Titre : From Wyoming with love. (Partie 1)
Auteur : Renge (Participant 19)
Pour : Have You Met Ted (Participant 13)
Fandom : True Blood
Persos/Couple : Pam/OC
Rating : PG-13
Disclaimer : Je ne possède ni True Blood ni l’univers de Charlaine Harris, mais je me suis bien amusé à jouer avec.
Prompt : Pam. J'adore l'aspect "lesbienne méga aristo" de ce personnage. Alors j'aimerais quelque chose de plutôt drôle autour de cette attitude-là. Ca peut être une scène quotidienne, ou quelque chose de plus long, qui implique par exemple un autre personnage féminin de la série, ou un flash-back qui explore un peu le passé de Pam, puisqu'on ne l'a pas vu, je crois, dans la série.
Notes : Je n’ai pas vu la dernière saison, donc je reprends à la fin de la saison 2. Les personnages féminins de True Blood à part Pam et Jessica ne m’ayant pas vraiment tapé dans l’œil j’ai préféré faire un OC (très inspiré cependant il est vrai). J’ai un peu dépassé la journée de Pam, mais j’ai vraiment adoré écrire sur elle, j’espère que ça te plaira autant qu’à moi.
Note de la modératrice : La fic est trop longue, j'ai dû la couper en deux parties.
***
From Wyoming with love.
Elle ne croyait pas au mauvais karma. Ce n’était qu’une excuse moderne pour se donner bonne conscience en geignant abjectement et par ce biais ennuyer le plus de monde autour de soi. Elle n’y croyait pas, ça ne voulait hélas pas dire pour autant que ça n’existait pas. Il fallait bien une contrepartie à être éternellement belle et fabuleuse.
Pour preuve il suffisait de regarder sa situation. Elle se trouvait perdue dans le Wyoming quelque part entre Thermopolis et Owl Creek, sur une petite route de campagne, à 4 heure du mat’ et son infidèle DS venait de la lâcher sans un bruit, comme une actrice des années trente s’endormant pour un sommeil éternel. Et maintenant elle avait des choix à faire.
On était en hiver donc le soleil ne se lèverait pas avant trois bonnes heures. Elle pouvait courir jusqu’à sa destination ce qui ruinerait et ses chaussures déjà dans un état lamentable, et son adorable tailleur, sans parler de ce que cette course infligerait à son manteau, quant à sa coiffure… bref c’était une option inacceptable, qui en plus la laisserait assoiffée. Elle pouvait utiliser son portable pour appeler une dépanneuse, ou alors elle pouvait utiliser son portable pour dire à son Créateur tout le bien qu’elle pensait de lui et de ses ordres débiles.
En plus il faisait froid !
D’accord elle ne sentait plus le froid depuis qu’elle était vampire, mais ce n’était pas une raison, tout le monde savait que ce genre de choses étaient psychosomatiques, et le fait de voir ses délicieuses bottines en chevreuil en train de se désagréger dans la neige suffisait à la faire frissonner tout du long et refermer son col en fourrure contre sa peau.
Elle attrapa son portable et malgré son envie d’insulter Eric presque face à face, elle se contenta de trouver le numéro d’une dépanneuse dans le comté de Hot Spring. Après, hélas, il ne lui restait plus qu’à attendre.
***
Bien sûr, abyssus abyssum invocat l’attente avait été un paradis par rapport au voyage dans la dépanneuse qui la menait vers ce que d’aucuns osaient appeler une ville. L’odeur qui lui rappelait son enfance dans la campagne suédoise du XVIème siècle, la musique dont les paroles tournaient autour de l’alcool et du bétail, une combinaison qui n’avait pas changée depuis les premiers pâtres grecs, l’hygiène dentaire déplorable et les yeux qui ne cessaient de glisser sur ses formes suffisaient à lui faire regretter que son maître et elle soient obligés d’être mainstream. Rajoutez à ça le babil de l’idiot du village et elle avait envie de s’immoler comme Godric, de préférence avec autant de drama parce qu’une diva comme elle méritait tout le mélodrame qui allait avec le suicide.
Franchement à quoi cela servait-il qu’elle ait mis des siècles à perfectionner son sourire le plus froid et le plus hautain si les congénitaux n’arrivaient pas à capter le message qu’elle essayait de faire passer ?
— Et vous v’là à Jaynesville.
Elle leva les yeux au ciel. Elle avait beau renier l’existence d’un Dieu elle ne pouvait s’empêcher de tenter parfois de chercher du réconfort, celui de se dire que peut-être la présence d’idiots autour d’elle avait un sens autre que celui que quelqu’un quelque part se marrait à ses dépends.
— Pour vot voiture faudra attendre demain matin que Sam puisse s’en occuper et voir c’qu’y cloche. Si vous voulez j’vous dépose au motel de Randy.
— Laissez-moi deviner, c’est le seul endroit où louer une chambre ?
— Ben ya bien Ma’Connelly qui loue une de ses chambres d’ami, mais à c’t’heure-ci même un incendie la tir’ra pas d’son lit.
***
Le problème de nos jours était de savoir à quel moment être honnête sur sa nature. Avant les choses étaient tellement plus simples, il suffisait de mentir tout le temps et de tuer ceux qui voyaient sous le mensonge. Simple et efficace. Alors que maintenant…
Devait-elle dire à la réceptionniste qu’elle était un vampire et que donc elle avait besoin de sa chambre la moins touchée par le soleil et surtout que personne ne vienne la déranger pendant la journée ? Devait-elle lui cacher la vérité ? Si elle avait la malchance de tomber sur un fanatique elle risquait sa peau à être directe, mais si elle ne disait rien une erreur stupide pouvait aussi avoir raison d’elle.
Ou elle pouvait aller s’enterrer dans les bois.
Ce qui ruinerait totalement sa garde-robe et en plus elle ne voulait même pas imaginer la crasse sous ses ongles. Décidément, pourquoi avait-elle quitté les villes où on trouvait au moins un hôtel spécialement pensé pour la clientèle vampirique ?
— Bonsoir. Je veux votre chambre la plus propre et la moins ensoleillée. Je veux aussi le double de la clef de la porte et je ne supporterai pas d’être dérangée.
Elle posa deux billets de cinquante sur le comptoir et les poussa vers la réceptionniste.
— On s’est bien comprises ?
Les yeux de la gamine lui mangeaient le visage.
— Oui madame.
Elle eut un sourire satisfait. Il ne lui resterait plus qu’à éventrer le parquet, creuser un peu la terre et elle pourrait dormir en paix. Certes, elle aurait à faire face à ses ongles sales, mais au moins elle aurait une douche et un endroit où laisser ses vêtements et ses chaussures à l’abri. La vie était une question de priorités.
***
Elle n’aimait pas l’hiver, mais au moins cette saison avait l’avantage de lui donner plus de liberté. A cinq heures elle était déjà levée et sous la douche alors que les derniers rayons du soleil disparaissaient sous l’horizon uniformément gris de neige.
A six heures pile elle entra dans le seul et unique garage du bourg qui se targuait en grandes lettres d’être « Sam’s garage ». Ses escarpins dégoulinant de neige sonnèrent sur le bitume dans un staccato qui ne réussissait cependant pas à couvrir la cacophonie qui régnait dans l’endroit.
— Vous devez être la propriétaire du cabriolet Citroën.
La voix était basse et posée, mais indubitablement féminine. Elle prit son temps avant de se tourner, un sourire sur ses lèvres.
— En effet.
La garagiste était presque aussi grande qu’elle, ce qui était rare pour une femme, enfin, de moins en moins, fichue évolution de la nutrition infantile. Visiblement d’origine indienne elle avait attaché ses cheveux en une tresse grosse comme son poing qui pendait négligemment sur son épaule. Malgré le froid des portes largement ouvertes du garage, son bleu de travail était ouvert jusqu’au nombril, laissant voir sa simple brassière noire et le cuivré de sa peau.
— Elle non plus ne fait pas son âge.
Son sourire ne vacilla pas, et elle se contenta de prendre une grande inspiration, rejetant immédiatement toutes les odeurs du garage avant d’isoler celle de la garagiste. De la graisse et du cambouis, un savon parfumé au chèvrefeuille et surtout cette odeur musquée caractéristique des garous. Elle n’avait pas senti d’autres garous dans les environs, ce n’était donc sûrement pas un loup, ou alors un solitaire, mais les femelles étaient rarement laissées hors de la meute, une autre espèce donc.
— Je suis Sam, dit la garagiste en tendant la main.
— Pam, répondit-elle, laissant ses crocs apparaître un court instant.
La poigne ferme contre sa main ne changea pas et le sourire de la vampire s’accrut. Ce voyage ne serait peut-être pas complètement insupportable. La main qui enserrait la sienne était fine mais forte et les doigts légèrement rugueux. Elle avait toujours eu quelque chose pour le petit personnel et elle n’était pas contre le fait de le faire sur le capot noir et lustré de sa voiture.
Mais les affaires avant le plaisir hélas.
— Alors, que lui arrive-t-il ?
La garagiste caressa distraitement le capot.
— Problème moteur, plus exactement, l’un des deux vilebrequins est cassé.
Pam passa de l’autre côté du capot, laissant elle aussi ses mains traîner avec langueur sur la carrosserie impeccable.
— Laissez-moi deviner, trouver la pièce de rechange va prendre longtemps.
— Non, Citroën a les pièces, mais ça prendra cinq jours pour qu’elles viennent de France jusqu’ici et bien sûr ça va douiller.
— L’argent n’est pas un problème.
Sam et elle s’observaient tout en tournant autour de la voiture.
— J’avais cru comprendre.
— Mais j’ai besoin d’une voiture aujourd’hui et j’imagine que vous êtes ce qui ressemble le plus à un concessionnaire dans ce pittoresque village.
— Cinq minutes, une pièce d’identité et votre permis de conduire c’est tout ce qui me faut.
Exactement comme elle aimait le petit personnel : compétent et agréable à l’œil.
***
Elle était de nouveau sur la route. Enfin, pour tant qu’on pouvait appeler un chemin en terre une route. Mais le GPS lui indiquait, d’une voix insupportable qu’elle suivait le bon sentier et qu’en tournant à gauche elle arriverait enfin à destination.
Et en effet, la route cessa enfin de serpenter pour s’arrêter devant un grand portail en fer forgé.
— C’est une plaisanterie !
Au loin, sur la petite colline se dessinait un petit manoir digne des meilleurs films de vampires des années 60, sombre et avec d’étranges sculptures gothiques et bien sûr la grille grinçait soigneusement.
— Voilà pourquoi je déteste les vieux vampires.
Ils étaient tous complètement fous et avaient un goût insensé pour le dramatique, que ce soit Godric et sa soudaine phase j’ai rencontré Jesus et je marche en sandales qui l’avait conduite à sa perte, ou Serg et sa maison sortie tout droit de Dysneyland. Des divas du kitch, peuh !
