faut vraiment que j’y aille. »

Ignorant ses protestations, il se fraya un chemin à travers la foule jusqu’à la piste de danse et attrapa le bras de Lydia, si fort qu’elle poussa un cri.

« Mais enfin, Wickham, tu es fou ! »

« On y va. »

« Quoi !? »

« On y va, j’ai dit ! »

Et il se mit à la traîner vers la sortie. Elle était si choquée qu’elle avait momentanément perdu la parole, mais Wickham savait que ça ne durerait pas longtemps.

En effet, dès qu’ils eurent franchi la porte, en offrant à leurs hôtes une vague excuse, elle explosa.

« Mais qu’est ce que tu fais ! » hurla-t-elle.

«Tais-toi ! On rentre à l’hôtel et demain, on plie bagage, direction chez ta sœur. »

« Laquelle ? »

« Jane, Elizabeth, comme tu veux, mais on ne pourra pas revenir ici avant quelques temps. »

Le visage de Lydia était rouge cramoisi.

« Je m’amusais bien, figure-toi ! Et comme d’habitude, tu viens tout ruiner ! Tu me pourris la vie, tu comprends ! »

Ces derniers mots jaillirent d’elle, comme une explosion. Elle le dévisageait d’un air haineux et Wickham se sentit lui aussi devenir rouge.

« Je pourrais dire la même chose, chérie, » siffla-t-il. « Tu ne m’as rien apporté – tu n’es qu’un fardeau ! Toujours à dépenser notre argent -»

« Et toi alors – avec tes dettes de jeu et l’argent que tu empruntes à tout le monde ! »

Il vit rouge.



La soirée fut passée en cris, insultes et récriminations. C’était à qui pouvait trouver le plus de fautes chez l’autre, à qui trouvait les quolibets les plus inventifs. Ils en vinrent aux mains, comme souvent ; et, comme toujours, Lydia finit en larmes et en plaintes.

Somme toute – une soirée comme une autre.



Et voilà où ils étaient, dix ans après leur mariage, vivant d’emprunts, voguant d’hôtel en hôtel, de fête en fête, toujours plus ou moins sans le sous, se disputant souvent.

L’argent, Wickham le savait mieux que quiconque, était tout-puissant.

S’ils en avaient eu, tout se serait-il passé autrement ?

Date: 2009-07-27 08:34 am (UTC)
From: [identity profile] benebu.livejournal.com
Brr. Ce n'est pas gai, pas réjouissant, mais hélas je crois que c'est une version très réaliste de ce qui peut leur arriver. Lydia ne semble toujours pas avoir de plomb dans la cervelle...

Perso, je trouve que tu es bien restée in character.

Date: 2009-07-28 09:21 am (UTC)
From: (Anonymous)
Merci! C'est vrai qu'on a du mal à imaginer une Lydia 'intelligente et responsable' XD

McLean

Date: 2009-08-15 01:15 pm (UTC)
From: (Anonymous)
Hum, eh bien, c'est un peu déprimant, mais... Je ne peux pas m'empêcher de penser que c'est tout à fait réaliste ^^; Malheureusement. Même si j'aime bien Wickham et Lydia, hum, ce ne sont pas les gens les plus matures ni les plus raisonnables qui existent...

« Elle est… ah… excessivement modeste. »

Je dois avouer qu'à cette réplique, j'ai littéralement explosé de rire ;)

Merci beaucoup, en tout cas !

Date: 2009-10-28 02:08 pm (UTC)
From: [identity profile] flo-nelja.livejournal.com
Je trouve aussi que c'est très in character, tout à fait ce à quoi on peut s'attendre, et rendu avec beaucoup de vie, malgré le côté déprimant de ce qui est raconté.

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