La cloche recouverte de toiles d’araignées qu’elle dut sonner à la porte s’harmonisait parfaitement avec le reste du décor et elle s’amusa à repérer quelques pierres tombales qui trainaient un peu plus bas.
— Vous désirez ?
Sûrement pas elle en tous cas.
Engoncée dans un costume de maid française en vinyle, ses énormes mamelles visibles à travers le tissu presque transparent de son chemisier en polyester, aussi maquillée qu’une adolescente essayant de se faire passer pour majeur, la pauvre fille avait un air de médiocrité presque pathétique. Heureusement pour elle, Pam ne faisait pas dans l’empathie ou les bons sentiments.
— Je viens voir le docteur Frank N. Furter.
— C’est pas ici.
Et parfois on lui demandait pourquoi elle se sentait supérieure aux mortels !
— Je viens voir Serg.
— Oh. Le maître ne reçoit personne.
— Il me recevra.
Elle venait mandatée par son Sire et Créateur, et même Serg ne voudrait pas offenser Eric.
— Non, il ne reçoit personne. Il ne reçoit que le jeudi et nous sommes samedi.
Exactement ce qu’elle disait, ils étaient tous timbrés et en plus ils aimaient énerver le plus de gens possible autour d’eux !
***
Dire qu’elle n’était pas de la meilleure des humeurs était un euphémisme. D’un autre côté elle était coincée dans ce bled jusqu’à jeudi prochain. Et ce pour des raisons de politique vampirique qui la laissaient décidément de marbre. Que n’était-elle restée tranquillement au bar à faire face à de petites tragédies comme le retard des livreurs de bière et la mineure prise en train de se faire saigner par un abruti dans les toilettes du club. Elle n’avait même pas assez de Tru Blood sur elle pour tenir la semaine. Sans compter sur le fait que ce matin elle avait été obligée de prendre son B négatif froid…
Elle gara la Ford à côté du garage et courut vers le motel. Elle en avait ras-le-bol de bousiller ses pompes dans la neige.
Bon sang qui aurait cru qu’il pouvait exister pire trou du cul du monde que Shreveport ou Bontemps ! Elle haïssait Eric de l’avoir envoyé là, elle haïssait Eric de les avoir fait déménager en Amérique, voire même elle en voulait à Godric d’avoir créé son Sire. S’il ne l’avait pas fait au moins elle n’aurait pas eu besoin d’attendre cinq jours dans ce trou paumé ! En plus il allait falloir qu’elle se trouve un autre endroit où loger. Hors de question de passer plusieurs nuits avec aussi peu de protection.
Elle sortit ses clefs et ouvrit la porte. Elle la referma aussitôt et sauta sur le toit. De là elle passa au-dessus de la route, atterrissant sans bruit sur le toit d’une maison. Et en quelques secondes à peine elle se retrouva sur celui du garage. Elle descendit jusqu’à la porte de derrière et se mit à frapper en lâchant une volée de jurons les plus sales et les plus gras qu’elle connaissait. Elle entendit bouger à l’intérieur et cessa de tambouriner, tendant l’oreille à la recherche des sirènes. Mais la nuit était parfaitement calme et silencieuse.
— Pas que j’apprécie pas d’avoir une jolie fille voulant absolument rentrer chez moi, mais qu’est-ce que tu me veux.
La garagiste avait ouvert la porte mais son fusil était pointé sur elle. Et elle aurait mis sa main à couper que les balles étaient en argent.
— J’ai besoin de ton aide.
Sam se contenta de relever un sourcil mais garda son canon pointé droit sur son front.
— Je te demande de m’accorder une Faveur.
Les yeux de Sam s’écarquillèrent et elle baissa son shotgun.
— Ah ouais à ce point !
— Oui, je sais, j’ai souvent cet effet là sur les gens, maintenant est-ce qu’on pourrait passer à cette faveur ?
Sam posa son fusil à côté d’elle.
— Soit. Moi Samantha Tara Ceeneeteeyoo’ Harper je t’accorde cette Faveur.
D’un geste vif elle entailla sa paume avec l’un de ses ongles et tendit la main ensanglantée à travers le seuil de la maison.
Pam mis un genou en terre, mordit sans sa paume et posa son sang sur le sien.
— Et en mon nom et en celui de mon Sire, moi, Pam Infante d’Eric je l’accepte et jure de l’honorer.
— Que la rage et la haine des miens te poursuivent et mettent en terre si tu faillis à l’honorer.
— Que la rage et la haine des tiens me poursuivent et mettent en terre si je faillis à l’honorer.
La main toujours dans la sienne, Sam tira Pam pour la faire se relever. Lorsqu’elles se lâchèrent le sang avait disparu et leur peau ne gardait aucune trace de mutilation. Sam s’effaça pour la laisser passer.
— Je t’invite à rentrer. Bon, maintenant j’ai besoin d’un café.
— Et moi j’ai besoin d’un verre mais mon Tru Blood est resté dans la voiture. Et personne n’en vend dans votre charmant village au fin fond du Wyoming.
— Non, il faut aller jusqu’à Thermopolis pour en trouver, et encore ya qu’un supermarché qui en a.
Pam grogna de dépit. Sam avança dans la maison obscure jusqu’à la cuisine où elle se mit à faire le café. La vampire prit place sur l’une des chaises et considéra l’endroit d’un regard. Formica, prises vétustes, elle était revenue dans les années 70 et pas du bon côté de la barrière… Elle haïssait la campagne et encore plus la pauvreté, c’était comme une offense permanente à son sens esthétique. La voix de Sam la tira de ces abîmes de douleur.
— Je t’écoute, déclara-t-elle accoudée contre l’évier, près de sa machine à café presque aussi vieille que Godric, paix à sa non-âme.
— Il y a un corps dans ma chambre de motel. Un homme, la quarantaine, je n’ai pas vraiment eu le temps de voir plus. Le vrai problème c’est que je n’ai rien senti avant de pousser la porte et de le voir sur mon lit. Aucune odeur ne parvenait de l’autre côté de la porte et même à l’intérieur, or je ne suis pas une jeune vampire. J’ai besoin de ton odorat et aussi de tes connaissances sur la faune locale.
— Une idée sur qui a pu faire ça ?
Pam soupira en se laissant aller contre le mur.
— Je ne connais personne dans votre bled. Quelqu’un ce sera dit que c’est une bonne idée de faire porter le chapeau à l’étrangère de passage qui se trouve être une vampire. Je m’étonne d’ailleurs de ne pas encore avoir entendu les sirènes de police.
Le mieux aurait encore été de la faire surprendre penchée au-dessus du cadavre, une violente altercation avec la police et paf, elle était bonne pour une course-poursuite et une terrible explication avec le Roi du Wyoming et sa cour de demeurés et forcément l’affaire tournerait politique et elle serait punie pour l’exemple et pour diminuer la base de pouvoir d’Eric et elle finirait peut-être comme cet abruti de Godric : complètement morte.
— Pourquoi ne pas te barrer ?
Sam souffla sur sa tasse et releva les yeux pour voir un sourire prédateur jouer sur les lèvres rouges et encore parfaitement maquillées.
— Parce que, chérie, personne ne s’en prend à moi sans en pâtir les conséquences, et laisse-moi te dire que l’imbécile qui a fait ça le regrettera pour le restant de ses jours.
***
Pam avait préféré passer par les toits, portant Sam sans problème au-dessus du vide. Sans un bruit elles arrivèrent devant la porte.
Pam se concentra mais ne sentit vraiment rien, c’était comme si la pièce devant elle n’existait pas.
— Alors ?
Sam expira.
— Rien non plus. Pourtant je sens le poulet frit que le gars de la 16 a mangé ce soir et aussi qu’il a laissé sa bouteille de rhum ouverte.
— De la magie, juste ce qui manquait dans ma vie !
Elle leva brièvement les yeux au ciel puis ouvrit la porte.
Sam courut fermer les rideaux avant que Pam ne ferme la porte. L’obscurité n’était un problème ni pour l’une ni pour l’autre.
— Toujours pas d’odeurs. Je sais pas de quoi s’est servi le meurtrier mais c’est puissant, je n’arrive même pas à sentir l’odeur du cadavre, c’est perturbant.
Pam sortit une paire de gants de son sac à main et avança vers le corps qui était étendu au milieu du lit. Elle releva la tête du mort pour l’observer.
— Vraiment pas mon type.
— Putain ! C’est le révérend Parsons !
— Chouette, si on le retrouve ici je vais pouvoir avoir mon propre bûcher ! Oh, comme c’est charmant ! Il a deux petits trous dans la jugulaire.
Elle plongea ses ongles dans la toute petite plaie.
— Il n’a plus une goutte de sang dans son corps.
Sam était à quatre pattes en train de regarder sous le lit et de tenter désespérément de sentir quelque chose. Elle releva la tête.
— Comme s’il avait été tué par un vampire ?
— Pas du tout. Il y a 5 à 6 litres de sang dans un humain, et aucun vampire ne boit autant, en plus ce serait fastidieux. Même quand on saigne quelqu’un il en reste forcément. Là il ne lui reste plus une goutte. Je lui ouvrirai bien l’artère fémorale pour que tu puisses vérifier mais je pense qu’il vaut mieux le laisser en l’état.
Elle prit le temps de fouiller ses poches mains rien d’étrange ou d’intéressant n’en sorti, la vie de cet homme semblait aussi sèche que lui.
— Dis-moi que tu as quelque chose.
Pam ouvrit les rideaux et tenta de repérer si la fenêtre avait été forcée. Même pas… Elle se tourna en soupirant. Tout ceci était affreusement décevant.
Ou pas. Le T-shirt et le short que Sam utilisait comme chemise de nuit étaient posés sur une chaise et à la place de la belle mécanicienne se trouvait un énorme félidé, un léopard, mais blanc et aux poils tellement plus longs qui parcourait la pièce le museau aux aguets. Pam la regarda faire, amusée par la bête. Le choc d’Eric si elle revenait au Fangtasia avec ça en laisse. « On peut le garder, dis, je promets que je m’en occuperai ! Allez, dis oui ! ». Elle regrettait vraiment que le glamour ne marche pas sur les garous ou que le fait qu’elle soit mainstream lui interdise de garder un humain ou une créature magique en cage. Ça serait tellement beau comme tableau, elle pourrait même coordonner des tenues juste pour sortir avec…
Elle fut tirée de ses fantaisies par la transformation de Sam. De quoi passer à d’autres types de rêveries, pensa-t-elle en se gorgeant de la chair nue et musclée qui s’offrait à ses yeux. Hélas elle avait d’autres gros chats à fouetter.
— Rien à part une vague odeur qui doit appartenir à celle qui fait les chambres, vu qu’elle était aussi présente de l’autre côté du mur.
Bien sûr, juste son jour de chance !
— Où est-ce que je peux me débarrasser du corps ?
— Le mieux serait de lui faire faire un tour dans la rivière mais elle est loin.
— Pourquoi ai-je même posé la question !
Pam ouvrit la fenêtre et commença à charger le corps sur ses épaules.
— Je viendrais directement chez toi. J’espère que ta cave est bien isolée.
***
Tout compte fait la situation n’était pas si mauvaise que ça.
Elle sortit sa tasse bien chaude du micro-onde et quitta l’immonde cuisine en formica pour gagner le salon un peu plus reposant déjà pour les yeux. Elle s’installa confortablement dans le canapé, étalant son long corps au maximum et arrangeant avantageusement sa délicieuse sortie de bain de façon à ce qu’elle dévoile juste la bonne quantité de peau. Elle s’empara de la télécommande et se mit à attendre son hôtesse visiblement retenue au travail.
Elle était en train d’écouter les pathétiques lamentations de Richard que Kelly venait de quitter pour Jeremy lorsque sa logeuse poussa enfin la porte d’entrée.
Elle n’était pas seule. Quatre hommes, trois humains dans la force de l’âge et un d’une soixantaine d’années qui puait la magie. Elle ne bougea pas d’un iota, sa pose travaillée jusqu’à la perfection.
Elle les vit s’arrêter soudainement, leur discussion brutalement avortée, elle sentit leur regard passer sur elle. Les yeux des trois jeunes restèrent braqués sur ses jambes interminables qui émergeaient de son peignoir bleu nuit, mais elle sut immédiatement quand le vieux se rendit compte qu’elle était vampire. Elle renifla avec joie la peur instinctive qui émana de lui avant qu’il ne se reprenne. Parfois les plaisirs les plus simples de la vie étaient les meilleurs.
— Oh, Sam, je suis navrée, je m’ennuyais à attendre dans ta chambre alors je suis descendue profiter de la télé, j’espère que tu ne m’en veux pas ?
Elle battit des cils pour plus d’effet, avant de bouger tout son corps dans un langoureux étirement.
— Fais comme chez toi, je t’en prie.
Sam s’assit sur l’accoudoir et passa un bras autour de ses épaules. Elle joua le jeu et se laissa aller contre elle.
— Tu ne me présentes pas à tes invités ?
Elle vit le regard de la garou tomber dans le décolleté de sa robe de bain et remonter lentement.
— Pam, je te présente John Corbeau Hurlant, shaman Arapaho qui, sous prétexte que nous avons les mêmes ancêtres pense qu’il est le bien venu dans ma maison dès que la situation lui échappe et qu’il se dit qu’un garou serait très utile à la tribu. John, voici Pam infante d’Eric, mon invitée.
Pam ressortit son plus beau sourire plein de dents et tendit la main à John.
— Enchantée.
Le vieux regarda sa main comme si elle allait se changer soudainement en serpent et le mordre. Pam haussa les épaules et en profita pour poser sa paume nue sur le genou couvert de jean de Sam.
— Tara, nous devons parler.
— Je t’écoute, John.
— Pas devant cette… créature !
— Soit tu parles devant mon invitée soit tu quittes ma demeure, vieil homme, tels sont mes termes pour t’écouter. De plus je pense que Pam sera très intéressée par tout ça.
Elle releva la tête pour contempler la changeforme. Quelle étrange créature elle avait trouvé dans ce coin perdu, quand même.
Le vieux fuma des oreilles un court instant avant de prendre le fauteuil face à elles.
— Comme je te l’ai dit, la tribu est prête à payer pour ton dérangement si tu acceptes de venir chasser la bête.
— Une chasse ?
Le shaman la fulmina du regard.
— De toute évidence une bête inconnue sévit dans la réserve de Wind River et les Anciens se sont dit qu’il fallait combattre le feu par le feu.
— Voilà qui tombe bien, j’ai toujours adoré chasser à courre. Je me ferais un plaisir de me joindre à votre petite sauterie, et si je vous débarrasse de la bête je sais que mon créateur et maître sera plus que ravi que je lui rapporte une petite faveur de votre part ou au moins un petit présent. Qu’en pensez-vous ?
— Tara !
— Pam semble avoir beaucoup d’expérience, contrairement à moi. Je ne sais pas vraiment ce que tu espères, John, ce n’est pas parce que je suis garou que je vais forcément être douée pour traquer cette chose que même toi tu n’as pu identifier ! Tant qu’à pactiser avec une bête, tu peux bien pactiser avec une autre sorte de démon, grand sorcier.
***
Sam conduisait. Avoir un chauffeur avait toujours été agréable. Bien sûr depuis qu’ils étaient venus s’enterrer à Nullepart Louisiane elle avait dû faire sans, mais c’était une douce habitude qu’on ne perdait pas, s’asseoir dans la voiture, sortir sa lime et attendre que ça se passe. Oh, comme elle voudrait retourner à une époque où elle n’était obligée de tout faire elle-même, si elle tenait les imbéciles qui avaient aboli le servage entre ses mains elle les déchiquèterait en tous petits morceaux.
Elle jeta un coup d’œil au profil bien découpé de Sam. Décidément la mécano avait beaucoup de qualités, la première étant son humeur taciturne. Elle ne détestait rien autant que le babil stupide des inférieurs, certains humains semblaient penser que tous les vampires n’avaient qu’une seule envie : monologuer pendant des heures comme des Lestat de bas-étage et répondre à leurs questions stupides. Ou pire alors qu’ils s’intéressaient vraiment à leurs vies fades et ennuyeuses.
Un panneau charmant avec un indien souriant et haut en couleurs les informa qu’elles étaient à présent sur les terres de la Réserve Wind River. Le paysage sous la lune faiblarde n’avait pas beaucoup changé, des terres arides et peu hospitalières, et autant de lumières et d’intérêt que la lointaine campagne suédoise qu’elle avait été si heureuse d’abandonner.
La voiture s’arrêta au milieu de nulle part et elle soupira avant de pousser la portière et mettre les pieds dans la neige épaisse. Les bottes s’enfoncèrent et elle pensa à cette merveilleuse invention qu’était le bitume. Bon au moins cette fois ce n’étaient pas ses pompes qu’elle ruinait.
— Le dernier meurtre a eu lieu par ici. Deux touristes qui faisaient du camping un peu plus haut.
Sam commença à enlever ses vêtements, les jetant à l’intérieur de la voiture, une charmante Chevrolet bleue qui irait à ravir avec l’ensemble paon qu’elle avait hélas laissé à la maison. Elle regarda la garou lâcher sa culotte et se métamorphoser. La panthère des neiges lui jeta un regard avant de commencer à courir dans la montagne. Elle eut une pensée de regret pour ces superbes chevaux de chasse que la Reine de France leur avait donné quand ils résidaient à Paris peu après la Commune et s’élança à la poursuite de l’animal.
***
Elles avaient passé la nuit à courir, patrouillant la zone de chasse de la bête mais à chaque fois les traces s’évanouissaient soudainement comme si elle avait disparu. De la taille et la profondeur des pas Pam n’avait pas eu de mal à déduire qu’elle pesait dans les cent cinquante kilos de muscles et mesurait au moins deux bons mètres, ce qui ne passait pas inaperçu. Sauf que la bête était introuvable et ne s’attaquait à aucun des animaux du coin, aucune carcasse de wapiti dévorée par autre chose qu’un puma… Elle n’attaquait que les humains dont elle ne laissait que quelques morceaux et ensuite disparaissait. Voilà qui puait la magie.
Et ça faisait trop de magie d’un coup pour Trouperdu, Wyoming. Un noir soupçon commençait à prendre forme dans sa tête.
La voiture entra enfin dans la minuscule ville et Pam eut une pensée émue pour les vêtements, secs, chauds et surtout mettables qui l’attendaient. Elle était reconnaissante à Sam pour lui avoir prêté une tenue adaptée à une longue vadrouille dans les bois, mais cette fille avait autant de sens vestimentaire qu’Eric avant qu’il ne la rencontre, ce qui n’était vraiment pas peu dire. Mieux que ce rasoir de Bill Compton ou cette souris de Sookie mais cependant bien au-dessous de ses standards.
— Oh Dieux !
Comment avait-elle pu penser une seule seconde que les choses seraient aussi simples ? Si elle s’écoutait elle dirait à Sam de faire un 180 et continuer à conduire jusqu’à ce qu’elles arrivent en Louisiane. Bon bien sûr, elle serait morte quand le soleil se lèverait et passerait à travers les vitres de la petite Chevy mais bon…
— Bonsoir messieurs, que peut-on faire pour vous ? demanda-t-elle en descendant de voiture.
Les policiers semblèrent un moment surpris par son sourire avant de se reprendre.
— On aurait besoin que vous nous accompagniez au poste… madame.
— Je crains que ce ne soit pas possible ce soir, monsieur l’agent.
Elle augmenta d’un cran la luminosité de son sourire.
— Au cas où vous ne le sauriez pas les vampires ont tendance à ne pas aimer le soleil et ce dernier va se lever dans une trentaine de minutes et je doute que vous disposiez du matériel nécessaire pour m’en protéger et comme je ne voudrais pas vous causer d’ennuis en mourant malheureusement sous votre protection, je vais devoir décliner votre charmante proposition.
— John, Ted, bonne nuit.
Sam referma la porte sur l’expression d’incrédulité qui se lisait sur la tête des deux policiers.
***
— Et si elle s’est échappée ?
— Ted, la cave n’a qu’une seule porte et tu es resté toute la journée planté devant !
Pam s’étira en baillant. Elle n’avait plus besoin de le faire mais c’était une habitude qu’elle n’avait jamais perdue, sans doute parce qu’elle était agréable contrairement à celle de baratter le beurre des heures durant.
— Bonjour.
Elle adressa un sourire éclatant à Sam.
— Bonsoir serait plus approprié.
— Le moment où je me réveille est toujours digne d’un bonjour, quelle que soit l’heure. Si on en venait à faire la sieste cependant, je te réveillerai d’un bonsoir même à quelques minutes du lever du jour.
— Juste pour ne pas faire comme les autres.
Décidément cette fille lui plaisait bien, maintenant si elle pouvait réussir à se débarrasser des policiers, des bêtes, des cadavres et des magiciens en liberté pour pouvoir enfin faire autre chose que la regarder ce serait vraiment chouette.
— Hmm… Miss Norseman…
— Oh, pitié, vous semblez être un homme raisonnable, dites-moi au moins que j’ai le droit de prendre une douche, je serais mortifiée de devoir sortir dans un tel état ! Vous savez comment sont les jolies femmes, Ted, nous ne pouvons pas laisser les autres nous voir sans nos artifices.
Le policier réfléchit un moment au sens de la phrase avant de lui donner la permission du bout des lèvres.
***
— Ai-je besoin d’appeler mon avocat ?
— Non, miss, nous avons juste besoin de vous poser quelques questions à propos de John Parsons et Elizabeth Cooper.
— Qui ?
— Où étiez-vous durant la nuit du samedi 20 ?
— Je suis allée voir un ami de mon patron, hélas il ne recevait pas ce soir-là, je suis donc rentrée et j’ai passé le reste de la nuit avec Sam. Ai-je besoin de vous donner plus de détails ?
Son sourire était obscène et elle le savait parfaitement. Elle pouvait voir dans les yeux du policier passer de fantomatiques images de femmes nues. Elle l’entendit clairement déglutir et pu presque sentir son sang descendre dans son pantalon.
— Non, non, ça ira… Et hier ?
— Sam et moi avons fait un peu de randonnée dans les bois, j’aime particulièrement la nature sauvage, le reflet pâle de la lune sur la peau, l’impression d’être revenu à un état primitif…
Juste ce qu’il fallait pour que les yeux du flic se voilent légèrement et chassent des fantasmes quelques secondes de plus.
— Bien sûr quand nous sommes rentrées vous étiez là donc vous pourrez confirmer l’heure exacte et Sam vous confirmera le reste.
Il ne lui posa aucune autre question et, quelque peu déboussolé la laissa rejoindre Sam qui avait aussi fini son entretien avec les forces de l’ordre.
Elle attendit que la voiture ait passé les limites de la ville pour parler.
— Alors ?
— Ils ont retrouvé le corps du révérend dans la rivière et surtout le corps sans vie d’Elizabeth Cooper a été découvert dans son jardin, vidée de tout son sang avec deux petits trous dans le cou.
— Merveilleux ! Et qu’ont-ils en commun ces braves gens ?
— Rien. Elizabeth était infirmière avant de prendre sa retraite et le révérend était le pasteur du coin. Ils se connaissaient comme tout le monde mais c’est tout.
Elle leva les yeux vers le ciel. Déjà deux crimes et aucun point commun ? Elle avait une folle envie de refermer cette mauvaise intrigue pseudo policière et de s’ouvrir un bon torchon hypersexué à propos de garagistes lubriques.
— Allons, c’est un tout petit patelin, comment peuvent-ils n’avoir rien en commun ?
Le regard que lui lança la garou était tout sauf amical mais elle n’était pas prête à s’excuser pour avoir simplement dit la vérité.
— Rien. Elizabeth allait peu au temple et je ne crois pas que le Révérend ait jamais été dans un accident ou autre. D’un autre côté je ne suis pas très portée sur les ragots de toute façon. Et même dans un petit patelin il est possible de garder des secrets alors s’ils faisaient partie d’une secte satanique ils s’en cachaient bien.
Elle n’insista pas, préférant regarder par la fenêtre le paysage qui défilait dans l’obscurité la plus totale.
***
Même leurs supermarchés étaient minuscules. Quant au rayon Tru Blood il se composait en tout et pour tout de deux packs de six qu’elle mit dans l’immonde panier rouge et criard qui était le seul disponible à l’entrée.
La caissière la fixa, bouche bée.
— Vous voulez un autographe avec ma carte bleue ?
Que Dieu et son imbécile de Créateur la sauvent de ces ploucs !
— Voilà pourquoi je déteste faire mes courses moi-même !
Sam se contenta de sourire avant de lécher la confiture rouge qui coulait de son beignet.
Décidément cette petite lui plaisait bien. Son pantalon en jean sur le capot bleu et lustré de la Chevrolet était du meilleur effet mais elle préférait et de loin la vision de ses bras nus et délicieusement galbés appuyés sur la voiture. Et puis il y avait ce magnétisme animal inhérent à tous les garous qui n’était pas pour lui déplaire.
Il fut un temps où elle aurait pu l’avoir. Si elle avait eu la force de la dompter, de lui imposer sa volonté, elle lui aurait appartenu. Son charmant et exquis animal de compagnie, tellement impressionnant et beau en société, délicieusement chaud contre son corps nu… Pourquoi avaient-ils fait leur coming-out ?
— Sam, mais quel plaisir !
Encore un gêneur. Pourquoi tous les vieux beaux croyaient en ce point au pouvoir de la brillantine et de l’émail diamant ? Et ces UV en plein milieu de Nullepart-sous-neige ! Sans compter qu’il montrait plus les dents qu’un singe au zoo…
— Mr. Cromp-Barrett.
— Allons Sam, je vous ai déjà demandé de m’appeler Dick.
La garou resta insensible au sourire extra blanc et se redressa dans une position presque agressive, les muscles tendus.
— Certes.
Tout son visage était vide d’émotions mais son interlocuteur ne parut pas les sentir.
— Et votre charmante amie ?
— Pam, Mr. Cromp-Barrett, Mr. Cromp-Barrett, Pam présenta-t-elle avec un petit geste de la main.
Le vieux beau tendit sa main artificiellement halée, dévoilant sa montre hors de prix. Elle retint un grognement, mieux valait ne pas froisser ce qui devait être l’un des plus riches et influents hommes dans ce trou perdu. Elle se força à tendre la main.
Et faillit la retirer immédiatement. Elle se contint cependant et se contenta de se glisser discrètement dans l’espace personnel de Sam.
— Ravi de vous rencontrer, Miss Pam.
— Enchantée.
L’odeur était légère mais pour qui l’avait déjà sentie inoubliable, terre et pourriture, la fragrance écœurante du cadavre. Heureusement qu’elle portait ses gants et que la température extérieur pouvait expliquer son manque de chaleur. Maintenant il fallait juste qu’elle évite de trop parler pour qu’il ne se rende pas compte qu’elle ne faisait pas de buée.
— Bon, je suis désolée, Mr. Cromp-Barrett mais il faut qu’on y aille.
Bonne petite, décidément elle ferait une excellente employée.
Si elle avait encore été humaine elle aurait soupiré de soulagement quand la voiture passa le panneau indiquant la sortie de Thermopolis.
— Laisse-moi deviner. C’est l’homme le plus riche de la région et il a son petit manoir familial en ville, ou juste à côté et à chaque fois que tu le vois et qu’il te drague tu ne peux pas t’empêcher de vouloir te casser le plus loin possible ?
— Tu tires les cartes aussi ou c’est un de ces pouvoirs de vampires dont on ne parle pas dans les journaux ?
— Tu as jamais remarqué cette odeur de terre sur lui ?
Sam secoua la tête.
— C’est un nécromancien. A force de travailler avec les cadavres l’odeur s’accroche à eux.
— Pourquoi t’as essayé de te cacher derrière moi ?
— Je préférais éviter qu’il ne se rende compte de ce que je suis et vu que ton odeur lui fait de l’effet, tu étais la couverture idéale.
— Il te fait peur ?
— Non, mais je préfère ne pas prendre de risques, certains nécromanciens peuvent manipuler les vampires. Après tout, nous ne sommes que des cadavres animés, il suffit de court-circuiter l’esprit du vampire pour animer le corps à sa place.
— Dit comme ça on dirait un jeu d’enfant.
— Heureusement pas tellement, il faut une sacrée énergie pour bloquer le lien et le corps humain est faible alors la plupart de ces nécromants finissent par s’endormir au mauvais moment ou juste faiblir et… disons juste que leur fin est tout sauf rapide et sans douleur.
— Et si le nécromant se fait vampiriser ?
— Alors il a perdu parce qu’un jeune vampire est contraint d’obéir à son Créateur.
— Il ne garde pas ses pouvoirs ?
— Si, mais c’est très rare, beaucoup trop dangereux pour les autres vampires. Je n’en ai rencontré que deux et un seul de viv…
Ce fut comme si le soleil s’était levé dans son cerveau, faisant rougeoyer la vérité comme une torche.
Serg…
***
Elles n’étaient pas descendues depuis cinq minutes de la voiture qu’elles entendirent le hurlement de terreur. Cette fois ci les vêtements de Sam n’y survivraient pas mais elle ne semblait pas y prêter attention. Elles arrivèrent comme la cavalerie, juste à temps, la panthère-garou se jetant sur la Bête pour l’empêcher de déchiqueter la gorge de sa victime. Pam cria aux humains de se courir et se jeta elle aussi dans le combat toutes griffes dehors.
Mère Nature n’avait pas crée ce bestiau là. Pas besoin de mettre sa main à couper pour le savoir, aucune créature ne pouvait bouger juste avec des os et quelques lambeaux de chair encore dessus. Et ces yeux rouges vous permettaient tout de suite de comprendre que l’Enfer existait bel et bien et que Dieu avait autre chose à faire de son temps que d’entendre vos prières désespérées.
Elles ne se débrouillaient pas trop mal. Non, vraiment, Sam était une putain de bonne attaquante et Pam savait ce qu’elle valait. Le seul problème c’était qu’on avait du mal à abimer un tas d’os qui tenaient ensemble par magie, alors certes elle avait réussit à pulvériser une de ses pattes mais ça ne semblait pas vraiment gêner la Bête, ça lui donnait juste une étrange claudication alors qu’elle fonçait sur vous tous crocs ouverts.
Heureusement pour elles, après une bonne trentaine de minutes de batifolage la Bête disparut. Juste comme ça. Un instant elle était sur Sam tentant de briser sa colonne et l’instant d’après pouf, plus rien.
Sam avait des vêtements de rechange à la voiture ce qui était dommage mais au moins comme ça elles ne seraient pas arrêtées pour atteinte à la pudeur.
Le vieux shaman devrait souffrir d’insomnies parce qu’il était encore debout à cette heure.
— Z’avez sérieusement besoin de bosser sur vos défenses magiques. Moi qui pensait que vous autres amérindiens vous étiez tous en mode gardien des traditions magiques et gnangnangnan.
Ok, elle y était allé un peu fort pour une première phrase, mais que voulez-vous, elle avait toujours eu une langue acerbe, c’était la principale raison pour laquelle ils avaient essayé de la brûler après tout. Bon, ça et le fait qu’elle ait coupé les bourses de cet enculeur de moutons de Thorkel.
— La Bête ne devrait pas revenir cette nuit, mais les deux touristes vont avoir du mal à décrire la chose aux autorités.
Sam alla direct à la cafetière, elle connaissait clairement la maison et faisait comme chez elle.
— Une belle saloperie de liche pas vraiment ce qu’on voit sur Discovery Channel même très tard le soir. Une raison particulière pour laquelle un nécromancien voudrait terroriser la réserve ?
Son estime pour le vieil homme monta d’un cran quand il se mit à réfléchir sérieusement à la question. Elle détestait les humains qui mettaient en doute ses compétences juste parce qu’elle avait l’apparence d’une femme et blonde de surcroit.
— Nos effectifs ont sérieusement baissé dernièrement et le gouvernement pense sérieusement à réduire la réserve et revendre certains terrains.
— On se croirait dans un épisode de Scoobidoo !
Décidément vivement qu’elle se casse de ce mauvais show et qu’elle retourne à sa vie de desperate mais incroyablement sexy barmaid au Fangtasia.
— Autant que je dévoile la fin tout de suite, le grand méchant n’est pas le concierge, mais bien le riche Mr. Cromp-Barrett. Bien sûr la police ne risque pas de l’arrêter pour ça, alors maintenant votre problème c’est de trouver ce que vous allez faire de l’info.
***
Vers la partie 2
Auteur : Renge (Participant 19)
Pour : Have You Met Ted (Participant 13)
Fandom : True Blood
Persos/Couple : Pam/OC
Rating : PG-13
Disclaimer : Je ne possède ni True Blood ni l’univers de Charlaine Harris, mais je me suis bien amusé à jouer avec.
Prompt : Pam. J'adore l'aspect "lesbienne méga aristo" de ce personnage. Alors j'aimerais quelque chose de plutôt drôle autour de cette attitude-là. Ca peut être une scène quotidienne, ou quelque chose de plus long, qui implique par exemple un autre personnage féminin de la série, ou un flash-back qui explore un peu le passé de Pam, puisqu'on ne l'a pas vu, je crois, dans la série.
Notes : Je n’ai pas vu la dernière saison, donc je reprends à la fin de la saison 2. Les personnages féminins de True Blood à part Pam et Jessica ne m’ayant pas vraiment tapé dans l’œil j’ai préféré faire un OC (très inspiré cependant il est vrai). J’ai un peu dépassé la journée de Pam, mais j’ai vraiment adoré écrire sur elle, j’espère que ça te plaira autant qu’à moi.
Note de la modératrice : La fic est trop longue, j'ai dû la couper en deux parties.
***
Elle ne croyait pas au mauvais karma. Ce n’était qu’une excuse moderne pour se donner bonne conscience en geignant abjectement et par ce biais ennuyer le plus de monde autour de soi. Elle n’y croyait pas, ça ne voulait hélas pas dire pour autant que ça n’existait pas. Il fallait bien une contrepartie à être éternellement belle et fabuleuse.
Pour preuve il suffisait de regarder sa situation. Elle se trouvait perdue dans le Wyoming quelque part entre Thermopolis et Owl Creek, sur une petite route de campagne, à 4 heure du mat’ et son infidèle DS venait de la lâcher sans un bruit, comme une actrice des années trente s’endormant pour un sommeil éternel. Et maintenant elle avait des choix à faire.
On était en hiver donc le soleil ne se lèverait pas avant trois bonnes heures. Elle pouvait courir jusqu’à sa destination ce qui ruinerait et ses chaussures déjà dans un état lamentable, et son adorable tailleur, sans parler de ce que cette course infligerait à son manteau, quant à sa coiffure… bref c’était une option inacceptable, qui en plus la laisserait assoiffée. Elle pouvait utiliser son portable pour appeler une dépanneuse, ou alors elle pouvait utiliser son portable pour dire à son Créateur tout le bien qu’elle pensait de lui et de ses ordres débiles.
En plus il faisait froid !
D’accord elle ne sentait plus le froid depuis qu’elle était vampire, mais ce n’était pas une raison, tout le monde savait que ce genre de choses étaient psychosomatiques, et le fait de voir ses délicieuses bottines en chevreuil en train de se désagréger dans la neige suffisait à la faire frissonner tout du long et refermer son col en fourrure contre sa peau.
Elle attrapa son portable et malgré son envie d’insulter Eric presque face à face, elle se contenta de trouver le numéro d’une dépanneuse dans le comté de Hot Spring. Après, hélas, il ne lui restait plus qu’à attendre.
***
Bien sûr, abyssus abyssum invocat l’attente avait été un paradis par rapport au voyage dans la dépanneuse qui la menait vers ce que d’aucuns osaient appeler une ville. L’odeur qui lui rappelait son enfance dans la campagne suédoise du XVIème siècle, la musique dont les paroles tournaient autour de l’alcool et du bétail, une combinaison qui n’avait pas changée depuis les premiers pâtres grecs, l’hygiène dentaire déplorable et les yeux qui ne cessaient de glisser sur ses formes suffisaient à lui faire regretter que son maître et elle soient obligés d’être mainstream. Rajoutez à ça le babil de l’idiot du village et elle avait envie de s’immoler comme Godric, de préférence avec autant de drama parce qu’une diva comme elle méritait tout le mélodrame qui allait avec le suicide.
Franchement à quoi cela servait-il qu’elle ait mis des siècles à perfectionner son sourire le plus froid et le plus hautain si les congénitaux n’arrivaient pas à capter le message qu’elle essayait de faire passer ?
— Et vous v’là à Jaynesville.
Elle leva les yeux au ciel. Elle avait beau renier l’existence d’un Dieu elle ne pouvait s’empêcher de tenter parfois de chercher du réconfort, celui de se dire que peut-être la présence d’idiots autour d’elle avait un sens autre que celui que quelqu’un quelque part se marrait à ses dépends.
— Pour vot voiture faudra attendre demain matin que Sam puisse s’en occuper et voir c’qu’y cloche. Si vous voulez j’vous dépose au motel de Randy.
— Laissez-moi deviner, c’est le seul endroit où louer une chambre ?
— Ben ya bien Ma’Connelly qui loue une de ses chambres d’ami, mais à c’t’heure-ci même un incendie la tir’ra pas d’son lit.
***
Le problème de nos jours était de savoir à quel moment être honnête sur sa nature. Avant les choses étaient tellement plus simples, il suffisait de mentir tout le temps et de tuer ceux qui voyaient sous le mensonge. Simple et efficace. Alors que maintenant…
Devait-elle dire à la réceptionniste qu’elle était un vampire et que donc elle avait besoin de sa chambre la moins touchée par le soleil et surtout que personne ne vienne la déranger pendant la journée ? Devait-elle lui cacher la vérité ? Si elle avait la malchance de tomber sur un fanatique elle risquait sa peau à être directe, mais si elle ne disait rien une erreur stupide pouvait aussi avoir raison d’elle.
Ou elle pouvait aller s’enterrer dans les bois.
Ce qui ruinerait totalement sa garde-robe et en plus elle ne voulait même pas imaginer la crasse sous ses ongles. Décidément, pourquoi avait-elle quitté les villes où on trouvait au moins un hôtel spécialement pensé pour la clientèle vampirique ?
— Bonsoir. Je veux votre chambre la plus propre et la moins ensoleillée. Je veux aussi le double de la clef de la porte et je ne supporterai pas d’être dérangée.
Elle posa deux billets de cinquante sur le comptoir et les poussa vers la réceptionniste.
— On s’est bien comprises ?
Les yeux de la gamine lui mangeaient le visage.
— Oui madame.
Elle eut un sourire satisfait. Il ne lui resterait plus qu’à éventrer le parquet, creuser un peu la terre et elle pourrait dormir en paix. Certes, elle aurait à faire face à ses ongles sales, mais au moins elle aurait une douche et un endroit où laisser ses vêtements et ses chaussures à l’abri. La vie était une question de priorités.
***
Elle n’aimait pas l’hiver, mais au moins cette saison avait l’avantage de lui donner plus de liberté. A cinq heures elle était déjà levée et sous la douche alors que les derniers rayons du soleil disparaissaient sous l’horizon uniformément gris de neige.
A six heures pile elle entra dans le seul et unique garage du bourg qui se targuait en grandes lettres d’être « Sam’s garage ». Ses escarpins dégoulinant de neige sonnèrent sur le bitume dans un staccato qui ne réussissait cependant pas à couvrir la cacophonie qui régnait dans l’endroit.
— Vous devez être la propriétaire du cabriolet Citroën.
La voix était basse et posée, mais indubitablement féminine. Elle prit son temps avant de se tourner, un sourire sur ses lèvres.
— En effet.
La garagiste était presque aussi grande qu’elle, ce qui était rare pour une femme, enfin, de moins en moins, fichue évolution de la nutrition infantile. Visiblement d’origine indienne elle avait attaché ses cheveux en une tresse grosse comme son poing qui pendait négligemment sur son épaule. Malgré le froid des portes largement ouvertes du garage, son bleu de travail était ouvert jusqu’au nombril, laissant voir sa simple brassière noire et le cuivré de sa peau.
— Elle non plus ne fait pas son âge.
Son sourire ne vacilla pas, et elle se contenta de prendre une grande inspiration, rejetant immédiatement toutes les odeurs du garage avant d’isoler celle de la garagiste. De la graisse et du cambouis, un savon parfumé au chèvrefeuille et surtout cette odeur musquée caractéristique des garous. Elle n’avait pas senti d’autres garous dans les environs, ce n’était donc sûrement pas un loup, ou alors un solitaire, mais les femelles étaient rarement laissées hors de la meute, une autre espèce donc.
— Je suis Sam, dit la garagiste en tendant la main.
— Pam, répondit-elle, laissant ses crocs apparaître un court instant.
La poigne ferme contre sa main ne changea pas et le sourire de la vampire s’accrut. Ce voyage ne serait peut-être pas complètement insupportable. La main qui enserrait la sienne était fine mais forte et les doigts légèrement rugueux. Elle avait toujours eu quelque chose pour le petit personnel et elle n’était pas contre le fait de le faire sur le capot noir et lustré de sa voiture.
Mais les affaires avant le plaisir hélas.
— Alors, que lui arrive-t-il ?
La garagiste caressa distraitement le capot.
— Problème moteur, plus exactement, l’un des deux vilebrequins est cassé.
Pam passa de l’autre côté du capot, laissant elle aussi ses mains traîner avec langueur sur la carrosserie impeccable.
— Laissez-moi deviner, trouver la pièce de rechange va prendre longtemps.
— Non, Citroën a les pièces, mais ça prendra cinq jours pour qu’elles viennent de France jusqu’ici et bien sûr ça va douiller.
— L’argent n’est pas un problème.
Sam et elle s’observaient tout en tournant autour de la voiture.
— J’avais cru comprendre.
— Mais j’ai besoin d’une voiture aujourd’hui et j’imagine que vous êtes ce qui ressemble le plus à un concessionnaire dans ce pittoresque village.
— Cinq minutes, une pièce d’identité et votre permis de conduire c’est tout ce qui me faut.
Exactement comme elle aimait le petit personnel : compétent et agréable à l’œil.
***
Elle était de nouveau sur la route. Enfin, pour tant qu’on pouvait appeler un chemin en terre une route. Mais le GPS lui indiquait, d’une voix insupportable qu’elle suivait le bon sentier et qu’en tournant à gauche elle arriverait enfin à destination.
Et en effet, la route cessa enfin de serpenter pour s’arrêter devant un grand portail en fer forgé.
— C’est une plaisanterie !
Au loin, sur la petite colline se dessinait un petit manoir digne des meilleurs films de vampires des années 60, sombre et avec d’étranges sculptures gothiques et bien sûr la grille grinçait soigneusement.
— Voilà pourquoi je déteste les vieux vampires.
Ils étaient tous complètement fous et avaient un goût insensé pour le dramatique, que ce soit Godric et sa soudaine phase j’ai rencontré Jesus et je marche en sandales qui l’avait conduite à sa perte, ou Serg et sa maison sortie tout droit de Dysneyland. Des divas du kitch, peuh !
La cloche recouverte de toiles d’araignées qu’elle dut sonner à la porte s’harmonisait parfaitement avec le reste du décor et elle s’amusa à repérer quelques pierres tombales qui trainaient un peu plus bas.
— Vous désirez ?
Sûrement pas elle en tous cas.
Engoncée dans un costume de maid française en vinyle, ses énormes mamelles visibles à travers le tissu presque transparent de son chemisier en polyester, aussi maquillée qu’une adolescente essayant de se faire passer pour majeur, la pauvre fille avait un air de médiocrité presque pathétique. Heureusement pour elle, Pam ne faisait pas dans l’empathie ou les bons sentiments.
— Je viens voir le docteur Frank N. Furter.
— C’est pas ici.
Et parfois on lui demandait pourquoi elle se sentait supérieure aux mortels !
— Je viens voir Serg.
— Oh. Le maître ne reçoit personne.
— Il me recevra.
Elle venait mandatée par son Sire et Créateur, et même Serg ne voudrait pas offenser Eric.
— Non, il ne reçoit personne. Il ne reçoit que le jeudi et nous sommes samedi.
Exactement ce qu’elle disait, ils étaient tous timbrés et en plus ils aimaient énerver le plus de gens possible autour d’eux !
***
Dire qu’elle n’était pas de la meilleure des humeurs était un euphémisme. D’un autre côté elle était coincée dans ce bled jusqu’à jeudi prochain. Et ce pour des raisons de politique vampirique qui la laissaient décidément de marbre. Que n’était-elle restée tranquillement au bar à faire face à de petites tragédies comme le retard des livreurs de bière et la mineure prise en train de se faire saigner par un abruti dans les toilettes du club. Elle n’avait même pas assez de Tru Blood sur elle pour tenir la semaine. Sans compter sur le fait que ce matin elle avait été obligée de prendre son B négatif froid…
Elle gara la Ford à côté du garage et courut vers le motel. Elle en avait ras-le-bol de bousiller ses pompes dans la neige.
Bon sang qui aurait cru qu’il pouvait exister pire trou du cul du monde que Shreveport ou Bontemps ! Elle haïssait Eric de l’avoir envoyé là, elle haïssait Eric de les avoir fait déménager en Amérique, voire même elle en voulait à Godric d’avoir créé son Sire. S’il ne l’avait pas fait au moins elle n’aurait pas eu besoin d’attendre cinq jours dans ce trou paumé ! En plus il allait falloir qu’elle se trouve un autre endroit où loger. Hors de question de passer plusieurs nuits avec aussi peu de protection.
Elle sortit ses clefs et ouvrit la porte. Elle la referma aussitôt et sauta sur le toit. De là elle passa au-dessus de la route, atterrissant sans bruit sur le toit d’une maison. Et en quelques secondes à peine elle se retrouva sur celui du garage. Elle descendit jusqu’à la porte de derrière et se mit à frapper en lâchant une volée de jurons les plus sales et les plus gras qu’elle connaissait. Elle entendit bouger à l’intérieur et cessa de tambouriner, tendant l’oreille à la recherche des sirènes. Mais la nuit était parfaitement calme et silencieuse.
— Pas que j’apprécie pas d’avoir une jolie fille voulant absolument rentrer chez moi, mais qu’est-ce que tu me veux.
La garagiste avait ouvert la porte mais son fusil était pointé sur elle. Et elle aurait mis sa main à couper que les balles étaient en argent.
— J’ai besoin de ton aide.
Sam se contenta de relever un sourcil mais garda son canon pointé droit sur son front.
— Je te demande de m’accorder une Faveur.
Les yeux de Sam s’écarquillèrent et elle baissa son shotgun.
— Ah ouais à ce point !
— Oui, je sais, j’ai souvent cet effet là sur les gens, maintenant est-ce qu’on pourrait passer à cette faveur ?
Sam posa son fusil à côté d’elle.
— Soit. Moi Samantha Tara Ceeneeteeyoo’ Harper je t’accorde cette Faveur.
D’un geste vif elle entailla sa paume avec l’un de ses ongles et tendit la main ensanglantée à travers le seuil de la maison.
Pam mis un genou en terre, mordit sans sa paume et posa son sang sur le sien.
— Et en mon nom et en celui de mon Sire, moi, Pam Infante d’Eric je l’accepte et jure de l’honorer.
— Que la rage et la haine des miens te poursuivent et mettent en terre si tu faillis à l’honorer.
— Que la rage et la haine des tiens me poursuivent et mettent en terre si je faillis à l’honorer.
La main toujours dans la sienne, Sam tira Pam pour la faire se relever. Lorsqu’elles se lâchèrent le sang avait disparu et leur peau ne gardait aucune trace de mutilation. Sam s’effaça pour la laisser passer.
— Je t’invite à rentrer. Bon, maintenant j’ai besoin d’un café.
— Et moi j’ai besoin d’un verre mais mon Tru Blood est resté dans la voiture. Et personne n’en vend dans votre charmant village au fin fond du Wyoming.
— Non, il faut aller jusqu’à Thermopolis pour en trouver, et encore ya qu’un supermarché qui en a.
Pam grogna de dépit. Sam avança dans la maison obscure jusqu’à la cuisine où elle se mit à faire le café. La vampire prit place sur l’une des chaises et considéra l’endroit d’un regard. Formica, prises vétustes, elle était revenue dans les années 70 et pas du bon côté de la barrière… Elle haïssait la campagne et encore plus la pauvreté, c’était comme une offense permanente à son sens esthétique. La voix de Sam la tira de ces abîmes de douleur.
— Je t’écoute, déclara-t-elle accoudée contre l’évier, près de sa machine à café presque aussi vieille que Godric, paix à sa non-âme.
— Il y a un corps dans ma chambre de motel. Un homme, la quarantaine, je n’ai pas vraiment eu le temps de voir plus. Le vrai problème c’est que je n’ai rien senti avant de pousser la porte et de le voir sur mon lit. Aucune odeur ne parvenait de l’autre côté de la porte et même à l’intérieur, or je ne suis pas une jeune vampire. J’ai besoin de ton odorat et aussi de tes connaissances sur la faune locale.
— Une idée sur qui a pu faire ça ?
Pam soupira en se laissant aller contre le mur.
— Je ne connais personne dans votre bled. Quelqu’un ce sera dit que c’est une bonne idée de faire porter le chapeau à l’étrangère de passage qui se trouve être une vampire. Je m’étonne d’ailleurs de ne pas encore avoir entendu les sirènes de police.
Le mieux aurait encore été de la faire surprendre penchée au-dessus du cadavre, une violente altercation avec la police et paf, elle était bonne pour une course-poursuite et une terrible explication avec le Roi du Wyoming et sa cour de demeurés et forcément l’affaire tournerait politique et elle serait punie pour l’exemple et pour diminuer la base de pouvoir d’Eric et elle finirait peut-être comme cet abruti de Godric : complètement morte.
— Pourquoi ne pas te barrer ?
Sam souffla sur sa tasse et releva les yeux pour voir un sourire prédateur jouer sur les lèvres rouges et encore parfaitement maquillées.
— Parce que, chérie, personne ne s’en prend à moi sans en pâtir les conséquences, et laisse-moi te dire que l’imbécile qui a fait ça le regrettera pour le restant de ses jours.
***
Pam avait préféré passer par les toits, portant Sam sans problème au-dessus du vide. Sans un bruit elles arrivèrent devant la porte.
Pam se concentra mais ne sentit vraiment rien, c’était comme si la pièce devant elle n’existait pas.
— Alors ?
Sam expira.
— Rien non plus. Pourtant je sens le poulet frit que le gars de la 16 a mangé ce soir et aussi qu’il a laissé sa bouteille de rhum ouverte.
— De la magie, juste ce qui manquait dans ma vie !
Elle leva brièvement les yeux au ciel puis ouvrit la porte.
Sam courut fermer les rideaux avant que Pam ne ferme la porte. L’obscurité n’était un problème ni pour l’une ni pour l’autre.
— Toujours pas d’odeurs. Je sais pas de quoi s’est servi le meurtrier mais c’est puissant, je n’arrive même pas à sentir l’odeur du cadavre, c’est perturbant.
Pam sortit une paire de gants de son sac à main et avança vers le corps qui était étendu au milieu du lit. Elle releva la tête du mort pour l’observer.
— Vraiment pas mon type.
— Putain ! C’est le révérend Parsons !
— Chouette, si on le retrouve ici je vais pouvoir avoir mon propre bûcher ! Oh, comme c’est charmant ! Il a deux petits trous dans la jugulaire.
Elle plongea ses ongles dans la toute petite plaie.
— Il n’a plus une goutte de sang dans son corps.
Sam était à quatre pattes en train de regarder sous le lit et de tenter désespérément de sentir quelque chose. Elle releva la tête.
— Comme s’il avait été tué par un vampire ?
— Pas du tout. Il y a 5 à 6 litres de sang dans un humain, et aucun vampire ne boit autant, en plus ce serait fastidieux. Même quand on saigne quelqu’un il en reste forcément. Là il ne lui reste plus une goutte. Je lui ouvrirai bien l’artère fémorale pour que tu puisses vérifier mais je pense qu’il vaut mieux le laisser en l’état.
Elle prit le temps de fouiller ses poches mains rien d’étrange ou d’intéressant n’en sorti, la vie de cet homme semblait aussi sèche que lui.
— Dis-moi que tu as quelque chose.
Pam ouvrit les rideaux et tenta de repérer si la fenêtre avait été forcée. Même pas… Elle se tourna en soupirant. Tout ceci était affreusement décevant.
Ou pas. Le T-shirt et le short que Sam utilisait comme chemise de nuit étaient posés sur une chaise et à la place de la belle mécanicienne se trouvait un énorme félidé, un léopard, mais blanc et aux poils tellement plus longs qui parcourait la pièce le museau aux aguets. Pam la regarda faire, amusée par la bête. Le choc d’Eric si elle revenait au Fangtasia avec ça en laisse. « On peut le garder, dis, je promets que je m’en occuperai ! Allez, dis oui ! ». Elle regrettait vraiment que le glamour ne marche pas sur les garous ou que le fait qu’elle soit mainstream lui interdise de garder un humain ou une créature magique en cage. Ça serait tellement beau comme tableau, elle pourrait même coordonner des tenues juste pour sortir avec…
Elle fut tirée de ses fantaisies par la transformation de Sam. De quoi passer à d’autres types de rêveries, pensa-t-elle en se gorgeant de la chair nue et musclée qui s’offrait à ses yeux. Hélas elle avait d’autres gros chats à fouetter.
— Rien à part une vague odeur qui doit appartenir à celle qui fait les chambres, vu qu’elle était aussi présente de l’autre côté du mur.
Bien sûr, juste son jour de chance !
— Où est-ce que je peux me débarrasser du corps ?
— Le mieux serait de lui faire faire un tour dans la rivière mais elle est loin.
— Pourquoi ai-je même posé la question !
Pam ouvrit la fenêtre et commença à charger le corps sur ses épaules.
— Je viendrais directement chez toi. J’espère que ta cave est bien isolée.
***
Tout compte fait la situation n’était pas si mauvaise que ça.
Elle sortit sa tasse bien chaude du micro-onde et quitta l’immonde cuisine en formica pour gagner le salon un peu plus reposant déjà pour les yeux. Elle s’installa confortablement dans le canapé, étalant son long corps au maximum et arrangeant avantageusement sa délicieuse sortie de bain de façon à ce qu’elle dévoile juste la bonne quantité de peau. Elle s’empara de la télécommande et se mit à attendre son hôtesse visiblement retenue au travail.
Elle était en train d’écouter les pathétiques lamentations de Richard que Kelly venait de quitter pour Jeremy lorsque sa logeuse poussa enfin la porte d’entrée.
Elle n’était pas seule. Quatre hommes, trois humains dans la force de l’âge et un d’une soixantaine d’années qui puait la magie. Elle ne bougea pas d’un iota, sa pose travaillée jusqu’à la perfection.
Elle les vit s’arrêter soudainement, leur discussion brutalement avortée, elle sentit leur regard passer sur elle. Les yeux des trois jeunes restèrent braqués sur ses jambes interminables qui émergeaient de son peignoir bleu nuit, mais elle sut immédiatement quand le vieux se rendit compte qu’elle était vampire. Elle renifla avec joie la peur instinctive qui émana de lui avant qu’il ne se reprenne. Parfois les plaisirs les plus simples de la vie étaient les meilleurs.
— Oh, Sam, je suis navrée, je m’ennuyais à attendre dans ta chambre alors je suis descendue profiter de la télé, j’espère que tu ne m’en veux pas ?
Elle battit des cils pour plus d’effet, avant de bouger tout son corps dans un langoureux étirement.
— Fais comme chez toi, je t’en prie.
Sam s’assit sur l’accoudoir et passa un bras autour de ses épaules. Elle joua le jeu et se laissa aller contre elle.
— Tu ne me présentes pas à tes invités ?
Elle vit le regard de la garou tomber dans le décolleté de sa robe de bain et remonter lentement.
— Pam, je te présente John Corbeau Hurlant, shaman Arapaho qui, sous prétexte que nous avons les mêmes ancêtres pense qu’il est le bien venu dans ma maison dès que la situation lui échappe et qu’il se dit qu’un garou serait très utile à la tribu. John, voici Pam infante d’Eric, mon invitée.
Pam ressortit son plus beau sourire plein de dents et tendit la main à John.
— Enchantée.
Le vieux regarda sa main comme si elle allait se changer soudainement en serpent et le mordre. Pam haussa les épaules et en profita pour poser sa paume nue sur le genou couvert de jean de Sam.
— Tara, nous devons parler.
— Je t’écoute, John.
— Pas devant cette… créature !
— Soit tu parles devant mon invitée soit tu quittes ma demeure, vieil homme, tels sont mes termes pour t’écouter. De plus je pense que Pam sera très intéressée par tout ça.
Elle releva la tête pour contempler la changeforme. Quelle étrange créature elle avait trouvé dans ce coin perdu, quand même.
Le vieux fuma des oreilles un court instant avant de prendre le fauteuil face à elles.
— Comme je te l’ai dit, la tribu est prête à payer pour ton dérangement si tu acceptes de venir chasser la bête.
— Une chasse ?
Le shaman la fulmina du regard.
— De toute évidence une bête inconnue sévit dans la réserve de Wind River et les Anciens se sont dit qu’il fallait combattre le feu par le feu.
— Voilà qui tombe bien, j’ai toujours adoré chasser à courre. Je me ferais un plaisir de me joindre à votre petite sauterie, et si je vous débarrasse de la bête je sais que mon créateur et maître sera plus que ravi que je lui rapporte une petite faveur de votre part ou au moins un petit présent. Qu’en pensez-vous ?
— Tara !
— Pam semble avoir beaucoup d’expérience, contrairement à moi. Je ne sais pas vraiment ce que tu espères, John, ce n’est pas parce que je suis garou que je vais forcément être douée pour traquer cette chose que même toi tu n’as pu identifier ! Tant qu’à pactiser avec une bête, tu peux bien pactiser avec une autre sorte de démon, grand sorcier.
***
Sam conduisait. Avoir un chauffeur avait toujours été agréable. Bien sûr depuis qu’ils étaient venus s’enterrer à Nullepart Louisiane elle avait dû faire sans, mais c’était une douce habitude qu’on ne perdait pas, s’asseoir dans la voiture, sortir sa lime et attendre que ça se passe. Oh, comme elle voudrait retourner à une époque où elle n’était obligée de tout faire elle-même, si elle tenait les imbéciles qui avaient aboli le servage entre ses mains elle les déchiquèterait en tous petits morceaux.
Elle jeta un coup d’œil au profil bien découpé de Sam. Décidément la mécano avait beaucoup de qualités, la première étant son humeur taciturne. Elle ne détestait rien autant que le babil stupide des inférieurs, certains humains semblaient penser que tous les vampires n’avaient qu’une seule envie : monologuer pendant des heures comme des Lestat de bas-étage et répondre à leurs questions stupides. Ou pire alors qu’ils s’intéressaient vraiment à leurs vies fades et ennuyeuses.
Un panneau charmant avec un indien souriant et haut en couleurs les informa qu’elles étaient à présent sur les terres de la Réserve Wind River. Le paysage sous la lune faiblarde n’avait pas beaucoup changé, des terres arides et peu hospitalières, et autant de lumières et d’intérêt que la lointaine campagne suédoise qu’elle avait été si heureuse d’abandonner.
La voiture s’arrêta au milieu de nulle part et elle soupira avant de pousser la portière et mettre les pieds dans la neige épaisse. Les bottes s’enfoncèrent et elle pensa à cette merveilleuse invention qu’était le bitume. Bon au moins cette fois ce n’étaient pas ses pompes qu’elle ruinait.
— Le dernier meurtre a eu lieu par ici. Deux touristes qui faisaient du camping un peu plus haut.
Sam commença à enlever ses vêtements, les jetant à l’intérieur de la voiture, une charmante Chevrolet bleue qui irait à ravir avec l’ensemble paon qu’elle avait hélas laissé à la maison. Elle regarda la garou lâcher sa culotte et se métamorphoser. La panthère des neiges lui jeta un regard avant de commencer à courir dans la montagne. Elle eut une pensée de regret pour ces superbes chevaux de chasse que la Reine de France leur avait donné quand ils résidaient à Paris peu après la Commune et s’élança à la poursuite de l’animal.
***
Elles avaient passé la nuit à courir, patrouillant la zone de chasse de la bête mais à chaque fois les traces s’évanouissaient soudainement comme si elle avait disparu. De la taille et la profondeur des pas Pam n’avait pas eu de mal à déduire qu’elle pesait dans les cent cinquante kilos de muscles et mesurait au moins deux bons mètres, ce qui ne passait pas inaperçu. Sauf que la bête était introuvable et ne s’attaquait à aucun des animaux du coin, aucune carcasse de wapiti dévorée par autre chose qu’un puma… Elle n’attaquait que les humains dont elle ne laissait que quelques morceaux et ensuite disparaissait. Voilà qui puait la magie.
Et ça faisait trop de magie d’un coup pour Trouperdu, Wyoming. Un noir soupçon commençait à prendre forme dans sa tête.
La voiture entra enfin dans la minuscule ville et Pam eut une pensée émue pour les vêtements, secs, chauds et surtout mettables qui l’attendaient. Elle était reconnaissante à Sam pour lui avoir prêté une tenue adaptée à une longue vadrouille dans les bois, mais cette fille avait autant de sens vestimentaire qu’Eric avant qu’il ne la rencontre, ce qui n’était vraiment pas peu dire. Mieux que ce rasoir de Bill Compton ou cette souris de Sookie mais cependant bien au-dessous de ses standards.
— Oh Dieux !
Comment avait-elle pu penser une seule seconde que les choses seraient aussi simples ? Si elle s’écoutait elle dirait à Sam de faire un 180 et continuer à conduire jusqu’à ce qu’elles arrivent en Louisiane. Bon bien sûr, elle serait morte quand le soleil se lèverait et passerait à travers les vitres de la petite Chevy mais bon…
— Bonsoir messieurs, que peut-on faire pour vous ? demanda-t-elle en descendant de voiture.
Les policiers semblèrent un moment surpris par son sourire avant de se reprendre.
— On aurait besoin que vous nous accompagniez au poste… madame.
— Je crains que ce ne soit pas possible ce soir, monsieur l’agent.
Elle augmenta d’un cran la luminosité de son sourire.
— Au cas où vous ne le sauriez pas les vampires ont tendance à ne pas aimer le soleil et ce dernier va se lever dans une trentaine de minutes et je doute que vous disposiez du matériel nécessaire pour m’en protéger et comme je ne voudrais pas vous causer d’ennuis en mourant malheureusement sous votre protection, je vais devoir décliner votre charmante proposition.
— John, Ted, bonne nuit.
Sam referma la porte sur l’expression d’incrédulité qui se lisait sur la tête des deux policiers.
***
— Et si elle s’est échappée ?
— Ted, la cave n’a qu’une seule porte et tu es resté toute la journée planté devant !
Pam s’étira en baillant. Elle n’avait plus besoin de le faire mais c’était une habitude qu’elle n’avait jamais perdue, sans doute parce qu’elle était agréable contrairement à celle de baratter le beurre des heures durant.
— Bonjour.
Elle adressa un sourire éclatant à Sam.
— Bonsoir serait plus approprié.
— Le moment où je me réveille est toujours digne d’un bonjour, quelle que soit l’heure. Si on en venait à faire la sieste cependant, je te réveillerai d’un bonsoir même à quelques minutes du lever du jour.
— Juste pour ne pas faire comme les autres.
Décidément cette fille lui plaisait bien, maintenant si elle pouvait réussir à se débarrasser des policiers, des bêtes, des cadavres et des magiciens en liberté pour pouvoir enfin faire autre chose que la regarder ce serait vraiment chouette.
— Hmm… Miss Norseman…
— Oh, pitié, vous semblez être un homme raisonnable, dites-moi au moins que j’ai le droit de prendre une douche, je serais mortifiée de devoir sortir dans un tel état ! Vous savez comment sont les jolies femmes, Ted, nous ne pouvons pas laisser les autres nous voir sans nos artifices.
Le policier réfléchit un moment au sens de la phrase avant de lui donner la permission du bout des lèvres.
***
— Ai-je besoin d’appeler mon avocat ?
— Non, miss, nous avons juste besoin de vous poser quelques questions à propos de John Parsons et Elizabeth Cooper.
— Qui ?
— Où étiez-vous durant la nuit du samedi 20 ?
— Je suis allée voir un ami de mon patron, hélas il ne recevait pas ce soir-là, je suis donc rentrée et j’ai passé le reste de la nuit avec Sam. Ai-je besoin de vous donner plus de détails ?
Son sourire était obscène et elle le savait parfaitement. Elle pouvait voir dans les yeux du policier passer de fantomatiques images de femmes nues. Elle l’entendit clairement déglutir et pu presque sentir son sang descendre dans son pantalon.
— Non, non, ça ira… Et hier ?
— Sam et moi avons fait un peu de randonnée dans les bois, j’aime particulièrement la nature sauvage, le reflet pâle de la lune sur la peau, l’impression d’être revenu à un état primitif…
Juste ce qu’il fallait pour que les yeux du flic se voilent légèrement et chassent des fantasmes quelques secondes de plus.
— Bien sûr quand nous sommes rentrées vous étiez là donc vous pourrez confirmer l’heure exacte et Sam vous confirmera le reste.
Il ne lui posa aucune autre question et, quelque peu déboussolé la laissa rejoindre Sam qui avait aussi fini son entretien avec les forces de l’ordre.
Elle attendit que la voiture ait passé les limites de la ville pour parler.
— Alors ?
— Ils ont retrouvé le corps du révérend dans la rivière et surtout le corps sans vie d’Elizabeth Cooper a été découvert dans son jardin, vidée de tout son sang avec deux petits trous dans le cou.
— Merveilleux ! Et qu’ont-ils en commun ces braves gens ?
— Rien. Elizabeth était infirmière avant de prendre sa retraite et le révérend était le pasteur du coin. Ils se connaissaient comme tout le monde mais c’est tout.
Elle leva les yeux vers le ciel. Déjà deux crimes et aucun point commun ? Elle avait une folle envie de refermer cette mauvaise intrigue pseudo policière et de s’ouvrir un bon torchon hypersexué à propos de garagistes lubriques.
— Allons, c’est un tout petit patelin, comment peuvent-ils n’avoir rien en commun ?
Le regard que lui lança la garou était tout sauf amical mais elle n’était pas prête à s’excuser pour avoir simplement dit la vérité.
— Rien. Elizabeth allait peu au temple et je ne crois pas que le Révérend ait jamais été dans un accident ou autre. D’un autre côté je ne suis pas très portée sur les ragots de toute façon. Et même dans un petit patelin il est possible de garder des secrets alors s’ils faisaient partie d’une secte satanique ils s’en cachaient bien.
Elle n’insista pas, préférant regarder par la fenêtre le paysage qui défilait dans l’obscurité la plus totale.
***
Même leurs supermarchés étaient minuscules. Quant au rayon Tru Blood il se composait en tout et pour tout de deux packs de six qu’elle mit dans l’immonde panier rouge et criard qui était le seul disponible à l’entrée.
La caissière la fixa, bouche bée.
— Vous voulez un autographe avec ma carte bleue ?
Que Dieu et son imbécile de Créateur la sauvent de ces ploucs !
— Voilà pourquoi je déteste faire mes courses moi-même !
Sam se contenta de sourire avant de lécher la confiture rouge qui coulait de son beignet.
Décidément cette petite lui plaisait bien. Son pantalon en jean sur le capot bleu et lustré de la Chevrolet était du meilleur effet mais elle préférait et de loin la vision de ses bras nus et délicieusement galbés appuyés sur la voiture. Et puis il y avait ce magnétisme animal inhérent à tous les garous qui n’était pas pour lui déplaire.
Il fut un temps où elle aurait pu l’avoir. Si elle avait eu la force de la dompter, de lui imposer sa volonté, elle lui aurait appartenu. Son charmant et exquis animal de compagnie, tellement impressionnant et beau en société, délicieusement chaud contre son corps nu… Pourquoi avaient-ils fait leur coming-out ?
— Sam, mais quel plaisir !
Encore un gêneur. Pourquoi tous les vieux beaux croyaient en ce point au pouvoir de la brillantine et de l’émail diamant ? Et ces UV en plein milieu de Nullepart-sous-neige ! Sans compter qu’il montrait plus les dents qu’un singe au zoo…
— Mr. Cromp-Barrett.
— Allons Sam, je vous ai déjà demandé de m’appeler Dick.
La garou resta insensible au sourire extra blanc et se redressa dans une position presque agressive, les muscles tendus.
— Certes.
Tout son visage était vide d’émotions mais son interlocuteur ne parut pas les sentir.
— Et votre charmante amie ?
— Pam, Mr. Cromp-Barrett, Mr. Cromp-Barrett, Pam présenta-t-elle avec un petit geste de la main.
Le vieux beau tendit sa main artificiellement halée, dévoilant sa montre hors de prix. Elle retint un grognement, mieux valait ne pas froisser ce qui devait être l’un des plus riches et influents hommes dans ce trou perdu. Elle se força à tendre la main.
Et faillit la retirer immédiatement. Elle se contint cependant et se contenta de se glisser discrètement dans l’espace personnel de Sam.
— Ravi de vous rencontrer, Miss Pam.
— Enchantée.
L’odeur était légère mais pour qui l’avait déjà sentie inoubliable, terre et pourriture, la fragrance écœurante du cadavre. Heureusement qu’elle portait ses gants et que la température extérieur pouvait expliquer son manque de chaleur. Maintenant il fallait juste qu’elle évite de trop parler pour qu’il ne se rende pas compte qu’elle ne faisait pas de buée.
— Bon, je suis désolée, Mr. Cromp-Barrett mais il faut qu’on y aille.
Bonne petite, décidément elle ferait une excellente employée.
Si elle avait encore été humaine elle aurait soupiré de soulagement quand la voiture passa le panneau indiquant la sortie de Thermopolis.
— Laisse-moi deviner. C’est l’homme le plus riche de la région et il a son petit manoir familial en ville, ou juste à côté et à chaque fois que tu le vois et qu’il te drague tu ne peux pas t’empêcher de vouloir te casser le plus loin possible ?
— Tu tires les cartes aussi ou c’est un de ces pouvoirs de vampires dont on ne parle pas dans les journaux ?
— Tu as jamais remarqué cette odeur de terre sur lui ?
Sam secoua la tête.
— C’est un nécromancien. A force de travailler avec les cadavres l’odeur s’accroche à eux.
— Pourquoi t’as essayé de te cacher derrière moi ?
— Je préférais éviter qu’il ne se rende compte de ce que je suis et vu que ton odeur lui fait de l’effet, tu étais la couverture idéale.
— Il te fait peur ?
— Non, mais je préfère ne pas prendre de risques, certains nécromanciens peuvent manipuler les vampires. Après tout, nous ne sommes que des cadavres animés, il suffit de court-circuiter l’esprit du vampire pour animer le corps à sa place.
— Dit comme ça on dirait un jeu d’enfant.
— Heureusement pas tellement, il faut une sacrée énergie pour bloquer le lien et le corps humain est faible alors la plupart de ces nécromants finissent par s’endormir au mauvais moment ou juste faiblir et… disons juste que leur fin est tout sauf rapide et sans douleur.
— Et si le nécromant se fait vampiriser ?
— Alors il a perdu parce qu’un jeune vampire est contraint d’obéir à son Créateur.
— Il ne garde pas ses pouvoirs ?
— Si, mais c’est très rare, beaucoup trop dangereux pour les autres vampires. Je n’en ai rencontré que deux et un seul de viv…
Ce fut comme si le soleil s’était levé dans son cerveau, faisant rougeoyer la vérité comme une torche.
Serg…
***
Elles n’étaient pas descendues depuis cinq minutes de la voiture qu’elles entendirent le hurlement de terreur. Cette fois ci les vêtements de Sam n’y survivraient pas mais elle ne semblait pas y prêter attention. Elles arrivèrent comme la cavalerie, juste à temps, la panthère-garou se jetant sur la Bête pour l’empêcher de déchiqueter la gorge de sa victime. Pam cria aux humains de se courir et se jeta elle aussi dans le combat toutes griffes dehors.
Mère Nature n’avait pas crée ce bestiau là. Pas besoin de mettre sa main à couper pour le savoir, aucune créature ne pouvait bouger juste avec des os et quelques lambeaux de chair encore dessus. Et ces yeux rouges vous permettaient tout de suite de comprendre que l’Enfer existait bel et bien et que Dieu avait autre chose à faire de son temps que d’entendre vos prières désespérées.
Elles ne se débrouillaient pas trop mal. Non, vraiment, Sam était une putain de bonne attaquante et Pam savait ce qu’elle valait. Le seul problème c’était qu’on avait du mal à abimer un tas d’os qui tenaient ensemble par magie, alors certes elle avait réussit à pulvériser une de ses pattes mais ça ne semblait pas vraiment gêner la Bête, ça lui donnait juste une étrange claudication alors qu’elle fonçait sur vous tous crocs ouverts.
Heureusement pour elles, après une bonne trentaine de minutes de batifolage la Bête disparut. Juste comme ça. Un instant elle était sur Sam tentant de briser sa colonne et l’instant d’après pouf, plus rien.
Sam avait des vêtements de rechange à la voiture ce qui était dommage mais au moins comme ça elles ne seraient pas arrêtées pour atteinte à la pudeur.
Le vieux shaman devrait souffrir d’insomnies parce qu’il était encore debout à cette heure.
— Z’avez sérieusement besoin de bosser sur vos défenses magiques. Moi qui pensait que vous autres amérindiens vous étiez tous en mode gardien des traditions magiques et gnangnangnan.
Ok, elle y était allé un peu fort pour une première phrase, mais que voulez-vous, elle avait toujours eu une langue acerbe, c’était la principale raison pour laquelle ils avaient essayé de la brûler après tout. Bon, ça et le fait qu’elle ait coupé les bourses de cet enculeur de moutons de Thorkel.
— La Bête ne devrait pas revenir cette nuit, mais les deux touristes vont avoir du mal à décrire la chose aux autorités.
Sam alla direct à la cafetière, elle connaissait clairement la maison et faisait comme chez elle.
— Une belle saloperie de liche pas vraiment ce qu’on voit sur Discovery Channel même très tard le soir. Une raison particulière pour laquelle un nécromancien voudrait terroriser la réserve ?
Son estime pour le vieil homme monta d’un cran quand il se mit à réfléchir sérieusement à la question. Elle détestait les humains qui mettaient en doute ses compétences juste parce qu’elle avait l’apparence d’une femme et blonde de surcroit.
— Nos effectifs ont sérieusement baissé dernièrement et le gouvernement pense sérieusement à réduire la réserve et revendre certains terrains.
— On se croirait dans un épisode de Scoobidoo !
Décidément vivement qu’elle se casse de ce mauvais show et qu’elle retourne à sa vie de desperate mais incroyablement sexy barmaid au Fangtasia.
— Autant que je dévoile la fin tout de suite, le grand méchant n’est pas le concierge, mais bien le riche Mr. Cromp-Barrett. Bien sûr la police ne risque pas de l’arrêter pour ça, alors maintenant votre problème c’est de trouver ce que vous allez faire de l’info.
***
Vers la partie 2
no subject
Date: 2010-10-01 10:20 pm (UTC)Ce qui ne m'a pas empêcher de lire et d'aimer, même si ce n'est encore que la première partie.
J'ai apprécié la comparaison avec Lestat, quand tu parlais des monologues. C'était bien vu.
De même, le coup de l'émail diamant était excellent. Quand tu as parlé de Scoubidoo aussi, c'était drôle.
Bref, vivement la suite...
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Date: 2010-10-04 08:42 pm (UTC)